2 solitudes réunies par le rire

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Ali Hassan

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Trois humoristes anglophones qui osent présenter leur matériel en français. Et vice-versa, en ce qui concerne les humoristes Julien Tremblay et Mélanie Couture, qui livreront leurs blagues en anglais, plutôt que dans leur langue maternelle. Tel est le concept du spectacle bilingue 2 solitudes, à l'affiche du Centre des arts Shenkman d'Orléans le 15 février.

Ce spectacle collectif réunira Mike Paterson et Ali Hassan autour de Derek Seguin, idéateur et animateur de ce projet présenté dans le cadre du Crackup Comedy Festival d'Ottawa.

C'est avec Ali Hassan, qui a choisi d'axer autour de la religion musulmane son récent deuxième spectacle solo, intitulé Muslim, Interrupted, qu'on a voulu s'entretenir, curieux d'en savoir davantage sur sa façon d'aborder un sujet éminemment sensible, et plus encore en cette nouvelle ère Trump et d'attentat à la mosquée de Québec.

La campagne présidentielle américaine a d'ailleurs constitué une intarissable source de gags pour l'humoriste, qui rodait son spectacle à la même période : « C'était impossible de ne pas en parler. » Les commentaires et décisions peu diplomatiques de Donald Trump vis-à-vis des musulmans ont attisé les peurs et les incertitudes des communautés musulmanes, ce qui a modifié « au moins 30 % » du contenu, stipule Ali Hassan.

Questions d'enfants

Or, ce sont précisément les interrogations et inquiétudes formulées par ses quatre enfants qui forment le point de départ et la toile de fond de son spectacle. L'effet comique vient du fait que l'humoriste n'est « pas qualifié pour répondre ». 

« [Mes enfants] se demandent comment ils peuvent être musulmans alors qu'à la maison, personne ne fait la prière cinq fois par jour, et qu'on mange parfois du porc. Ils se sentent un peu perdus, parce que je n'ai pas les réponses qu'ils cherchent. » 

« Récemment, ma fille m'a demandé : 'Est-ce qu'on est bizarres ?'. Elle était affectée par des commentaires entendus à l'école, qui étaient liés à Trump », les propos du président américain à l'égard du monde musulman provoquant un « effet d'entraînement ».

Alors, Ali Hassan tente d'expliquer et de rassurer, comme il peut, lui qui se définit comme un « musulman freelance ». Voire un « musulman culturel », terme qu'il a « emprunté à des amis juifs » qui se qualifiaient de « juifs culturels ».

Né au Nouveau-Brunswick et ayant grandi à Montréal avant d'« émigrer » à Toronto, Ali Hassan n'en fait pas grand mystère : il est musulman « non pratiquant ». Bien que Canadien de souche, ses racines pakistanaises, dont découlent sa couleur de peau, son nom et son accent, sont impossibles à cacher. Dès lors, et malgré des habitudes alimentaires qu'il n'a pas l'intention de changer, il s'est « toujours senti musulman, qu'[il] le veuille ou non ». 

Dans la foulée du 11-Septembre, il a été la cible de « quelques incidents racistes » qui l'ont « beaucoup affecté ». Au point qu'il a « songé à changer de nom ». Un ami l'en a « heureusement » dissuadé : « Il m'a fait réaliser que la seule chose pire qu'être un Ali Hassan serait d'être un ex-Ali Hassan », car ç'aurait semblé louche, et il aurait constamment eu à justifier son choix, sans probablement réussir à convaincre ni ses voisins ni, surtout, les polices frontalières.

« Coincés des deux bords »

« Ne pas être pratiquant fait-il de moi un moins bon musulman ? Je ne crois pas. La religion, c'est ta relation entre toi et ton Dieu. Et ce n'est pas aux autres, et sûrement pas ceux qui tuent au nom de leur foi, de juger » de la qualité de ce lien, estime-t-il, en rappelant que « les musulmans, ce n'est pas une communauté homogène ».

« Il y a des fous dans chaque communauté, [plus enclins à] la violence et l'extrémisme », dit-il en référence tant aux djihadistes qu'à l'existence au Québec de factions d'extrême-droite qu'on semble redécouvrir depuis l'attentat de la mosquée de Québec. « Mais quelle que soit leur confession ou leurs origines, la grande masse des gens sont tous les mêmes. »

Au quotidien, la plupart des musulmans expriment la même peur que n'importe qui vis-à-vis de la barbarie religieuse. « Les terroristes ne lancent pas d'avertissement, ils n'attendent pas que les musulmans aient le temps d'évacuer l'édifice » qu'ils s'apprêtent à dynamiter. 

« On est coincés des deux bords » de la haine, fait valoir Ali Hassan. 

C'est pourquoi l'humoriste, à travers ses sketches sur la religion, essaie en réalité d'illustrer « qu'on est tous pareils ». De mettre sur la religion musulmane un visage sympathique et rassurant. « Il y a plein d'exemples positifs, mais on n'en parle pas beaucoup » regrette-t-il, citant en exemple les maires de Calgary et de Londres, qui sont de confession musulmane.

S'il doit parfois s'autocensurer, il prend garde de ne pas jeter de l'huile sur le feu. Et, surtout, de ne pas tomber dans la propagande prosélyte.

« Je ne suis pas là pour prêcher, ni pour dire à quel point c'est une religion de paix ou glorieuse. Je parle uniquement de mon expérience personnelle. Ou celle de mon père, qui a vécu en Arabie Saoudite [où il s'est bien rendu compte que] c'était pas le fun. Et si j'essaie de lancer un message positif à la fin, c'est un message destiné à mes enfants, pas au public. »

De tout ce matériel, qui vise la sensibilisation par le rire, Ali Hassan a tiré « cinq ou six numéros » qu'il a traduits, ou plutôt « adaptés ». Sa toute première prestation en français durera une quinzaine de minutes. 

Ali Hassan s'est fait connaître à la télévision, en tant que « principal panéliste comique » au sein de l'émission George Stroumboulopoulos Tonight, et en tant que comédien dans divers films, dont Goon (où il campait Oncle Stevie) et French Immersion. Il a récemment décroché un rôle dans la nouvelle télésérie réalisée par Podz, Cardinal, mettant en vedette Karine Vanasse, et diffusé à CTV et Super Écran. À la radio de CBC, il anime l'émission Laugh Out Loud, qui rejoint un million d'auditeurs.

2 solitudes est présenté dans le cadre du Crackup Comedy Festival, dont la 13e édition se poursuit jusqu'au 18 février dans différentes salles d'Ottawa, et qui a pour mandat, outre faire rire, celui de sensibiliser le public à la nécessité d'améliorer les services de soins en santé mentale dans la capitale. À noter : le spectacle est affiché « 16 ans et plus ».

Julien Tremblay passe du français à l'English

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Julien Tremblay

Courtoisie

L'humoriste Julien Tremblay, qui a grandi à Maniwaki, offre quant à lui des spectacles dans les deux langues depuis près de 20 ans, dès sa sortie de l'École nationale de l'humour, en faisant la tournée des bases militaires, en compagnie de Mike Ward. Pour le simple plaisir « de se mettre en danger, de sortir de sa zone de confort ». Parfois, il traduit son matériel. D'autres fois, il écrit ses gags directement en anglais. Il estime avoir « un humour assez universel, qui transcende » la barrière culturelle. C'est son grand chum Derek Seguin (lauréat du prix Sirius Satellite 2015 du meilleur humoriste canadien) qui l'a entraîné dans l'aventure collective de 2 solitudes. « Je ne sais pas encore quels numéros je ferai, mais j'ai dit 'oui' tout de suite, [...] pour retrouver le public d'Orléans, que je connais connaîs bien, [...] et parce que j'avais le goût de faire de la route avec Derek et Mike » Paterson, avec qui Julien Tremblay a déjà partagé la scène. Ensemble, ils ont même déjà manipulé le concept des deux solitudes, en diffusant sur la Toile, en 2015, la chanson humoristique 2 Solid Dudes, qui s'amusait des oppositions des deux cultures, et leur réconciliation par bisou interposé.

Pour y aller

Le 15 février, 20 h

Centre des arts Shenkman

613-590-2700 ; shenkman.ca ; crackup.ca

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