Célébrer, pas rouspéter

«On ne peut jamais rien prendre pour acquis, [nous] la minorité francophone. En... (Courtoisie)

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Courtoisie

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«On ne peut jamais rien prendre pour acquis, [nous] la minorité francophone. En musique, c'est comme pour Monfort: on pensait qu'on avait quelque chose [l'hôpital], et puis un beau jour, un gouvernement décide que ça n'existerait plus. Alors il a fallu se battre», lance Robert Paquette. On est au tout début de notre entrevue. On n'a pas encore évoqué le spectacle-anniversaire: on se contente de jaser à bâton rompu de la faillite du distributeur québécois DEP, annoncé la veille de notre entretien.

Le sudburois d'origine a longtemps présidé l'Alliance nationale de l'industrie musicale (l'ANIM), qui défend à l'échelle du Canada les intérêts des musiciens francophones. «Les populations minoritaires doivent tout le temps rester aux aguets. Ç'a été le même combat pour les écoles et pour la culture francophone. »

« Une fois que tu es là-dedans [le combat pour revendiquer et faire valoir ses droits], tu ne peux pas quitter. C'est important de continuer à s'impliquer pour que la nouvelle génération puisse aussi être [sensibilisée et s'impliquer dans] l'action sociale et politique - car l'action sociale n'a pas beaucoup d'effet si on n'a pas le support d'organismes [de représentation] qui poussent le côté politique», poursuit ce Montréalais d'adoption.

Toujours actif

Bien qu'il n'ait pas sorti de disque à son nom depuis 1984, Robert Paquette demeure un pilier de la scène musicale franco-canadienne. Pas seulement parce qu'il fut le premier artiste franco-ontarien à graver un disque*. Mais aussi parce qu'il n'a jamais «lâché la musique», que ce soit à titre d'animateur à la télévision, de réaliteur de disques (pour son ami Chuck Labelle, notamment) ou d'administrateur (il siège sur le CA de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec). Désormais en «semi-retraite», il continue, à 67 ans, de donner quelques spectacles chaque année. Et ses chansons Bleu et Blanc (qu'il avait d'ailleurs choisi d'interpréter pour SOS Monfort, en 1997, en raison de son message «un peu plus politique») et Jamaica ne sont-elles pas estampées du sceau «Chansons classiques» de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique ?

Le rassemblement de mercredi fait évidemment résonner une corde sensible en lui. Lui qui a l'impression d'avoir constamment dû monter sur scène «en rouspétant pour nos droits» a plutôt le sentiment de venir célébrer, cette fois. 

« Ce sera un party de réjouissances! Je viens fêter un événement qui a d'abord été négatif, mais qui, avec le temps, a abouti à quelque chose de très positif. [...] On ne se bat pas: on s'EST battu ! »

Le musicien se dit particulièrement heureux de cette piqûre de rappel, au cours de laquelle les artistes célébreront les récentes avancées des Francos, notamment la reconnaissance du drapeau franco-ontarien par le parlement de l'Ontario, en 2001, et la désignation officielle de la chanson Notre Place comme hymne provincial des Franco-ontarien(ne)s, le 2 mars dernier à Queen's Park. Sans oublier la minute de silence à laquelle a eu droit, toujours à l'Assemblée législative, l'auteur de la chanson, Paul Demers, lors de son décès survenu en octobre 2016.

Le concert sera sans doute teinté de tristesse, alors que le fantôme de Paul Demers planera sur ces festivités. Un hommage musical lui sera rendu en gang, à travers un medley concocté par le pianiste Gatinois François Dubé - qui est aussi le compositeur de Notre Place

«François a réussi à intégrer une douzaine de chansons de Paul. Je n'ai pas tous les détails, je les aurai demain [le 16 mars], lors de notre première répétition, mais je vais en faire deux, Pour ceux qui restent et Tout oublier. Chuck aussi en fait deux, et je suis convaincu que tous ceux qui ont connu Paul aussi», avance-t-il en songeant à Serge Monette et Jean-Marc Lalonde.

Jumelage intergénérationnel

«Ils ont jumelé les 'vieux' à de plus jeunes. Chacun des aînés va faire une de ses propres tounes, et une autre avec la 'relève'. [En duo], on devait choisir une chanson parmi le répertoire des 'classiques' de la francophonie ontarienne. Yao et moi, on a choisi de faire Dimanche après-midi d'André Paiement [le leader de CANO et fondateur du Théâtre du Nouvel-Ontario, qui s'est suicidé à l'âge de 28 ans, en 1978]. Et on aura un invité-surprise avec nous», laisse-t-il entendre.

Pour toutes ces raisons-là, mais aussi pour le rare «plaisir de pouvoir jouer dans un stade», «et aussi parce que c'est un rassemblement gratuit», Robert Paquette ne «pouvait pas refuser» l'invitation à cette commémoration festive.

Yao: néo-ambassadeur

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Yao

Patrick Woodbury, Le Droit

Difficile de joindre Yao, chanteur, auteur, slameur établi à Ottawa, actuellement en tournée au Maghreb, sur invitation des ambassades canadiennes, pour célébrer le Mois de la francophonie. Il est tard quand notre téléphone sonne : un concert vient tout juste de s'achever en Tunisie, et l'on devine, en fond sonore, l'effervescence d'une fête qui s'éteint. Le temps d'une pause, Yao reprend son souffle et nous partage sa fierté à représenter le Canada et l'Ontario francophone sur un autre continent. 

«Chaque fois que je monte sur scène, je mentionne que je viens de l'Ontario, deuxième province francophone du Canada, partage le chanteur en fier ambassadeur. Parce que, quand je parle français, tout le monde pense que je viens du Québec !»

Souci de préciser sur scène et en entrevue avec les médias étrangers que non, tous les Canadiens parlant français ne vivent pas à Québec ou Montréal, qu'il y a aussi des francophones à Ottawa.

«Au-delà de la prise de position, c'est aussi une forme d'affirmation, poursuit-il, de dire que l'on existe, qu'on possède notre richesse et notre culture.»

Oui, Yao revendique haut et fort son identité franco-ontarienne, lui qui vit à Ottawa depuis 18 ans. «Plus qu'un titre, je pense que celle-ci se définit par un sens de la solidarité et une diversité certaine», affirme le chanteur né en Côte d'Ivoire de parents togolais. 

Être impliqué dans la vie de la communauté franco-ontarienne, voilà le véritable indicateur de son allégeance culturelle, croit-il. Aussi, quand le chanteur est sollicité pour faire partie du spectacle hommage de l'hôpital Montfort, il n'hésite pas une seconde: «À Ottawa, on est tous passés par Montfort pour se faire soigner ou autre, illustre-t-il. Vingt ans plus tard, la communauté a grandi, elle est soudée. C'était important pour moi de souligner cette lutte majeure de la communauté franco-ontarienne qui s'est faite dans le passé. » «Mais la bataille n'est pas gagnée aujourd'hui. Il reste encore à défendre le bilinguisme pour Ottawa.»

La lutte de l'heure mériterait-elle un nouveau slam ?

Maud Cucchi, Le Droit

Le spectacle, en bref

  • L'idée de produire un disque n'est «pas dans les plans, pour l'instant», indique l'APCM, au sujet du spectacle musical commémorant le 20e anniversaire du grand rassemblement pour sauver l'hôpital Monfort.

    Le ralliement du 22 mars 1997 avait fait l'objet d'une captation télé et le Regroupement des artistes pour Montfort avait produit un disque intitulé SOS Montfort (difficilement trouvable, à présent). Aucun enregistrement sonore n'est prévu mercredi, mais Rogers TV et TFO feront vraisemblablement une captation en direct qui sera accessible via leurs plateformes numériques respectives, indique l'Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). 

    Les profits tirés de la vente du disque ont servi à financer la bataille devant les tribunaux qu'allait entreprendre dans la foulée l'avocat Ronald Caza, car «on savait déjà, au moment du rassemblement, que la campagne de sensibilisation allait se poursuivre au plan légal», se souvient Robert Paquette, qui a participé tant au spectacle qu'au disque.

  • Pour endisquer Dépêche-toi, soleil, Robert Paquette dut s'exiler au Québec. C'était en 1974, bien avant que l'APCM n'entre en jeu en Ontario, pour distribuer et faire rayonner les artistes. Anecdote: pour décrocher ce contrat de disque, le Sudburois a enregistré un démo dans un petit studio d'Hamilton, en compagnie d'un ingénieur du son d'origine hulloise, au nom encore peu connu... Daniel Lanois.




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