L'ultime pièce de Gilles Provost?

La pièce « Maestro » constituera sans doute l'utltime mise... (Courtoisie Jessica Ruano)

Agrandir

La pièce « Maestro » constituera sans doute l'utltime mise en scène de Gilles Provost. Il est ici entouré des trois interprètes de Maestro : Serge Paquette, Manon Lafrenière & David Whiteley.

Courtoisie Jessica Ruano

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Pour son ultime mise en scène - censée mettre un point final à une carrière amorcée il y a 60 ans - le vénérable homme de théâtre Gilles Provost s'attaque à la pièce Maestro, qu'accueillera le Théâtre Gladstone du 25 mai au 10 juin.

Cette comédie de Claude Montminy créée en 2013 n'avait jamais été présentée dans la région d'Ottawa-Gatineau. Une double première, donc, puisque la pièce sera jouée dans les deux langues, en alternance, par les trois mêmes comédiens, David Whiteley, Manon Lafrenière et Serge Paquette.

Gilles Provost en profite ainsi pour « boucler la boucle » d'une vie entièrement consacrée à la scène, et ce, depuis l'âge de 10 ans, lorsqu'il tombe - accidentellement, jure-t-il, car il croyait aller aux vues - sur une petite production anglophone présentée dans la basse-ville d'Ottawa, en 1948. 

À l'époque, le petit Gilles « baragouine » à peine l'anglais, mais il est instantanément subjugué par la représentation de While The Sun Shines, de Terrence Rattigan. « Ce grand rideau rouge ! Tout ce monde bien habillé, la matinée était pleine ! Je ne comprenais rien, mais tout le monde riait... puis la foule s'est mise à pleurer, et la madame à ma gauche [que je ne connaissais pas], m'a agrippé le poignet sous le coup de l'émotion. Je voyais ses larmes. » 

Elle ne l'a lâché que lorsque les rires sont revenus. « Ç'a duré longtemps », se souvient-il. 

Le garçon est lui aussi frappé par la foudre. La révélation (qui lui a coûté 25 ¢) est immédiate et, la même année, il signe sa première mise en scène en faisant jouer des camarades d'école primaire. 

L'anglais d'abord

Quand Gilles Provost entamera sa carrière professionnelle, quelque 10 ans plus tard, c'est tout naturellement vers l'anglais qu'il se tourne. « Il n'y avait certainement pas de [théâtre] professionnel en français dans la région, ni à Montréal, même s'il y avait des spectacles. » 

L'existence de radio-théâtre à CKCH, à Hull, la présence du Théâtre du Pont-Neuf, les rôles qu'il décroche au sein des Dévôts de la rampe, jeune troupe amateure fondée en Outaouais par le futur cinéaste Pierre Patry (au sein de laquelle gravite aussi Claude Jutra), et les cours de français et de théâtre que Gilles Provost donne à l'Université d'Ottawa lui permettent de vivre, mais sa carrière de metteur en scène professionnel ne démarre véritablement qu'en 1968, en Angleterre. Repéré par le Conseil des arts de l'Ontario, qui lui offre une bourse, Gille Provost est envoyé un an à Birmingham, où il montera plusieurs pièces.

À son retour d'Angleterre, en 1969, Gilles Provost intègre l'équipe du Théâtre français du Centre national des arts (CNA). Il participe à 44 productions, en tant que comédien ou metteur en scène, avant de traverser la rivière des Outaouais pour prendre la direction du Théâtre de l'Île, en 1976. Le poste ne l'empêche pas de contribuer à une série de petites coproductions avec le CNA (des pièces en un acte jouées sur l'heure du lunch, le « théâtre-midi », une expérience très appréciée des fonctionnaires, se rappelle-t-il). Entre 1984 et 1986, il a aussi participé à des expériences théâtrales incorporant la musique classique, avec la collaboration de l'Orchestre du CNA. Il connaît donc bien les coulisses de l'institution.

Avec Maestro, la boucle qui se ferme n'est toutefois pas seulement linguistique. 

En effet, le texte original de Montminy dresse les couacs d'un couple de deux musiciens d'ensemble, lequel se transforme en triangle amoureux avec l'arrivée d'un nouveau chef d'orchestre. Estimant mériter la place de premier violon de l'orchestre, et profitant d'un break dans sa relation de couple, la femme entreprend de convaincre le maestro - et peut-être de le séduire, si besoin était d'influencer son choix. 

« C'est drôle, sans être une comédie d'été », souligne M. Provost, en indiquant être ému par « l'authenticité des situations ».

Et quitte à traduire et adapter la partition de Maestro, David Whiteley - qui agit aussi à titre de codirecteur artistique de Plosive Productions, qui produit le spectacle - a planté le décor... au CNA.

Autobiographie

C'est donc en quelque sorte un petit clin d'oeil à sa carrière, en même temps qu'un petit cadeau de départ que se fait M. Provost, qui souhaite à présent se consacrer à plein temps à la rédaction d'une autobiographie. Livre qui, à travers son regard, et au fil d'anecdotes personnelles, servirait surtout à dresser un grand historique de la vie théâtrale à Ottawa-Gatineau, explique-t-il en nous tendant l'ébauche d'un manuscrit titré Ma vie en cinq actes

Mais, ce faisant, il a esquivé notre question cherchant à vérifier s'il signe bien là son ultime mise en scène. Car, après avoir monté quelque 200 pièces, on doute qu'il puisse résister longtemps à l'envie d'en diriger d'autres.

Il avoue avoir d'ores et déjà un « petit projet » en vue. Il ne s'agit toutefois « que » d'une mise en lecture, atténue-t-il en évoquant l'événement-bénéfice qu'il souhaite organiser dans le cadre de l'inauguration de la salle de spectacles ultramoderne dont s'est doté le département de théâtre de l'Université d'Ottwa (Ud'O), à deux pas du campus. Prévue cette année, l'ouverture des nouveaux locaux a été repoussée à janvier 2018.

Bourse Gilles Provost

Le metteur en scène a l'intention d'inviter des « comédiens vedettes » qu'il a eu l'occasion de diriger durant sa carrière (Hélène Bourgeois Leclerc, Éloi Archambeaudoin, cite-t-il à brûle-pourpoint ; mais il aurait pu citer Jean-Louis Roux, Jean Marc Dalpé, Rita Lafontaine et sans doute 100 autres) et d'autres personnalités de la région qui ont eux aussi goûté au théâtre en sa compagnie, en participant à ses productions communautaires.

Il entrevoit cette mise en lecture comme une jolie façon de financer les bourses qui portent son nom. L'hiver dernier, Gilles Provost a en effet donné 50 000 $ à l'Ud'O pour démarrer un programme de bourses d'études à destination des étudiants en théâtre.

« J'ai toujours aimé les mises en lecture. Ça  me permet de découvrir de jeunes talents d'interprètes. Et, souvent, ça fait découvrir le théâtre à leurs amis. »

En revanche, l'envie de profiter de sa retraite pour écrire des pièces ne le démange pas du tout. À 79 ans, il a le sentiment d'avoir réussi à dire « librement » tout ce qu'il avait envie de dire. Son temps, il le consacrera plutôt à voyager et à passer plus de temps avec Claude, son conjoint. « Et à écrire cette histoire-là... » dit-il en désignant le manuscrit d'Une vie en cinq actes.

Pour y aller

Quand : du 25 mai au 10 juin

présentation en français : les jeudis, à 19 h 30 et les samedis, à 14 h 30

Où : Théâtre Gladstone

Renseignements : 613 233-4523, thegladstone.ca




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer