La bonne âme du SeTchouan: un fable musicale

Le jeu toujours juste, Isabelle Blais se glisse... (Courtoisie)

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Le jeu toujours juste, Isabelle Blais se glisse dans la peau de deux personnages.

Courtoisie

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Byline Isabelle BriseboisLe Droit AffairesPATRICK WOODBURY, LeDroit
Isabelle Brisebois

Collaboration spéciale

Le Droit

Faire le bien... ou faire le mal en voulant le bien ? Malgré nos intentions les plus bienveillantes, le contexte nous entraîne parfois du côté obscur de la force. Portée admirablement par 15 acteurs-chanteurs et quatre musiciens, La bonne âme du Se-Tchouan sonde la nature humaine au rythme de la parole de Bertolt Brecht et d'une mise en scène éclairante et éclairée de Lorraine Pintal, du TNM. Une fable musicale, à voir, au Théâtre du CNA.

Avant même d'avoir mis le pied dans la salle, le spectateur est invité dans l'univers du dramaturge allemand alors que des comédiens, vêtus des superbes costumes de Marc Senécal, peaufinent leur maquillage au beau milieu du foyer et de la foule, curieuse et amusée. Une fois les portes franchies, un pianiste s'en donnera à coeur joie sur scène, tout comme le talentueux Daniel Parent en maître de cérémonie, les uns et les autres prenant place devant ce qui s'annonce déjà un spectacle fort divertissant.

Dans une Chine imaginaire, un dieu se pose sur terre à la recherche d'un logis. Une prostituée, Shen-Té, l'accueillera gentiment, ce qui lui vaudra une récompense - et suffisamment d'argent pour s'acheter un commerce de tabac et mener sa vie décemment. Dans un monde où règne la misère et les inégalités sociales, les vautours ne tarderont pas à lui tourner autour, la belle - naïve, trop généreuse et désormais « riche » - devenant là une proie de choix. Le jeu toujours juste, Isabelle Blais se glisse comme un caméléon dans la peau de deux personnages, Shen Té et Shui Ta, un impitoyable homme d'affaires.

Musique raffinée

Inspirée par les cabarets allemands, Lorraine Pintal a confié à Philippe Brault la trame musicale dont on applaudit l'éclectisme et où se côtoient une exubérance baroque et un raffinement asiatique. Piano, percussions, trombone, guitares, xylophone, égoïne comptent parmi les nombreux instruments que se partagent sur scène les quatre musiciens. Immense sera notre joie d'entendre s'élever les voix puissantes de Louise Forestier, de France Castel, de Jean Maheux et d'Isabelle Blais, pour ne nommer que celles-là, en solo ou en choeur.  

Incarnant un aviateur manipulateur, Émile Proulx-Cloutier est égal à lui-même, faisant de chacune de ses interventions, chantées ou jouées, un délectable moment de théâtre. Si quelques longueurs ponctuent la pièce, les oeuvres musicales - qui assurent le succès de la production - nous feront oublier les temps morts.

Signées Jocelyne Montpetit, les captivantes chorégraphies des choeurs se fondent à merveille dans les colorées projections vidéo de Lionel Arnould qui évoquent la région chinoise. Sous la direction sans faille de Lorraine Pintal, chaque comédien occupe l'espace scénique de tout son être. Une main, une épaule, un pied, une hanche, un coup de tête, tout geste - même singulier - est calculé, et ajoute à cette grande fête visuelle à laquelle le public est convié. 

La pièce se terminera par un cri du coeur de Shen Té, alias Shui Ta, dont la double identité sera dévoilée. On en retiendra cette phrase : « Alors que commettre des injustices, causer du tort, a établi mon autorité et m'a grassement nourrie, pourquoi la méchanceté est-elle récompensée et la bonté si durement châtiée ?

Là où il y a de l'homme, il y aura toujours de l'hommerie. Ça vous "trump" quelque chose ?

Pour y aller

Du 1er au 4 mars

Centre national des arts

Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787




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