Deux sur scène, 14 rôles à jouer

Charles Rose et Patrick Potvin empruntent les traits... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Charles Rose et Patrick Potvin empruntent les traits de pas moins de 14 personnages.

Etienne Ranger, Le Droit

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Sur scène, 14 personnages. Et seulement deux comédiens pour les interpréter.

Le défi était déjà de taille, sur le « papier ». Pour les Gatinois Patrick Potvin et Charles Rose, l'entreprise est devenue un exercice de haute voltige lorsque leur metteur en scène, Mathieu Charrette, leur a annoncé qu'ils allaient devoir défendre la pièce Des roches dans ses poches sans costumes ni accessoires. 

C'est donc tout de noir vêtus que les deux comédiens donneront vie à la galerie de personnages qui s'affairent sur le plateau d'un film américain tourné en Gaspésie. Avec, pour convaincre, une seule arme : leur jeu. Leur aptitude à multiplier les nuances dans la gestuelle, les mimiques et les postures. À soutenir des accents variés. Et parfois même, à moduler leur voix afin de la rendre plus féminine.

Leur « film » (l'expression n'est justifiée que par le fait que la pièce est saupoudrée de quelques projections vidéos) prend l'affiche du 25 janvier au 25 février, au Théâtre de l'Île. 

« On brise totalement les conventions. On est deux interprètes masculins qui jouons 14 personnages - dont deux féminins - sans aucun artifice, soulier ou peignure qui aiderait à les identifier. Notre rôle, c'est justement de les interpréter de façon claire, pour que le public sache [à tout moment] à qui il a affaire. Mais le but, c'était aussi de laisser les gens imaginer le vêtement qu'on porte, [voire] le lieu où l'on se trouve, car tout ne se passe pas juste sur le plateau de tournage », énonce Patrick Potvin. 

Cet autodidacte passionné a participé à 17 productions communautaires du Théâtre de l'Île, avant de se lancer sur scène à titre professionnel, en 2013. 

« C'est vraiment un spectacle d'acteurs. Les éléments de décor et de lumière sont surtout là pour clarifier le jeu », appuie son comparse, quant à lui diplômé de l'Université d'Ottawa - et tout récemment nommé directeur artistique de la petite compagnie de théâtre de Casselman, La Barouette. 

« C'est drôle, accessible tout en faisant réfléchir ; mais c'est quand même un spectacle qui demande beaucoup d'attention de la part du spectateur, parce que ça roule vite, les personnages changent comme ça, poursuit Charles Rose en claquant des doigts. Le seul point de repère, c'est l'acteur ! » 

Comme pour rassurer le public, M. Rose dévoilera l'une des conventions théâtrales ici mises en place : les personnages secondaires sont physiquement plus ancrés dans le décor, et peu mobiles, tandis que les protagonistes -  Paul et Robert, deux Gaspésiens engagés pour faire de la figuration - prennent tout l'espace scénique.

Un même comédien peut parfois livrer en solo un dialogue de plusieurs pages, expose le premier. Il leur faut en outre incarner crédiblement différents âges et accents - de celui du Bas-du-Fleuve à celui des techniciens américains en passant par celui de cette comédienne française, vedette pâlissante, qui se morfond entre deux prises. 

Gare aux erreurs

La possibilité de commettre une erreur en est multipliée. Ils savent que la moindre défaillance pourrait entraîner des conséquences très fâcheuses sur la compréhension de l'histoire, et obligerait leur partenaire à ramer comme un fou dans l'espoir de raccommoder le récit. 

« Il y a plusieurs lignes directrices à l'histoire, et, même pour nous, c'est parfois difficile de savoir où on est rendu. Ça demande une concentration colossale », avoue l'autodidacte, Patrick Potvin, de nature plus anxieuse que son collègue. 

Et ce, même s'il a déjà prouvé qu'il pouvait camper plusieurs rôles d'affilée - notamment dans Cinémassacre, de Boris Vian, monté en 2012 par Kira Ehlers et Mathieu Charette. « Oui, je faisais six personnages, mais ils apparaissaient puis ils disparaissaient. Cette fois, ils vont et ils viennent. On a 70 changements, alors c'est facile de se mêler, [d'avoir] le bon texte mais pas la bonne voix... »

Au mot « concentration », M. Rose hoche la tête. « En plus, l'équipe de cinéma ne tourne pas les scènes dans l'ordre [chronologique]. On est-tu rendu à filmer la scène de l'expropriation ? Celle du festin ? Du mariage ? Nous, on ne peut vraiment pas se permettre une erreur ». 

Les personnages sont « typés », mais pas loufoques ni caricaturaux, nuance Charles Rose. 

Comme il ne s'agit pas d'une comédie, mais d'une pièce tragi-comique, « on ne peut pas descendre très profondément dans le cartoon », témoigne son partenaire de jeu. 

Selon lui, l'auteure, l'Irlandaise Marie Jones, « nous fait rire pour mieux nous l'enfoncer dans le coeur un peu plus loin ». 

L'histoire débute dans la foulée de la mort d'un adolescent qui se serait suicidé après avoir été humilié par l'une des stars du film.

Le metteur en scène présente Des roches dans ses poches comme « l'histoire touchante de quelques rêveurs désillusionnés ».  

Les comédiens voient quant à eux le récit comme une « quête de soi-même », commune à tous leurs personnages qui, « s'ils ont l'air égocentrique ou malheureux, c'est parce qu'ils ne sont clairement pas là où ils devraient être dans la vie ». Les deux protagonistes, s'ils veulent réussir leur courbe narrative « de  zéros à héros », devront par exemple arrêter de « croire que l'herbe est plus verte chez le voisin ».

Adaptée au Québec par René-Daniel Dubois, sa pièce  Stones in His Pockets a été montée en 2012 par Yves Desgagnés - avec le Gatinois Emmanuel Bilodeau et Bernard Fortin.

Le personnage préféré de Charles Rose

«J'ai un faible pour mon personnage féminin, Dussault, l'assistante réalisatrice. Elle est un peu  plus clownesque. Dès le début, j'ai lâché mon fou, avec elle; je me suis gâté à explorer sa personnalité. [...] On a beaucoup précisé le jeu, pour que ce soit réaliste [malgré mes] 6  pieds 2. Ç'a été un beau travail de voix, de corps et d'attention.»

Le personnage préféré de Patrick Potvin

«Le personnage que j'aime le plus, c'est aussi un gars de l'équipe technique: Simon, l'assistant-réalisateur. Il dégageait quelque chose d'un peu antipathique, et je l'ai poussé dans ce sens. Il est très intelligent [et] charismatique, mais imbu de lui-même, arrogant et méprisant. [...] Il m'est venu très naturellement. C'est presque un fantasme de comédien: je me suis beaucoup amusé à imaginer cette personne qui me taperait sur les nerfs.»

Faire corps avec sa voix

Soutenir autant de voix et d'accents ne faisait pas du tout peur à ces deux comédiens rompus au chant, qui ont participé à de multiples comédies musicales dans la région d'Ottawa-Gatineau. «Ce qui nous aide, c'est qu'on a tous les deux fait beaucoup de travail de voix, dans notre vie. Du théâtre pour enfants, du théâtre musical, de la chanson...» rappelle Charles Rose, qui participait au tout premier Cabaret Oh la la !, tenu au même endroit l'an passé. 

«La voix, c'est une de nos forces. Pour moi, le plus gros défi, c'est le corps. Parce qu'on ne veut pas tomber dans la caricature, ni que ça ressemble à La cage aux folles quand on campe un personnage féminin», indique Patrick Potvin.

Pour y aller

Théâtre de l'Île

Du 25 janvier au 25 février

819-243-8000 ; ovation.qc.ca

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