Julien Tremblay: le rire réinventé

«J'ai trouvé la musique derrière ma voix », estime l'humoriste... (Archives, La Presse)

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«J'ai trouvé la musique derrière ma voix », estime l'humoriste Julien Tremblay, qui a passé sa jeunesse à Hawkesbury.

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« Je ne veux rien faire comme les autres », énonce Julien Tremblay,  englobant dans ces « autres » la flopée de ses confrères humoristes.

Ce Franco-Ontarien (né à Repentigny, mais grandi à Hawkesbury, où il a « durci du crâne » jusqu'à ses 17 ans) que d'aucuns connaissent à travers son personnage d'humoriste-à-guitare-qui-joue-pas-de-guitare, mais qui s'amuse à plaquer un accord pour puncher ses blagues, montera mercredi 14 décembre sur les planches de la salle Odyssée. Avec ses six six-cordes: l'une en bandoulière, les cinq autres en guise de décor. 

« Comme les gens me connaissent à travers ce personnage, je leur donne tout de suite », rassure-t-il. « Mais c'est un show qui ne ressemble pas aux autres, où il n'y a pas de clichés, qui est drôle et très 'd'aujourd'hui'. C'est vraiment une nouvelle façon de faire de l'humour et je suis très fier de ça », précise d'emblée l'humoriste, plein d'assurance.

Après une telle tirade, on s'étonne moins que son spectacle s'intitule Humble et magnifique. Un titre qu'a lancé son acolyte à la mise en scène Laurent Paquin lors d'une réunion de travail. «On en a discuté pendant trois minutes, puis on est passés à un autre dossier», dit-il en évacuant la question.

Débuts en Outaouais

Julien Tremblay est issu de la cuvée 1995 de l'École nationale de l'humour. Le succès l'a rattrapé 20 ans après l'obtention de son diplôme - en 2015, il a été récipiendaire du prix Révélation de l'année à l'issue du Festival Juste pour rire - mais il a bien roulé sa bosse entre-temps. D'abord en Outaouais, à radio Énergie et Radio-Canada, où il a animé la première saison de l'émission Le Garage. Puis à Montréal, sur les ondes de CKOI et d'NRJ et à l'antenne de MusiMax (à la barre de Julien le matin et de La terre à Tremblay ) et de la chaîne V (Caféine, suivi de Ste-Madeleine PQ.) Tout ça en continuant de « faire du stand-up dans les bars, le soir ».

Ce n'est donc pas un néophyte. On est alors tenté de le croire lorsqu'il soutient avec autorité son one-man-pseudo-concerto ne relève « pas du 'stand-up' comique traditionnel ». 

Il dit éviter de recourir à toutes les grosses ficelles du métier qui font recette. 

« En humour, il y a des procédés faciles qui sont souvent utilisés; moi je ne les prends pas. J'ai voulu trouver mes propres procédés humoristiques. »

« J'ai inventé des procédés qui n'existaient pas. Et ça porte fruit... »  poursuit-il.

Mais un journaliste, ça doute. N'écoutant que notre sourcil fronceur-frondeur, on relance donc, avides de précisions. Sans se démonter, et tout en prenant garde de ne pas tomber dans un jargon prétentieux, il entreprend gentiment de nous donner un bref cours d'humour 101, en décortiquant quelques techniques de base: la blague construite autour d'une comparaison, l'effet comique qui suit la supposition, l'art de l'exagération et de la gradation ; le rire soutiré par les formules préfabriquées. 

« Il n'y a rien de tout ça, dans mon show. Il n'y a pas de 'avez-vous remarqué que...?', pas de 'on est tous pareils', pas d'anecdotes. C'est juste des liners. D'excellents liners », conclut-il, en autosatisfecit. 

En revanche, il y a l'instrument. « La guitare donne une vibe particulière ». Le spectacle a « une musicalité que les autres n'ont pas », dit-il, croyant avoir « trouvé la musique derrière [s]a voix ».

En revanche, on n'y entend jamais la moindre chanson, malgré ce que laissent présager les accords de guitare qui rythment ses blagues. Amateurs de potins, tenez-le vous pour dit: non, ce ne sont pas les accords d'une chanson secrète que lui aurait écrit sa blonde, la chanteuse France D'Amour. 

Sa gestuelle très travaillée permet elle aussi à Julien Tremblay de se démarquer, indique-t-il. «Je parle beaucoup avec mon corps [et mes mimiques]. Sans guitare, j'ai plus l'air de Gumby», pouffe-t-il.

Premier contact

Comme il s'agit de son premier spectacle solo, l'humoriste en profite pour se présenter un peu. «Je viens dire bonjour. Le show est une première poignée de main.» Tendue par un personnage scénique qui n'est un fait nul autre que lui-même, «puissance mille». 

Mais c'est la main de quelqu'un qui ne se prend pas pour un autre. «Je suis juste un gars ordinaire, père de famille, Québécois moyen. Un everyday Joe », résume le Franco-Ontarien qui a la réputation de saupoudrer régulièrement ses jokes d'un peu d'anglais.

À chaque représentation, il s'accorde une longue parenthèse pour jaser avec le public et improviser, juste pour « le plaisir » de «prendre le temps de s'asseoir et de se connaître».

Sur scène, il s'amuse avec toutes sortes de sujet, de la télékinésie aux tunamis en passant par les différences intergénérationnelles.»

Distribuer les «wow!»

Certes, il peut lui arriver de rire des « amis célibataires qui se permettent de donner des conseils de couple », ou de décocher quelques flèches à destination de ces « professeurs qui sont vite sur la gâchette pour diagnostiquer les déficits d'attention des enfants, alors que ce sont eux qui ont un déficit de communication». Mais il préfère de loin donner de fraternelles tapes dans le dos. 

Le rire railleur ? C'est tellement rétro ! Amuser tout en félicitant, voilà un défi à sa mesure. D'où ce numéro - particulièrement bien reçu par le public, note l'humoriste - où il dresse la liste tous ceux qui « méritent un wow ! » « On a la haine facile, de nos jours, surtout avec Internet. Le spectacle est plein d'amour, très uplifting ! [réjouissant et positif] », estime l'humoriste.

Ainsi, Julien Tremblay décline, en vrac, son affection pour les personnes âgées, son admiration pour les mères qui, par abnégation, ont sacrifié leurs rêves au profit de ceux de leurs enfants. Et ce, bien qu'il compte Mike Ward (crédité à la script-édition) dans sa garde rapprochée.

Le spectacle est destiné à un très large public, précise Julien Tremblay, qui s'estime « irrévérencieux, mais pas choquant ».

Humble et magnifique ? On vérifiera en temps et lieu si toute l'assurance et l'aplomb qu'il affiche sont  à la hauteur de ses prétentions.

Pour y aller

Maison de la culture

Le 14 décembre, à 20h

819-243-2525 ; odyssee.ca

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