Les drôles de bulles de Louis Champagne

Louis Champagne... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

Agrandir

Louis Champagne

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Si le grand public connaît assez bien Louis Champagne le comédien (Minuit, le soir; 30 vies; Monsieur Lazhar, etc.), le Champagne humoriste lui est moins familier.

Lui qui s'est récemment lancé sur les planches de l'humour en solo, est pourtant loin d'être un nouveau venu dans l'arène. Ce diplômé de l'École nationale de l'humour rompu à l'art de l'improvisation, a travaillé «dans l'ombre pendant des années». On lui doit notamment la mise en scène de galas Juste pour rire et de certains spectacles de Maxim Martin et des Denis Drolet - dont Au pays des Denis, qui a mérité un Félix en 2005.

Louis Champagne a aussi eu l'occasion d'apprivoiser les planches en solitaire, en 2009, dans la pièce dramatique Mort de peine, pour le Théâtre de Quat'Sous. 

Son premier one man show, Champagne pour tous - qu'il présente au foyer de la Maison de la culture de Gatineau (en formule cabaret) mercredi 30 novembre - lui permet de se présenter au grand public.

«Je me rend compte que je fais un peu partie de la famille. [...] Un genre de cousin ou de beau-frère. Les gens me reconnaissent, même s'ils ne savent pas trop qui je suis. [...] J'ai toujours voulu garder le secret sur tout ce qui relève de 'la zone famille' et la vie amoureuse. Ça fait partie du mystère de l'acteur. Comme ça, quand tu joues un rôle, ils ne savent pas si tu es gai, si t'as des enfants, si t'es marié, ce que tu manges et dans quel coin t'as pris tes vacances. [...] Là, le public me découvre», estime Louis Champagne. Les humoristes doivent se dévoiler davantage, estime celui qui, chaque soir, a l'impression grisante de « se lancer dans le vide » .

Sur scène, il se découvre lui-même. Car, paradoxalement, en humour, contrairement au théâtre, le script est organique. «C'est le public qui décide de ce que tu vas devenir, et je trouve ça fascinant». Il apprend à peaufiner son «personnage» scénique, en fonction des  réactions des salles. 

«Le public est un peu un baromètre. C'est presque une conversation, réalise-t-il. Il faut être très préparé, et en même temps, il faut savoir réagir dès que quelqu'un dans la salle te parle.» 

«On écrit des choses qui nous semblent très drôles et on essaie de les exploiter: des fois, ça ne marche pas du tout. D'autres fois, les gens accrochent sur quelque chose et le feu prend, tu ne sais pas pourquoi.»

Depuis ses premiers rodages,  en juillet à Magog, «on a beaucoup transformé le spectacle» afin de rendre «le contenu plus personnel», dit-il. Tout en prévenant que «le personnel est souvent de la fiction», dans son cas.

Le plaisir de «retrouver le contact direct avec le public» est intense, assure-t-il. «Je redécouvre ça. J'ai l'impression d'avoir 20 ans, de revenir à l'époque où on faisait les cabarets, avec Robert Gravel et la Ligue d'impro. J'ai bien du fun. Il y a une liberté...»

« Ça faisait un petit bout, une dizaine d'années, que je faisais surtout de la télévision. Au lieu de croiser les gens au Tim Hortons ou au Canadian Tire, je les ai dans la salle pour moi tout seul. »

On imagine inexplicablement moins Louis Champagne dans une débauche de gags 'one liners' que dans un humour plus narratif. « Certains numéros sont plus théâtraux, mais pour l'essentiel il s'agit de stand-up », répond-il pour corriger cette impression. 

«Explorer mon côté coquin»

«Il est possible de faire rire régulièrement sans tomber dans le 'une ligne, un punch' du stand-up classique. »

« Mais je peux tout jouer. Je suis un acteur. Je suis payé pour faire semblant, Madame! » poursuit-il. Conciliant le plaisir du jeu à celui des blagues, il pimente son spectacle de quelques personnages, telle cette astrologue d'Outremont s'exprimant avec un fort accent russe, qui l'aurait convaincu de braver les planches en solo. 

Des personnages de son cru, précise-t-il : pas question de redonner vie à ceux de la télé - qui, de tout façon ne lui appartiennent pas.

Louis Champagne s'amuse à «explorer [s]on côté coquin». 

« Je profite de mon image de bon garçon sympathique et joufflu, ce cousin éloigné qu'on ramène à souper à la maison sans trop savoir ce qui pourrait se passer. Des fois, ça peut dérailler. [...] Je m'amuse à déraper un peu. » C'est son côté « délinquant », sourit-il.

S'il fait parfois mine de tomber dans l'humour canaille, en catégorisant par exemple les hommes en fonction de leurs préférences érogènes («les hommes à seins et les hommes à fesses»), c'est en fait «un prétexte pour parler des différences» de façon générale. Quitte à traiter par la bande «de religion», précise-t-il. « Mais je reste toujours dans le sous-entendu », modère-t-il.

Pas d'humour trash ni de provocations polémiques, promet-il.

«Bedaine flambée» au dessert

Par contre, Louis Champagne ne lésine pas sur l'autodérision. À preuve, son sketch 50 nuances de gros, où comment faire l'amour avec un gros sans se blesser, qui serait le titre du livre qu'il tient à publier. «C'est pas simple, pour nous. Le Kamasutra, c'est des positions pour les maigres ou les gens très flexibles. Nous autres aussi, on a droit au bonheur. Alors je fais des comparaisons. C'est un numéro qui marche très fort. Les gens se regardent le bourrelet en rigolant », ricane-t-il, au terme d'une entrevue ponctuée de métaphores culinaires. 

« Je suis un dévoreur de vie. J'aime bien manger et bien boire. Et puis le public me connaît comme 'le gros de', que ce soit de Minuit, le soir ou des Lavigueur. Quand on est acteur, il faut avoir l'humilité d'accepter l'image que nous renvoie le miroir. »

L'humoriste décrit d'ailleurs son spectacle « comme un bon repas », débutant par «une petite mise en bouche de blagues au-dessus de la ceinture, puis je passe au plat principal [avant de proposer] une bedaine flambée » au dessert.

Et parce qu'il a aussi «une belle voix», Louis Champagne se permet même de servir « des bulles » sous forme de « quelques chansons rigolotes », offertes entre fromage et  de dessert. « On va d'ailleurs en avoir une nouvelle, à Gatineau. » Elle porte sur les « junkies d'amour » que sont les acteurs. « Les êtres humains 'normaux' ont juste besoin de l'amour de leur blonde ou de leurs enfants. Nous, les acteurs, on en veut toujours plus. On monte sur scène pour se faire aimer... »

Pour y aller

Le 30 novembre, 20 h

Maison de la culture de Gatineau

819-243-2525; odyssee.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer