La der des ders de Clémence

Clémence DesRochers... (Erick Labbé, Archives Le Soleil)

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Clémence DesRochers

Erick Labbé, Archives Le Soleil

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Clémence DesRochers a déjà fait le coup d'annoncer sa retraite. Cette fois, le rideau tombera bel et bien une fois pour toutes au terme de son spectacle, mardi prochain. Et c'est à la salle Odyssée que l'artiste de 83 ans dira vraiment adieu à la scène.

« Je ne veux pas voir un seul siège vide dans la salle à Gatineau, pour ma dernière, c'est clair ? Organise-toi pour que j'aie un vrai balcon, bien rempli, SVP, pas comme mon petit 32B ! lance Clémence DesRochers, faisant référence à son tour de poitrine en riant. J'aimerais ça que pour une fois, ça déborde ! »

« En fait, j'ai hâte de m'y retrouver, parce que là, je suis un peu tannée de raconter que c'est la fin ! » enchaîne-t-elle d'un ton joyeux.

Elle marque une courte pause dans la foulée, puis reprend : « Bon, hâte, c'est peut-être pas le bon mot... Parce que je sais qu'il y aura des larmes, aussi, ce soir-là... »

Ces larmes témoigneront évidemment du deuil à faire de cette scène qui aura été « un grand amour » dans sa vie, qui aura comblé son « besoin d'être aimée », « un manque » qu'elle ressent encore, « parfois », avoue-t-elle. 

Or, ces pleurs qu'elle anticipe déjà, ils seront aussi signes d'une sérénité - « enfin ! » - trouvée, d'un « accomplissement » qui lui aura permis de traverser les six dernières décennies en exerçant un métier par lequel elle continue à s'étonner elle-même d'encore faire rire et émouvoir le public.

« C'est le côté vivant de cette aventure qui fait que je n'ai jamais eu une vie plate ! »

La touche-à-tout et volubile octogénaire n'entend donc pas sombrer dans la mélancolie pour cet ultime tour de piste, pour lequel elle sera entourée de trois musiciens et de sa « grande amie » Marie Michèle Desrosiers. 

Ainsi accompagnée, Clémence DesRochers revisitera son vaste répertoire, entre monologues et chansons incontournables, de La danseuse espagnole au Centre d'écueil. Sans compter quelques trous de mémoire, volontaires ou non.

« Les gens aiment ça, quand je me trompe ! Il n'y a rien de mieux que l'imprévu, quand tu sors de ton texte et que tu dois improviser. Des fois, je fais semblant de ne plus me rappeler de mon texte. Mais plus le temps passe, plus il y a de vrais trous de mémoire. Je m'organise alors pour semer le doute chez les gens ! »

Du défoulement aux aveux

Quand elle a pris la plume, Clémence DesRochers cherchait à se « défouler » contre les religieuses qui lui enseignaient, entre autres. Élevée « librement » par un père citant aussi bien Hugo que Verlaine et Baudelaire, Clémence DesRochers a toujours écrit ses propres monologues et chansons, tantôt en rimes, tantôt en prose. En solo ou parmi les Bozos, groupe fondé en 1959 avec entre autres Raymond Lévesque, Jean-Pierre Ferland, Jacques Blanchet et Hervé Brousseau, et au sein duquel elle était la seule femme.

Au cours de sa carrière, elle a notamment rendu hommage aux mères et aux travailleuses. « Je me suis imposée d'écrire La vie d'factrie parce que le sujet, je l'avais dans la face tous les jours, en regardant l'usine de la fenêtre de ma chambre ! »

Elle a aussi « décoincé » les femmes - et certains hommes - par rapport à la ménopause, par exemple, « parce que rire permet le recul, ça te sort le nez des situations chiantes », fait-elle valoir un sourire dans la voix.

Elle a aussi chanté plus tendrement son jardin. Et sa Louise. Si elle n'a jamais hésité à aborder certains thèmes de front, elle s'est longtemps retenue d'écrire sur la femme de sa vie. « La mère de Louise vivait encore... Et puis moi, je n'étais pas prête parce que je craignais la réaction du public », confie-t-elle.

Ce n'est qu'au début des années 2000, par son poème Deux vieilles, que Clémence Des Rochers ose révéler délicatement, presque pudiquement, son homosexualité. 

« L'amour, c'est ce qu'il y a de plus beau. Sans ça, rien ne vaut la peine. »

Elle viendra donc faire provision de celui du public, auquel elle s'est réchauffée si souvent au cours des 60 dernières années, mardi soir, à Gatineau. Pour une dernière fois.

Pour y aller

Le 25 avril, 20 h

Maison de la culture de Gatineau

819-243-2525 ; salleodyssee.ca




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