Dehors: drame familial en zone humide

Deux frères, Arnaud et Armand, se revoient après... (Courtoisie)

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Deux frères, Arnaud et Armand, se revoient après plusieurs années à la ferme familiale pour la lecture du testament de leur père. Dehors fait le récit de leurs retrouvailles houleuses.

Courtoisie

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CRITIQUE / Deux frères, aux destins radicalement différents, se réunissent après des années d'absence. La raison de leurs retrouvailles ? Le décès de leur père. Sur le vieux thème de la réunion familiale qui tourne au vinaigre, l'auteur fransaskois Gilles Poulin-Denis écrit une pièce qui interroge, avec une lucidité radicale, le retour du fils prodigue sur la terre de ses ancêtres.

Comment retrouver « les siens » alors que tout vous oppose ? Réinvestir un terrain d'entente auprès de ceux qui ne sont pas partis ? Avec Dehors, à l'affiche du CNA jusqu'au 1er avril, l'heure est à la démantibulation du langage et de l'héritage paternel. 

Après des années d'expatriation, Arnaud est devenu reporter de guerre ; son frère, Armand, n'a pas quitté la ferme familiale. Le premier a adopté le français des médias internationaux pour lesquels il travaille, le second emploie un « québéco-franglais » bien sonné. De retour à la maison familiale, Arnaud est accueilli par la carabine de son frère. Le message est limpide : « Iciite, t'es fuck all. T'es dead meat. » Voilà le mot de bienvenue qui lance cette pièce mise en scène par Philippe Ducros, lui aussi familier des zones de conflit (son exposition africaine La porte du non-retour avait été présentée à la Galerie Saw en 2014). 

Toute l'intrigue de la pièce tient dans le langage plutôt que dans l'action proprement dite, langage qui apparaît comme le véritable foyer de chaque protagoniste. Un lieu privilégié pour une mise au point qui s'éloigne à mesure qu'on cherche à la nommer. Reproches d'abandon, de trahison, jalousie latente... En dépit de son titre, Dehors est surtout une pièce introspective.  

La mise en scène de Philippe Ducros évoque un duel impitoyable aux allures de western : bras ballants, les deux frères se toisent, se tournent autour, se tiennent en joue et s'empoignent parfois. On y retrouve les gros plans du genre cinématographique à travers la projection vidéo sur le plateau. Dans l'une des scènes les plus habiles du spectacle, le dispositif scénique permet de glisser d'un niveau de narration à un autre en deux temps trois mouvements. Les retrouvailles familiales, le passé professionnel d'Arnaud (reporter à la télévision) et son passif médical (traumatisme révélé par le médecin) s'enchaînent dans un même élan, au début de la pièce. 

Les personnages secondaires (le père, Virginie, le notaire, le fossoyeur) dessinent une ruralité sans demi-mesure, brute, parfois difficilement compréhensible (et audible). Dans ce registre, Jean-Marc Dalpé incarne le phénix des hôtes de ces bois en ours mal léché.   

Autour d'une scénographie représentant une serre, beaucoup d'eau, en pluie, flaques ou fleuves imaginaires - puisque ce passé familial doit être purifié pour que les deux frères acceptent enfin d'apposer leurs signatures nécessaires au déroulement de la succession.        

Ce spectacle, dans son ensemble, n'a pas peur des métaphores et n'est pas sans rappeler le théâtre de Wajdi Mouawad, parfois même de façon très explicite (« Des frères qui tuent leurs frères, c'est le résumé tout entier de la guerre »). L'interférence des époques, la dimension de la parabole, les thèmes de l'exil et de la guerre... décidément, l'influence de l'ancien directeur du Théâtre français, mentor à l'écriture de la pièce, est omniprésente. 

De deux choses l'une : soit vous êtes conquis par sa façon de traiter de la culpabilité et de l'héritage familial ou vous trouvez que c'est du déjà-vu. Reste un spectacle ambitieux qui s'adresse à chacun, quelle que soit son histoire : où se trouver une terre pour vivre ?

Pour y aller

Quand: Du 29 mars au 1er avril, 20 h

Où: Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787




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