Peaufiner le crime parfait

La directrice artistique du Théâtre de l'Île pour... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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La directrice artistique du Théâtre de l'Île pour la mise en scène de la pièce Le Revers du crime, Sylvie Dufour

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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Proposer un suspense en cette période estivale où elle a habitué ses abonnés à du théâtre d'été, voilà qui fait « frissonner » - d'une joie presque machiavélique - la directrice artistique du Théâtre de l'Île, Sylvie Dufour. C'est elle qui signe la mise en scène du Revers du crime, pièce hitchcockienne présentée du 5 juillet au 26 août.

Hitchcockienne, car c'est de ce texte signé Frederick Knott, où s'entremêlent adultère, tueur à gages, maître-chanteur, meurtre et plans tordus pour faire fortune en se débarrassant d'une riche épouse, que le « Maître du suspense » Alfred Hitchcock tira en 1954 un de ses films les plus appréciés, Le crime était presque parfait.

Cette version de la pièce Dial M For Murder est toutefois offerte en primeur mondiale, puisqu'il s'agit d'une adaptation-traduction de Josée La Bossière, souligne Mme Dufour, qui a activement participé à cette re-création.

Bien qu'il s'agisse du premier suspense que Sylvie Dufour met en scène « depuis 20 ans, peut-être », à l'époque où elle avait glissé ses doigts dans La souricière d'Agatha Christie, pour les planches du Théâtre du Nouvel Ontario, elle s'avoue « une grande fan de suspenses ». La directrice artistique ne cache pas qu'elle « dévore » sur Netflix les films et téléséries à suspense qui y abondent désormais. « C'est tellement tendance... alors pourquoi ne pas oser, nous aussi ? » Les abonnés ont très bien réagi à ce coup de balai sur leurs rigolardes habitudes estivales, précise-t-elle. 

La Souricière - sous le nom de La Trappe, son adaptation québécoise - a d'ailleurs été montée au communautaire (par Gilles Provost) au printemps 2010, année où Mme Dufour a pris les commandes artistiques du « plus petit des grands théâtres ». 

Elle avait ensuite tenté, il y a environ quatre ans, d'obtenir les droits de la traduction française de la pièce de Knott. Ce que les ayants-froits lui avaient refusé -sans explications - se souvient-elle. C'est en revenant à la charge, cette fois sous l'angle de l'adaptation, qu'elle a fini par obtenir ce qu'elle désirait.

L'action se passe toujours à Londres, en 1953, mais Mme Dufour s'est permise de « nettoyer » le texte de certaines lourdeurs qui trahissaient son âge. Les dialogues contenaient notamment « beaucoup de passages où les personnages mentionnent leurs émotions ou leur états d'âme : j'ai préféré qu'on enlève toutes ces références [rendues inutiles] et qu'on les joue ! » explique-t-elle. « Il a fallu se réajuster » à un public qui, en 2017, maîtrise beaucoup mieux les codes et conventions de ce genre de récit.

Pour le reste... difficile de retoucher impunément le récit original. « On a une grande liberté d'interprétation, mais on ne peut pas se permettre » d'insérer le moindre grain de sable dans une mécanique aussi bien huilée, rappelle-t-elle.

C'est que l'auteur n'a rien laissé au hasard : « Le quart du texte, ce sont des indications scéniques... c'est d'une précision ! » indique la metteure en scène. Tout récemment, elle a « voulu changer un geste », confesse-t-elle. Retournant au texte, parce qu'elle entretenait tout de même quelques hésitations, elle s'est rapidement ravisée en réalisant que cette modification « aurait eu des répercussions du début à la fin ». « Il faut être fidèle, suivre avec minutie cette horlogerie que nous impose ce... 'meurtre parfait'. »

Les comédiens, pourtant tous aguerris - la distribution compte sur Andrée Rainville et Nicolas Desfossés (les époux désunis), Dave Jenniss (l'amant de Madame), Benjamin Gaillard (le tueur) et Richard Bénard (l'inspecteur de police) - ont d'ailleurs été « étonnés par l'exigence d'un tel spectacle, la complexité d'une intrigue policière ».

Traitement cinématographique

L'équipe de création s'est efforcée d'aborder Le Revers du crime comme s'il s'agissait d'un véritable film, ce qui permet de multiplier les clins d'oeil à Hitchcock, explique Mme Dufour. Et parce que « la musique des films de Hitchcock, c'est quelque chose qui reste en nous », la trame sonore - qui a été confiée au « complice » Mathieu Charette - est ici « particulièrement importante, et tend à renforcer «l'aspect cinématographique». Mme Dufour l'utilise ainsi pour «souligner le suspense là où il importe», faire ressortir des éléments «cruciaux» dont on ne réalisera l'importance que plus tard. Certaines scènes névralgiques, comme la séquence du meurtre, sont ainsi traitées sonorement.

Se mettant au diapason d'un scénario qui s'amuse à brouiller les pistes, «on s'amuse avec la transparence, avec ce qu'on veut montrer ou ne pas montrer », dit-elle en évoquant «les éclairages feutrés» et la toile de tulle tendue dans le décor en guise de mur. La transparence partielle du tissu laisse entrevoir - tout en entretenant le flou - ce qui se passe dans le corridor de la maison de la famille Wendice, aménagé dans les 'profondeurs' de la scène, côté cour.

Pas un whudunnit classique

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Sylvie Dufour

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

Le revers du crime constitue moins un suspense à la Miss Marple qu'à la Colombo. «Le spectateur est témoin de tout, il sait tout ce qui se passe » et tout ce que les autres personnages ignorent, indique la metteure en scène.

Elle se montre amusée à l'idée que le scénario puisse titiller la «frustration» du public, liée au sentiment d'injustice qui se développe à mesure que les fausses preuves et les accusations s'abattent sur un personnage innocent.

«L'intérêt, ce n'est pas de savoir qui a fait le coup, mais comment [le mari cupide] va se faire prendre, quelle 'erreur ultime' va le piéger. Et, bien sûr, l'indice principal, je ne leur 'donne' pas... il faut qu'ils cherchent!» jubile-t-elle.

Pour y aller

Où: Théâtre de l'Île

Quand: Du 5 juillet au 26 août

Infos: 819 595 7455 ; 819-243-8000 ou ovation.ca




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