La clé des mots

Le spectacle 26 lettres : abécédaire des mots en... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

Agrandir

Le spectacle 26 lettres : abécédaire des mots en perte de sens était présenté au Centre national des arts, mercredi soir.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CRITIQUE / Les mots coulent dans le spectacle 26 Lettres : abécédaire des mots en perte de sens, et roulent en quête d'une signification retrouvée dans la bouche des 26 interprètes invités sur scène. Redonner du sens à des expressions galvaudées. Dire ce qui ne se dit pas. Dépoussiérer le langage. C'est le credo de ce spectacle déjà présenté à Montréal et en Belgique et reformé pour une unique représentation au Centre national des arts, mercredi soir, dans le cadre de la série spéciale Scène Canada en cette année anniversaire.

On peut dire que la proposition artistique de l'auteur québécois Olivier Choinière fête le pays à sa manière en ouvrant une brèche avec certains mots lourds de sens : « féminisme », « globalisation » (le spectacle est bilingue et surtitré), « patrimoine », « alternative »... Missives après missives, chaque lecteur dessine sur scène une cartographie sensible, sociale et contemporaine du Canada. Toutes ces lettres sont lues simplement par leurs auteurs dans le décor le plus épuré (un micro, des chaises, un musicien.) La force de frappe du discours et l'émotion brute de chaque auteur/interprète ont transformé ces témoignages personnels en un terrain propice à l'exploration d'enjeux contemporains canadiens, mais pas seulement.      

Rappelons qu'à la source du projet, le metteur en scène a soumis à 26 personnalités du monde culturel un mot correspondant à une lettre de l'alphabet. Libre à chacun de rédiger une lettre à une personne de son choix. Il est mentionné, en début de spectacle, que chaque lettre sera expédiée à son destinataire le lendemain du spectacle : enfants, petits-enfants, amis, hommes politiques, et même Algorithme, pour Jérôme Minière, qui a ouvert la série de lectures francophones par un récit d'anticipation peu optimiste. 

Ce qui importait, en définitive, c'était de faire éclater les cadres sémantiques, poser un autre regard sur des mots galvaudés. 

Sur les planches, le mangeur est aussi démangeur, gueuleur et dégueuleur. Geuleur, comme dans le cas de l'auteur et rédacteur en chef Pierre Lefebvre, qui hérita du mot « libéral » et adressa une lettre d'une violence non contenue au premier ministre du Québec. Ou encore, à l'instar du metteur en scène et acteur Christian Lapointe, dissecteur sémantique de « Patrimoine », mais aussi des promesses politiques non tenues de Justin Trudeau.

Parsemé de moments forts, 26 Lettres : abécédaire des mots en perte de sens, a soulevé sur différents styles et tons, les dissonances du pays : problèmes d'intégration sous couvert de laïcité (Monia Mazigh), bêtise du journalisme/divertissement (Catherine Éthier) ou encore  racisme d'un certain milieu culturel montréalais (Marilou Craft). 

Des paroles révélatrices - rarement moralisatrices - prononcées à partir de thèmes se déroulant selon l'ordre alphabétique mais que l'on ne put suivre que jusqu'à la lettre « Q », pour des contraintes d'heure de tombée. À mi-parcours, ces lettres en avaient déjà dit beaucoup.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer