De la possibilité d'un théâtre bilingue à Ottawa

Le directeur artistique du Great Canadian Theatre Company,... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Le directeur artistique du Great Canadian Theatre Company, Eric Coates, accueille Jean Stéphane Roy et son Théâtre la Catapulte, pour plusieurs représentations de la pièce francophone Les Passants, de Luc Moquin.

Etienne Ranger, Le Droit

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Pour la première fois de son histoire, le Great Canadian Theatre Company (GCTC) programme un spectacle intégralement en français, avec surtitres anglais. Ainsi Les Passants contourne-t-il et conjure-t-il l'éternelle question des deux solitudes selon laquelle cultures francophone et anglophone seraient imperméables l'une à l'autre sur les scènes ottaviennes. Rencontre avec deux directeurs artistiques, Jean Stéphane Roy, de la Catapulte, et Eric Coates, du GCTC, convaincus de la possibilité d'un théâtre bilingue dans une ville qui l'est tout autant.

Le projet est né en 2013 d'une proposition de Robert Metcalfe, directeur du Prairie Theatre Exchange (PTE), à Winnipeg. L'idée est simple : encourager le parrainage entre théâtres francophones et anglophones dans sa ville, mais aussi à Edmonton et Ottawa. Chaque binôme créerait une pièce en anglais et une en français. Une tournée entre les trois villes ferait ensuite rayonner les créations ainsi produites.

Faute de financement, cette dernière étape a été provisoirement abonnée, mais l'on pourra voir le fruit de l'audacieux projet à Ottawa du 23 février au 12 mars au GCTC.

À quelques jours de la première, ce théâtre anglophone qui a pignon sur rue dans le quartier Westboro est convaincu qu'il parviendra à attirer un public pourtant habitué à ses programmations exclusivement en anglais.

«J'espère exploiter l'en-vironnement bilingue d'Ottawa, partage Eric Coates. Après tout, le pré Tunney et ses nombreux fonctionnaires fédéraux ne sont qu'à une centaine de mètres du théâtre.»  

«Plus sexy » en français

La démarche comporte une prise de risque certaine qu'il défend avec conviction, misant surtout sur la curiosité intellectuelle du public fidèle au GCTC. «Nous pouvons déjà compter sur nos abonnés, qui représentent 25 % de la salle à remplir», calcule le directeur artistique.

Pour lui, le théâtre francophone demeure «un cousin distant» qu'il observe avec grand intérêt.

«J'ai toujours admiré l'implication physique des comédiens, leur façon de pouvoir transformer de petites choses en instants magnifiques.» 

Il sourit à l'idée des idées reçues qu'il faudra transcender. Des préjugés qui reposent néanmoins sur un fond de vérité, parfois : «Notre façon de travailler est bien différente. Alors que nous sommes très focalisés sur le texte, les français prennent plus de liberté pour explorer leur travail, ce qui nous fait sentir très en retard sur ce point», croit-il. 

Bref, une fois n'est pas coutume, le théâtre francophone serait «plus sexy» que son pendant anglophone, sourit le directeur artistique, habile communicant.

Ce vent de fraîcheur, Les Passants l'incarneront collectivement sous la plume de l'auteur Luc Moquin, la mise en scène de Jean Stéphane Roy et le jeu de Mélanie Beauchamp, Benjamin Gaillard, Andrée Rainville et Yves Turbide. 

Des surtitres en anglais - signés Lisa L'Heureux - accompagneront les représentations. En somme, le théâtre est anglais, mais l'équipe de création québécoise ou franco-ontarienne. Sauf pour la scénographie, les costumes, les lumières...

Rompu au théâtre canadien-anglais, le metteur en scène,connaît bien son nouveau public. «Étant donné que le texte est assez verbeux, j'ai cherché à développer une théâtralité magique pour accrocher le spectateur qui pourrait se lasser des surtitres», explique Jean Stéphane Roy. Du théâtre d'ombres se serait immiscé dans le projet, qui devrait renverser les frontières linguistiques et réserver de belles surprises visuelles.

Le directeur du Théâtre la Catapulte a rencontré à plusieurs reprises l'auteur Luc Moquin - avec qui il signe sa quatrième mise en scène - et Eric Coates «à des endroits d'Ottawa/Gatineau très différents, où nous nous donnions rendez-vous pour manger une poutine, découvrir un nouveau café d'Ottawa, aller au musée...»

En résulte une pièce conçue à la manière de courtes chroniques sur le vivre-ensemble et la solitude à l'ère de l'hypermodernité. Une pièce ton sur ton avec son mode de production, promettent les deux directeurs artistiques.

Pour y aller

Quand? 23 février au 12 mars

Où? GCTC, 1233 rue Wellington Ouest

Renseignements? 613 236 5196 ou www.gctc.ca




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