L'automne précoce de Louis-José Houde

« J'ai fait le choix de me présenter comme... (La Presse)

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« J'ai fait le choix de me présenter comme je suis, dans mes précédents spectacles. D'ailleurs, il y a de moins en moins de différence entre moi sur scène et l'homme que je suis dans la vie. »

La Presse

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Louis-José Houde est du genre novembre. Question de « tempérament », confie-t-il. De « respect pour la lenteur » et les rituels, aussi. D'où le titre du numéro qui donne son titre à son quatrième spectacle solo : Préfère novembre. Or, si ce numéro traite de l'homme qu'il est, son spectacle, lui, s'écrit « plus au nous qu'au je », prévient-il. Et il se rythme au diapason du musicien qu'il est aussi ; celui qui n'hésite pas à jouer des mots comme de sa batterie pour marquer le tempo de ses blagues. Entrevue en cinq temps.

Premier temps : 

novembre, ce mal-aimé

« Novembre est un mois mal-aimé. À l'aube de mes 40 ans, je constate que je le trouve plutôt pratique, moi », soutient le principal intéressé, d'un ton posé, à l'autre bout du fil. 

Louis-José Houde en aime le côté tranquille et douillet, du fait qu'on soit d'ordinaire moins sollicité, à cette période de l'année.

« On est comme entre deux saisons d'activités extérieures, entre autres. On peut donc plus se retrouver avec soi-même, faire le point. C'est un mois propice à la réflexion, à la solitude. Je lis beaucoup, en novembre... » confie l'humoriste et lecteur boulimique.

Il a beau se pointer en « rodage » à la Maison de la culture de Gatineau, ce dernier n'a plus qu'à tester « un ou deux numéros » en tant que tels.

« La matière de ce spectacle-là, je la travaille depuis deux ans. Je passe le mois de juin au Petit Medley pour finaliser les enchaînements dans le décor et raffermir la chair autour de l'os d'environ une heure de numéros qui forme le noyau du show. »

Deuxième temps :

faire place au « nous »

Il sera donc question d'argent, d'homophobie, de racisme, voire de la fin de l'eau potable, dans Préfère novembre.

Louis-José Houde ne se sentait pas nécessairement « forcé » d'aborder de tels enjeux. 

« Ça se fait naturellement, avec le temps et l'expérience, ces choses-là. Je ne me sentais pas la responsabilité d'aller là. J'ai juste eu envie de m'approprier ces thèmes à ma manière, pour surprendre un peu les gens, en ajoutant une couche de plus à mon propos, pour faire rire, c'est sûr, mais faire réfléchir aussi. »

À cet effet, il garde en tête le numéro sur l'avortement, qui faisait partie de son spectacle Suivre la parade. « C'était stressant, les premières fois, de me retrouver sur scène pour parler de ça, mais tant mieux si on peut se permettre de rire de sujets plus délicats comme ça ! »

Troisième temps :

la musique des mots

Histoire de marquer le ton de son humour, Louis-José Houde travaille de plus en plus dans l'économie des mots.

« Le choix des mots que j'utilise est plus important que le gag lui-même, souvent, explique-t-il. Sur le plan rythmique, comme j'ai joué de la batterie toute ma vie, je suis sensible à la musicalité des mots et de leurs syllabes. J'essaie que ce que j'écris soit agréable à écouter, une fois sur scène. »

Tout est donc affaire de doser les pauses, pour mieux repasser à l'attaque après un silence. Et quand on lui demande à quelle musique il comparerait son humour, il n'hésite pas : il se dit plutôt du genre rock progressif. « Avec quelques touches 'power ballade' ici et là. Je me considère très 'radio-friendly', finalement ! » clame-t-il en rigolant.

N'empêche que « tout est très précis, calculé », dans le tempo de son nouveau spectacle, reprend-il d'un ton plus sérieux.

Quatrième temps :

son rapport à l'humour

Le quasi quadragénaire carbure à l'humour. Il en voit et en écoute beaucoup.

Or, quand vient le temps de s'atteler à l'écriture de nouveaux numéros, il ne cherche plus autant à marquer des points qu'à s'inspirer de préoccupations qui l'interpellent vraiment.

« Avant, je me questionnais beaucoup sur les sujets qui pourraient être bons et porteurs, et qui feraient rire les gens. Aujourd'hui, quand je m'enflamme par rapport à quelque chose pendant un souper avec des amis, par exemple, je me dis que c'est peut-être parce qu'il y a là un potentiel d'humour. »

Louis-José Houde a donc recommencé à se promener avec un calepin à portée de main, pour noter ce dont il se plaint ou les choses pour lesquelles il se passionne vraiment.

« J'ai compris que l'originalité ne vient pas des thèmes que je peux aborder, mais bien de la manière dont je cherche à en faire rire. »

Ainsi, il parlera des femmes une fois de plus - « et comme bien d'autres humoristes avant moi » - dans Préfère novembre. « En choisissant de le faire par l'angle des mères monoparentales, j'ai juste trouvé une façon différente de le faire, je crois. »

Cinquième temps :

question d'image

S'il peut flirter avec de nouvelles zones, c'est notamment parce que le public a accès à plus d'humour qu'à ses débuts.

« En tant qu'homme hétéro blanc, il y a quand même des limites à ce que je peux traiter. Disons que Sugar Sammy est mieux placé que moi pour aborder certaines réalités ! »

Il n'en demeure pas moins convaincu qu'« il n'y a pas de sujets intouchables ». « Mais ce n'est pas tout le monde qui peut y toucher. »

Louis-José Houde est le premier à l'admettre : il ne pourra jamais se permettre de dire des « énormités » comme Mike Ward, par exemple. Il se défend bien d'être pour autant « prisonnier de l'image du bon gars ».

« J'ai fait le choix de me présenter comme je suis, dans mes précédents spectacles. D'ailleurs, il y a de moins en moins de différence entre moi sur scène et l'homme que je suis dans la vie. »

Et puis, rappelle l'artiste, il pratique ce métier « pour le monde », pour qu'il rie et réfléchisse, et ce, « dans cet ordre ! »




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