Petites misères d'acclimatation

Choc culturel lié à un déménagement, installation difficile dans une nouvelle... (Courtoisie, Renaud Philippe)

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Courtoisie, Renaud Philippe

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Choc culturel lié à un déménagement, installation difficile dans une nouvelle province, repli sur soi. Et reconstruction, chez-soi, d'un «petit royaume» en marge du voisinage. Tels sont les thèmes abordés dans Straight Jacket Winter, pièce de théâtre présentée - en français, malgré son titre - du 16 au 19 novembre au Centre national des arts (CNA).

La pièce arrive à Ottawa précédée de critiques élogieuses, et d'un atout littéraire, puisqu'elle s'inspire - « librement », précisent ses auteurs - du roman L'Hiver de force, pour lequel Réjean Ducharme avait remporté le Prix du Gouverneur général en 1973.

Les Ottaviens ont pu avoir un aperçu de Straight Jacket Winter, lorsque ses créateurs, Gilles Poulin-Denis et Esther Duquette, en ont présenté une version « en chantier » lors de la dernière biennale Zones Théâtrales. Le CNA a d'ailleurs coproduit - avec le Théâtre la Seizième, à Vancouver - cette pièce signée par 2PAR4, la compagnie des deux artistes... qui forment un couple dans la vie.

La Montréalaise et le Fransaskois se sont partagé tant l'écriture que la mise en scène de cette pièce qui, au-delà de sa référence littéraire, a recours aux ressorts de l'autofiction. 

Straight Jacket Winter a été concocté dans la foulée d'une migration professionnelle douloureuse qui a transporté le tandem de Montréal à Vancouver. La ville sera donc évoquée sous son jour le moins hospitalier, c'est-à-dire hivernal et pluvieux. Ces conditions météo pourries servent de prémisse venant valider ou faciliter l'idée que le couple, tout comme ses voisins et relations, se retrouve enfermé entre quatre murs, à mener une vie un peu autarcique.

Leur texte emprunte parfois des éléments au roman de Ducharme. « On a vu un parallèle entre la manière dont on se sentait, dans notre isolement à Vancouver, et André et Nicole [les personnages montréalais du roman de Ducharme], qui n'arrivent pas à s'intégrer à leur environnement », expose Gilles Poulin-Denis (dont la pièce Rearview a elle aussi été en lice pour un prix du Gouverneur Général, en 2010) pour justifier le clin d'oeil. 

Le récit s'ancre dans « quelque chose qui est propre à Vancouver », sans perdre de vue « l'universalité » du sujet. « Ce n'est pas du tout une reconstitution de ce qu'on a vécu », précise sa partenaire de jeu. 

Un couple... à quatre

Si les deux protagonistes de ce huis-clos se prénomment Gilles et Esther, ils sont cependant incarnés par les comédiens Frédéric Lemay et Julie Trépanier. 

Le «véritable» couple partage quant à lui la scène avec eux, tout en restant un peu «en retrait», car les concepteurs ont immédiatement établi l'importance de «garder une distance » avec les personnages et les situations évoqués, précise Esther Duquette. 

«C'est un jeu de ping-pong entre eux [les comédiens] et nous. On raconte notre histoire ; eux, la jouent, clarifie-t-elle. Nous, on peut s'adresser directement au public, sans le quatrième mur. Mais [...] c'est parfois plus efficace d'illustrer les choses que de les dire.» 

Les deux metteurs en scène peuvent aussi «agir sur la représentation». «C'est comme si le couple réel 'agissait' sur le couple fictif», image son compagnon.

Le duo ne voulait pas se contenter de «faire ressentir l'ennui et le sentiment de déconnexion» . 

Choc culturel

« Il y a beaucoup d'humour. C'est doux et poétique. Très intime, aussi...On tombe même parfois dans un théâtre très physique, où il n'y a presque plus de mots. Il y a beaucoup de silences et de moments où c'est la 'physicalité' des personnages qui raconte l'histoire », argue Esther Duquette - qui contourne en même temps  le mot 'comédie'. 

Le couple de metteurs en scène in situ a recours à des projections vidéo ou à de la musique, comme s'ils mettaient un disque dans leur salon. Ils se servent aussi d'objets dont ils n'hésitent pas à détourner la vocation première, en leur trouvant une utilité plus poétique.

« Vancouver est très belle, l'air est pur [...] mais il y a aussi une certaine froideur dans les relations. Les codes sociaux sont assez différents de ceux du Québec », a constaté Gilles Poulin-Denis. « L'hiver, les gens ne sortent presque plus de chez eux, à cause de la pluie » persistante. Dans la foulée, le dramaturge convient que migrer à deux, plutôt que seul, peut rapidement devenir un « frein » à l'intégration, car « le réflexe de repli sur soi est encore plus fort, en couple ».

Straight Jacket Winter « parle beaucoup de la langue et la capacité à communiquer; on explore le fait de débarquer quelque part sans bien comprendre ce qui se dit », reprend Esther Duquette, qui est aujourd'hui directrice générale et artistique du Théâtre la Seizième, à Vancouver. 

La pièce ne cherchait pas à « aborder de front les deux solitudes, même si on l'aborde forcément sans le vouloir », concède son conjoint. «Quand on a joué le spectacle à Québec, cet aspect-là a résonné plus fort, c'est sûr, mais tout dépend du contexte [géographique]. À Saskatoon ou Sudbury, le propos sur la langue résonnait très différemment. » Ce que les francophones en situation linguistique minoritaire perçoivent davantage, c'est la différence culturelle, explique-t-il. 

Et à Vancouver, où Straight Jacket Winter a été jouée une dizaine de fois, le public a « apprécié » et « s'est reconnu », estime-t-il.

Pour y aller

Où: Centre national des arts

Quand: Du 16 au 19 novembre, 20h (avec surtitres anglais le 18)

Renseignements: 1 888 991-2787 ; nac-cna.ca ; ticketmaster.ca

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