Les métamorphoses d'Isabelle Blais

Isabelle Blais incarne la prostituée Shen Té dans... (Martin Roy, Le Droit)

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Isabelle Blais incarne la prostituée Shen Té dans La Bonne Âme du Se-Tchouan.

Martin Roy, Le Droit

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La Bonne Âme du Se-Tchouan, c'est elle : Isabelle Blais, comédienne, mais aussi auteure-compositrice-interprète révélée grâce à son groupe, feu Caïman Fu, dans les années 2000. Elle incarne la jeune prostituée Shen Té dans la pièce de Brecht mise en scène par Lorraine Pintal. Un rôle sur mesure, pluriel et musical, pour celle qui partage son temps entre théâtre, télévision, cinéma et concerts avec son complice Pierre-Luc Brillant. Elle fait feu de tous ses talents et promène sa décontraction jusqu'à Ottawa pour présenter cette production du Théâtre du Nouveau Monde, à l'affiche du 1er au 4 mars au Centre national des arts.

Isabelle Blais touchera à peine au biscuit posé sur la table pour lui redonner de l'énergie jusqu'à midi. À peine une gorgée d'eau... En fait, elle est tout à fait «raccord» avec une époque qui cherche des femmes-orchestres aux talents de couteaux suisses. Surtout, elle se plaît à explorer tous les possibles artistiques et, en cela, La Bonne Âme du Se-Tchouan de Brecht lui offre un personnage en or: des dieux sont à la recherche d'une «bonne âme» qui les hébergerait. Le marchand d'eau leur indique la jeune prostituée Shen Té. 

Avec l'argent que lui donnent ces représentants du destin pour la remercier, elle s'achète un débit de tabac... et les ennuis commencent. Dans une ville gangrenée par la misère, où règne la mentalité du chacun pour soi, les villageois abuseront de sa bonté. Heureusement, son cousin Shui Ta, moins vulnérable, prend ses affaires en mains tandis qu'elle tombe amoureuse d'un bel aviateur.

«La pièce reste d'actualité, analyse la comédienne. Brecht nous questionne sur la possibilité de rester bon malgré des circonstances très difficiles. Peut-on résister à la corruption?» Autrement dit, pour faire le bien dans un monde où les dieux sont impuissants, quasi absents et plutôt indifférents, faut-il se résoudre à faire le mal?

Flirtant avec le cabaret allemand, le spectacle mêle théâtre et musique pour suggérer des lendemains qui ne chanteront pas forcément.

Nécessaires adaptations?

Créée en 1943 à Zurich, la pièce était accompagnée d'une partition de Huldreich Früh. Reprise en 1947, Brecht demanda au compositeur Paul Dessau une musique nouvelle. «Cette deuxième collaboration n'oblige pas les metteurs en scène à intégrer la partition à leur spectacle», précise la comédienne.

Lorraine Pintal a fait appel à Philippe Brault pour retravailler l'intégralité de la trame musicale, «de façon moderne, avec quelques touches asiatiques; on croirait même parfois entendre du Tom Waits», évoque Isabelle Blais. Compositeur et instrumentistes joueront la musique sur scène, «à la manière d'un cabaret». Par le rythme et les accents qu'elle impose au texte, celle-ci doit permettre de donner des clés d'interprétation, de conduire le chanteur à dire et jouer d'une certaine manière.

On n'aborde plus guère aujourd'hui les fables épiques du  promoteur de la distanciation: ce fameux jeu aux antipodes du naturalisme, prônant  recul et distance censés favoriser la réflexion du public. Pour rendre la pièce plus présentable, Lorraine Pintal a opéré d'autres modifications, incluant une nouvelle traduction du texte signée Marie-Élisabeth Morf et Louis Bouchard, «moins franchouillarde et mieux adaptée au public québécois».

La longueur de la pièce - qui devait durer entre cinq et six heures - a été tronquée à un peu plus de 2 h, sans entracte. «J'ai dû désapprendre le texte en fonction des coupures apportées», partage la comédienne qui s'était fait un devoir de tout savoir par coeur pour être prête dès le premier jour des répétitions.   

Sous des dehors décontractés, Isabelle Blais laisse entrevoir l'exigence et la rigueur nécessaires à la mise en scène d'une telle production.

«Le jeu est stylisé, les maquillages créent des expressions fortes tandis que les chansons commentent l'action», résume-t-elle.

Caméléon inventif et généreux, Isabelle Blais incarne aussi le désir de se fondre en homme pour parvenir enfin à imposer sa voix. Une pièce qui, un demi-siècle après son écriture, n'aurait rien perdu de sa modernité.

Pour y aller

Du 1er au 4 mars

Centre national des arts

Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787




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