Le Shanghai ballet en apesanteur

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CRITIQUE/ Un bouquet de vie, de couleurs bucoliques et d'émotions épineuses. Après 25 ans d'absence, le Shanghai Ballet revient à Ottawa défendre avec brio Giselle, ballet romantique par excellence. Cette grosse troupe d'environ 60 danseurs chinois compte bien rattraper, du 10 au 12 novembre au CNA, son déficit de reconnaissance.

Comment ? En s'attaquant à ce que le répertoire classique compte de plus prestigieux, exigeant et sublime. Danser Giselle requiert, en particulier pour les femmes, des qualités paradoxales que le Shanghai Ballet sous la direction de Lili Xin maîtrise parfaitement. Trop de transparence peut virer à l'absence, trop d'expressivité brouille les lignes, trop de froideur finit par glacer... L'interprète de Giselle doit attaquer le plateau avec la détermination altière de celle qui écoute son coeur et ne laisse personne lui en remontrer, côté histoires d'amour. 

Pourtant, Giselle est bafouée et trompée plus d'une fois. Par le costume d'Albrecht, prince déguisé en paysan, par le fait qu'il appartienne à une classe sociale différente, qu'il soit aristocrate et déjà fiancé à quelqu'un de son rang... Cela fait beaucoup à endurer lorsqu'on n'a que sa foi et son joli minois comme monnaie d'échange.

Le rôle-titre de Giselle est d'ailleurs considéré comme l'un des plus difficiles du répertoire car il exige de la danseuse une maîtrise technique irréprochable et de grandes qualités d'expression dramatique pour passer de la joie de vivre au désespoir, puis de la folie à la passion.

Le soir de la première, jeudi, la jeune danseuse Bingxue Qi a aimanté tous les regards par son interprétation magistrale de Giselle. L'éventail des nuances psychologiques du personnage s'ouvre et se ferme devant nos yeux grâce à un travail d'expression subtil. Un port de bras saisissant de beauté, un sens aigu de la ligne pure, la première danseuse du Shanghai Ballet est promise à une belle carrière à tout juste 20 ans. 

Sous les frondaisons de la scénographie, elle s'impose avec grâce, élégante et vaporeuse, comme découpée dans l'étoffe des nuages. Les danseuses du corps de ballet multiplient cet effet d'apesanteur dans la légèreté des sauts et le glissé éthéré des pieds. Il y a dans Giselle des mouvements d'ensemble qui font palpiter. Un exemple : le corps de ballet s'ouvrant et se refermant comme la corolle d'une fleur, dans le deuxième acte.         

Face à cette puissance toute féminine, les hommes offrent de longues silhouettes fines pour des musculatures vives, ce que présentent rarement les danseurs nord-américains plus charpentés. Certaines scènes immobiles ressemblent à des épreuves. Le comte Albrecht (Wu Huchent) papillonne dans les airs par des battements de jambes d'une virtuosité époustouflante. L'excellence des premiers danseurs dissimule toutefois quelques faiblesses techniques dans le corps de ballet masculin. Des genoux chancelants et un manque de synchronisation paralysait les dernières lignes, le soir de la première. N'empêche, il ne faudrait pas se priver de ce joyau du romantisme chorégraphique d'une grâce sidérante.  

POUR Y ALLER

OÙ ? Centre national des arts

QUAND ? Jusqu'au 12 novembre

RENSEIGNEMENTS : Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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