La création sans frontières

Le metteur en scène fransaskois Gilles Poulin-Denis est... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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Le metteur en scène fransaskois Gilles Poulin-Denis est devenu le nouveau directeur des Zones Théâtrales. Par ailleurs, à titre d'auteur, il présente la semaine prochaine au Théâtre français du CNA sa pièce Dehors.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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Rencontré par hasard dans un café d'Ottawa, il y a quelques semaines, Gilles Poulin-Denis s'était bien gardé de nous révéler l'objet de sa visite dans la capitale. Désormais, on le sait : le comédien, auteur et metteur en scène installé à Vancouver a été nommé directeur des Zones Théâtrales, à la suite du départ de René Cormier promu sénateur.

Changement de génération et cap vers l'Ouest canadien ! Alors que M. Cormier venait du Nouveau-Brunswick, Gilles Poulin-Denis revendique ses racines fransaskoises. La biennale présentée comme le rendez-vous du théâtre francophone hors Montréal et Québec changera-t-elle d'orientation ? Pour l'heure, le nouveau directeur s'applique à prendre ses marques, partageant quelques rêves et convictions.

«Zones bénéficie de bases solides, évalue-t-il. C'est un événement important pour la communauté théâtrale francophone qui mérite qu'on en augmente le financement.»

Gilles Poulin-Denis poursuit ses études à Montréal où il décroche son diplôme de l'UQAM en 2004. Vient, quelques années plus tard, la rencontre avec Wajdi Mouawad, son mentor artistique. Pendant trois ans, M. Poulin-Denis est auteur associé au Théâtre français du Centre national des arts (CNA) et tissera des liens forts avec l'institution responsable des Zones.

« C'est un événement théâtral qui a nourri mon cheminement artistique personnel, en tant que participant, mais aussi comme spectateur. » 

Fierté d'être resté un artiste indépendant, jamais rattaché à une seule compagnie, d'avoir su multiplier les collaborations sans être ancré à un seul endroit. Toutes passeront par Ottawa. À l'instar de sa première création, Rearview, créée en 2009 par La Troupe du jour de Saskatoon. Sa deuxième pièce, Statu quo, bénéficie d'une lecture aux Zones en 2011. On a pu récemment le voir dans Straight Jacket Winter au CNA, pièce coécrite avec Esther Duquette.

«J'ai toujours privilégié la création théâtrale et c'est aussi l'un des mandats de Zones en faisant rayonner ces productions.» 

Les défis ne manquent pas : améliorer la visibilité de l'événement auprès de publics qui ne le connaissent pas forcément, travailler à la rétention des artistes francophones souvent tentés de créer en anglais dans un milieu francophone minoritaire. 

La tête remplie de nouvelles idées, Gilles Poulin-Denis voudrait aussi élargir les Zones à la production francophone internationale.

«Comment maintenir une présence continue entre les quelques jours que dure l'événement biennal ?» se demande-t-il. Sa mission sur deux éditions ne fait que commencer.

Entre zone grise identitaire et zone de conflits

Après avoir présenté Straight Jacket Winter en novembre 2016 au Centre national des arts, pièce sur l'ennui qu'il portait avec les bras multiples d'un Vishnu à l'écriture, la mise en scène, l'interprétation et la composition musicale, Gilles Poulin-Denis revient plus modestement avec Dehors, dont il signe «seulement» le texte. 

Étrange impression de confier à d'autres ce projet qu'il mijote depuis sept ans, au bas mot, développé en 2009 quand il était auteur associé au Théâtre français, puis étrenné en lecture au Carrefour international de théâtre, à Québec, et aux Zones Théâtrales en 2015.

«J'ai commencé à écrire la pièce quand j'habitais à Montréal, raconte l'auteur. Quand je suis retourné en Saskatchewan, je me suis rendu compte que je n'avais plus la même langue qu'avant. J'avais envie de questionner cette zone grise identitaire. Où est-on chez soi ?»

Également inspirée par le désir d'évoquer la guerre, la pièce retrace l'histoire de deux frères (Patrick Hivon et Robin-Joël Cool) amenés à se revoir à la suite du décès de leur père. L'un est resté à la ferme familiale, l'autre travaille comme grand reporter de guerre. Chacun des personnages a sa propre revendication identitaire et territoriale, sa déchirure secrète et un lien avec la forêt entourant la maison. Ils s'opposent ou se jaugent, mais ont à coeur de terminer cette partie.

La guerre, en résumé

«C'est le retour du fils prodigue, poursuit-il, celui qui amène avec lui ses expériences de l'étranger et invite cet ailleurs chez lui.»

La mise en scène sera confiée à Philippe Ducros, baroudeur familier des zones de conflits, qui avait signé l'installation photographique La porte du non-retour à la Galerie Saw en 2014. On pense aussi à l'indéniable influence de Wajdi Mouawad dans cette quête sur les origines assombrie par les violences des pays retournés par la guerre.

«Des frères qui tuent leurs frères, c'est le résumé tout entier de la guerre», énonce le personnage d'Arnaud dans une réplique que ne renierait pas l'auteur d'Incendies. En filigrane, Dehors parle aussi de filiation artistique...

Pour y aller

Du 29 mars au 1er avril, 20 h

Centre national des arts

Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787




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