Julien Clerc à la carte

Julien Clerc était en spectacle à la salle... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Julien Clerc était en spectacle à la salle Odyssée de la Maison de la culture de Gatineau, mercredi soir.

Etienne Ranger, Le Droit

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Ce n'était pas avec son Coeur de rocker, mais avec avec son âme de pianiste, et son Coeur de volcan, celui qui « bat lentement la chamade », que Julien Clerc est venu saluer ses fans gatinois, mercredi soir, dans une Maison de la culture qui l'attendait à guichets fermés.

Le charismatique chanteur - qui en cinquante ans de carrière a exploré toutes les formules scéniques, grand déploiement symphonique compris - pouvait difficilement faire plus intime et plus nuancé qu'avec cette Tournée pianos

Dans ce récital, il défend ses chansons au piano, avec pour seul accompagnement un autre musicien, le très polyvalent Benjamin Constant. Les deux hommes se font face dans la pénombre, depuis deux longs pianos à queue noirs placés tête-bêche. Mais personne n'est prisonnier du clavier ; ni, nous, de leur profil. Clerc papillonne ou se lève pour bavarder, tirer la pipe à ses admirateurs ou évoquer son mentor Gilbert Bécaud. Son complice, lui, troque temporairement l'ivoire du piano pour celui de l'accordéon (sur Ce n'est rien, reprise en choeur par la foule).

Choix du public

Le Français a généreusement préparé un menu à la carte pour ses fans québécois. Le concert n'est pas aussi improvisé que chez Gregory Charles, mais il se pique d'être interactif. À l'entrée, un petit bulletin et une urne attendaient les spectateurs, qui avaient le loisir de choisir quatre chansons parmi une liste de huit, dressée par Julien Clerc. Pas ses grands succès, évidemment : ceux-là, il comptait les faire de toute façon. 

Le plébiscite populaire portait sur des chansons à profil bas, qu'il a « rarement chantées sur scène » : Le patineur, La longue épine et autres péchés mignons avec lesquels l'artiste avait l'intention de se faire plaisir. Il a d'emblée prévenu que l'exercice n'était pas sans risque. « Si je me plante, ce n'est pas grave, je la recommence », a-t-il pris la précaution de préciser...

C'est finalement la « très ancienne » et très douce C'est pour toi que je chante qui a eu l'honneur d'être sélectionnée en premier. Elle a été suivie par Si j'étais elle, que lui a écrite Carla Bruni, la poignante Juste comme un enfant et Des mots d'ailleurs... que le chanteur a dû reprendre, à cause d'une erreur qui serait sans doute passée inaperçue s'il avait continué comme si de rien n'était...

Hautement apprécié du public, cet exercice de semi-improvisation s'inscrit dans la continuité de l'album Fans, je vous aime, un best of paru l'an dernier, par lequel Julien Clerc a célébré ses 50 ans de carrière en laissant le public choisir les chansons qui allaient composer le disque. Ce sont des admirateurs hardcore qui lui ont suggéré d'appliquer sur scène cette formule de raretés à la carte.

La soirée a commencé sur Entre elle et moi puis This Melody, ballades qui, en quelques notes, re-tissaient ce lien privilégié que Clerc entretient avec son public et tous « ces gens d'ici », de quelque côté de l'Atlantique qu'ils soient. 

« La dernière fois que je suis venu ici [à Gatineau] - on m'a montré l'affiche tout à l'heure - c'était il n'y a 18 ans... Et vous n'avez pas changé ! » a-t-il blagué.

Voix qui transperce

Sa version de Ballade pour un fou - une des rares mélodies qu'il n'a pas composée (elle est signée Astor Piazzola, a-t-il rappelé) - était particulièrement riche, dans ses habits sobres.

Servie sous les faisceaux rose tendres des projecteurs, l'émouvante Fais-moi une place a été accueillie par un brouhaha de satisfaction. Idem pour Utile, chanson écorchée, aux tensions magnifiques, qu'il a interprétée comme les nerfs à vif, en toute sincérité.

Musclée et surprenante, la version double-piano de Double enfance, elle, déménageait.

Benjamin Constant s'est éclipsé pour laisser Julien Clerc interpréter Ma préférence dans une solitude de circonstance. Mais avec la connivence du public, qui n'a pu résister à l'envie de l'accompagner vocalement. Puis, les deux complices ont syncopé à quatre mains, sur le même clavier, la mélodie ingénue de Melissa la métis nue.

Julien Clerc a toujours eu de la voix à revendre. À 69 ans, il n'abuse plus des trémolos de sa jeunesse. L'intensité est toujours là, mais plus intérieure, et l'émotion plus vraie. Sa voix explose moins qu'elle transperce. C'était flagrant sur Laissons entrer le soleil, La Californie et avec les chimères de Fou, peut-être, nimbées d'accordéon.

Le Français a clos la soirée - sous un tonnerre d'applaudissements - avec Coeur de rocker, incontournable pour ne pas s'aliéner ses fans du Québec, et la romantique Femmes... je vous aime

Puis les lumières se sont éteintes doucement, quand résonnaient encore les derniers accords de Travailler, c'est trop dur, et son refrain entonné par des centaines de voix.

King Melrose

En première partie, King Melrose, égrenant une poignée de refrains ponctués d'humour suave et de déhanchés qui, à leur façon, susurraient aussi « Femmes je vous aime », a fait une belle job pour réchauffer cet auditoire à forte concentration féminine. En 15 minutes à peine, il avait conquis les coeurs, et repartait sous une ovation debout.




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