8, aussi jouissif que lassant

«Et ça va être weird», affirme l'auteur, metteur en... (Courtoisie)

Agrandir

«Et ça va être weird», affirme l'auteur, metteur en scène et comédien Mani Soleymanlou au sujet de 8.

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Byline Isabelle BriseboisLe Droit AffairesPATRICK WOODBURY, LeDroit
Isabelle Brisebois

Collaboration spéciale

Le Droit

CRITIQUE / «C'est clair que c'est très flou», lance Guillaume Cyr au début de 8, plus récente création de Mani Soleymanlou présentée jusqu'au 4 février au Centre national des arts. Et c'est ainsi que le spectateur sera plongé dans un flou de 90 minutes, véritable déferlante de réflexions, d'émotions et d'humour. Un chaos inégal, à la fois jouissif et lassant.

Huit talentueux comédiens vêtus de noir font face au public. «Et ça va être weird», affirme l'auteur, metteur en scène et comédien Mani Soleymanlou. 

Un à un, ils se questionnent. Et nous questionnent. Sur le théâtre, sa pertinence et son rôle dans un monde où règne l'incompréhensible, où les États-Unis iront bientôt aux urnes pour choisir entre Trump et Clinton. Durant cette première partie, les complices sont en mode création, cherchant à définir à voix haute la forme que prendra leur prochaine oeuvre collective. De l'épuisement professionnel (hilarante Geneviève Schmidt) aux travaux de construction à Montréal (formidable Kathleen Fortin), en passant par le génocide au Rwanda, l'éternel questionnement existentiel (captivante Julie Le Breton) ou le «je-ne-comprends-pas-pantoute-où-on-s'en-va-avec-cette-pièce» (ineffable Guillaume Cyr), tout devient matière à théâtre. Et puis, veut-on refaire un party? Comme dans les précédentes Ils étaient quatre et 5 à 7?

Dans un rythme quasi anxiogène, les idées fusent. La mécanique fonctionne à merveille, les répliques s'enchaînent habilement dans ce qui semble être un désordre, mais n'en est point. Ici, Mani Soleymanlou a réussi à composer une partition éclectique entre fiction et réalité, où chaque phrase nourrit l'autre, où le spectateur est de connivence avec les acteurs-penseurs-créateurs.

Le verdict tombe: ce sera un party pour le second volet de la production. Les artistes sont toujours là, côte à côte. Pendant que la troupe se déhanche sur la musique de Philippe Brault, l'inégalable Emmanuel Schwartz se fait maître de cérémonie, décrivant par bribes la soirée électorale américaine du 8 novembre.

L'hiver, les Expos, les Canadiens, les superhéros, la religion, l'hypersexualisation et les Syriens sont autant de thèmes abordés, le banal côtoyant le signifiant. On ne fait qu'effleurer la chose, comme on le vit souvent dans une fête bien arrosée. Tous se parlent, mais personne n'écoute l'autre. Miroir d'une société qui rime avec individualisme et instantanéité ? Pendant ce temps, Emmanuel Schwartz exécute en arrière-plan de désopilants mouvements de danse, au grand plaisir de la salle. Et qui feront oublier la vacuité de plusieurs échanges, des redites lassantes dont on ne sait quoi en tirer, mis à part quelques rires...

«Que notre pensée devienne événement», crie l'un des huit.

Une fois ces mots prononcés, on ne pourra s'empêcher de faire la comparaison avec, notamment, Un et Deux, présentées au CNA en 2014. Parce que oui, dans ces pièces, la pensée de Mani Soleymanlou fait événement. L'Iranien, qui a élu domicile à Montréal, y explore des questions complexes et délicates comme l'exil, l'identité et l'altérité avec une redoutable acuité et dont la pertinence résonnera longtemps encore, ici comme à l'étranger. Une parole percutante qui fait malheureusement défaut à 8.

Pour y aller

Jusqu'au 4 février

Centre national des arts

Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer