Notre voisin Vigneault

Rare privilège, que le plaisir d'une discussion aussi... (Courtoisie)

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Rare privilège, que le plaisir d'une discussion aussi intime avec Gilles Vigneault.

Courtoisie

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Poser une question à Gilles Vigneault en le regardant droit dans les yeux. Savourer sa réponse tandis qu'à son tour, le Vieux Chêne plante son regard dans le nôtre, et que ses mots, petites graines de poésie, de sagesse octogénaire (à 79 ans, il est déjà dans sa 80e année, dit-il, assumant toutes  les rides de son écorce) ou d'inquiétude, parfois - parlez-lui d'environnement, pour voir ! - se plantent à leur tour dans notre coeur ou sèment d'autres questions dans nos méninges.

Rare privilège, que le plaisir d'une discussion aussi intime avec M. Vigneault. Rare et grand, même si le Poète s'en défendrait sûrement.

D'ailleurs, c'est exactement pour démocratiser ce contact qu'il a entamé une « petite tournée » organisée expressément pour rencontrer le grand public. Et répondre à ses questions. « Toutes ses questions », précise le géant, convaincu qu'il n'y en a pas de petites. Et que les plus intéressantes sortent parfois de la bouche des enfants - lesquels sont cordialement invités aussi, surtout s'ils ne sont pas effarouchés par le micro.

Pour ce spectacle qu'il a baptisé Paroles et musique, Vigneault recherche « l'intimité » avec la foule. « De sorte que je puisse m'adresser au dernier des spectateurs, comme s'il était mon voisin, tout près de la scène », précise-t-il.

« Je rêvais depuis longtemps d'entrer en conversation avec les gens assis dans la salle. D'ordinaire, ils n'ont pas droit de parole : dans un récital, ils ont le droit de crier 'bravo !' et d'applaudir, ou de quitter la salle, mais c'est à peu près tout », s'esclaffe-t-il. « Je voulais leur redonner ce droit de parole, poursuit-il. Et je réponds à - presque - toutes les questions », qu'elles soient d'ordre professionnel, poétique, politique ou intime, indique-t-il, en garantissant qu'aucune d'entre elles n'est « plantée d'avance dans la salle ». 

Sa « rencontre-forum » ne compte qu'une douzaine de dates. Le Poète en profitera pour rencontrer l'Outaouais, en s'arrêtant à la Maison de la culture de Gatineau, les 6 et 7 juin.

Réponses musicales

Pour autant, on n'écarte pas complètement le répertoire musical de Gilles Vigneault, qui sera accompagné sur scène du pianiste Philippe Noireaut. Car « il arrive que les questions trouvent réponse dans une chanson », laisse-t-il entendre en faisant miroiter « 12 à 15 chansons par soir ». Pas d'ordre prédéterminé, donc, sauf au tout début, pour « édifier la chose » et l'expliquer. Et en réservant les dernières minutes à ces quelques « essentiels » qui n'auraient pas su saisir leur chance plus tôt. 

L'homme est bavard. « Prolixe, j'en ai peur », avouera-t-il sur le ton de la fausse confidence, lors de notre conversation téléphonique. « Il peut m'arriver de répondre seulement 'oui' ou 'non' [...], lorsque la question est précise, mais c'est très rare que je n'ajoute pas quelques mots. »

Pour interrompre le flot d'anecdotes et de rêveries, « il y a, heureusement, une modératrice qui me ramène sur terre de temps en temps », annonce-t-il, rieur, en mentionnant la journaliste Françoise Guénette, qui agit à titre d'animatrice.

La durée du spectacle varie donc entre 1 h 30 min et 1 h 40 min, moins en fonction de son énergie que des interrogations que la foule souffle dans les branches de cet arbre à palabres. « Ça dépend des questions. Un petit garçon de neuf ans m'a demandé : 'À quoi ça sert, M. Vigneault, la poésie ?' Alors là, j'ai répondu pendant un quart d'heure... » se souvient le poète, en précisant qu'il a pris soin de ne ni « décevoir » son jeune interlocuteur, en reconnaissant abruptement que « ça ne sert à rien », ni le « perdre » dans les lacets de ses divagations philosophiques.

Sa réponse courte ? « Comme le corps a besoin d'eau, la poésie, et les arts en général, sont l'eau de l'âme», poursuit-il, heureux de l'aphorisme. «Les questions nous inspirent parfois des remarques de ce genre, et c'est précieux.» 

Il se souvient d'avoir répondu à la question d'un «bambin de cinq ans», accueillie avec autant de joie que celle de «vieilles dames de 90 ans». «Ce qui est intéressant, c'est qu'il y ait des questions [qui viennent] de tous âges. Celles des enfants sont bien souvent extraordinaires.»  Et y répondre adéquatement le force à «un retour en arrière, qui, très souvent, ressemble à un pas en avant».

«Équilibriste»

C'est loin d'être la première fois que Gilles Vigneault se prête à cet exercice : au tournant des années 80, déjà, il allait à la rencontre des universitaires et des cégepiens, stipule sa biographie officielle. Le petit jeu des questions-réponses a repris «il y a trois ans», à un rythme modéré, et dans des salles à capacité restreinte, «autant que possible», afin de favoriser l'intimité de l'ambiance.

«C'est beaucoup plus excitant à faire qu'un récital. Beaucoup plus risqué, aussi. On est exposé, sur la corde raide. Ça me donne l'impression d'être devenu équilibriste. [...] Je trouve ça passionnant.» 

Il n'a aucune appréhension à «s'exposer aux sourires, aux rires et même aux moqueries du public, parfois». L'idée semble même l'amuser d'avance.

«On reçoit les questions, et c'est étonnant comment elles sont intéressantes. C'est parfois personnel, mais personnel dans l'écriture, dans la façon de trouver une mélodie, de faire une chanson, dans la façon d'exécuter, dans les répétitions, ou ce qu'on pense de telle ou telle chose. Puis, il y a des questions très politiques. Et écologiques, beaucoup.»

Pour y aller

Le 6 juin, 20 h (le 7 juin à guichets fermés)

Maison de la culture de Gatineau

819-243-2525 ; salleodysse.ca




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