Ingénu et très humain

Adib Alkhalidey... (Archives, La Voix de l'Est)

Agrandir

Adib Alkhalidey

Archives, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CRITIQUE / Ingénu, le deuxième one man show d'Adib Alkhalidey, qu'il présentait vendredi à la Maison de la culture, a considérablement fait baisser la moyenne d'âge du public de la salle Odyssée. Un signe qui ne trompe pas sur la pérennité à venir du jeune humoriste.

Dans ses thèmes et son approche, ce deuxième spectacle reste dans la continuité du premier solo d'Alkhalidey, Je t'aime, qui consacrait l'humoriste comme la « révélation de l'année » du Gala Les Olivier,  édition 2013. Et pourtant, celui-ci est « mille fois meilleur que le premier », avertit maman Alkhalidey, lequel s'est empressé de répéter ses propos sur son compte Instagram.

Parlant d'Instagram : en tant que partisan et fin connaisseur de la Sainte-Flanelle, Adib Alkhalidey a commencé à investir depuis deux jours le compte Instagram de Radio-Canada Sports. Compte qu'il est censé alimenter en direct, durant les matches du Canadien, de ses commentaires. 

Or, en ce vendredi vespéral, le petit écran diffusait le deuxième match de la série opposant le Canadien aux Rangers de New York. On était donc curieux. Comment le comique québéco-irako-marocain, qui s'agitait sur les planches de la salle Odyssée au même moment, allait-il pouvoir pitonner sur son téléphone intelligent sans que le public s'en aperçoive ? 

Il a « posté » une petite vidéo, juste avant de monter sur scène, pour demander au public gatinois de crier quand le CH compterait des buts. Silence radio dans la salle. Il va falloir roder tout ça... 

On avoue d'emblée notre a priori très favorable pour ce jeune humoriste qui utilise le rire comme une arme de réflexion sociale. L'humour, non pour railler, mais pour  exacerber l'amour de son prochain. Quitte à crever certains abcès, au passage

Adib Alkhalidey, il est dans l'échange humain. C'est le genre à se croire sur parole quand il annonce, dès le début, en toute candeur : « c'est un spectacle de blagues, mais c'est aussi un spectacle de solutions ».

L'hirsute humoriste en profite pour poser un regard doux - avec toutefois ce qu'il faut d'écart de langage et de virulent pour qu'on ne se méprenne pas sur sa fausse naïveté - sur des sujets somme toute délicats. Sur la pauvreté et l'addiction (y compris la sienne : le rire d'autrui). Sur le racisme et l'immigration. 

Il est tordant quand il évoque la dérive des comportements sur les réseaux sociaux et le « manque de décorum » de l'environnement numérique, qu'il perçoit comme un far west sauvage, dont il nous reste à défricher les règles sociales. Sa comparaison entre Internet et l'intimité de son salon est particulièrement réussie.

Il est rigolo lorsqu'il prend l'accent haïtien. Adorable, quand il joue à la jeune fille nunuche et à l'obsessif-compulsif... ou aux deux à la fois. Car il s'affiche féminin, voire féministe, imitant certaines australopithèqueries masculines liés à la parade amoureuse ou la colère au volant, et dénonçant « les cueilleurs de haine ».

Le quasi-trentenaire semble très en confiance, sur scène. Assez confortable avec son public pour se permettre d'aborder son trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH). 

Particulièrement touchant, son plaidoyer pour la reconnaissance du « droit à l'erreur », premier pas vers la tolérance et la courtoisie, fait mouche.

Il n'a besoin d'aucun artifice : un tabouret, un micro, quelques éclairages minimes. Et son ton, à la fois franc et doux. Bienveillant. On se sent comme dans son salon, à écouter une discussion plus guidée que scriptée. 

La prestation semble manquer de rythme, parfois. Est-ce parce qu'on compare à ses apparitions télé (ou web). Peut-être est-ce justement la douceur générale du ton, qui donne cette impression ?

Première partie

En première partie, Alkhalidey avait apporté deux petites gâteries. La première s'appelait Julien Lacroix : un petit nerveux-baveux emballé dans un papier provocateur Hochelagien un peu trashy. Le deuxième, Roman Frayssinet, déploie un univers plus décalé. On a beaucoup apprécié sa diatribe hystérique contre la soi-disant intelligence des animaux. Moins, son délire sur le thème de « la nature dégeulasse ».




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer