Mélomanes comblés, malgré quelques bémols

De gauche à droite : Eden Tremayne (Flora),... (Martin Roy, LeDroit)

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De gauche à droite : Eden Tremayne (Flora), Marcel D'Entremont (Alfredo) et Christopher Dunham (dans le rôle du fêtard burlesque, et qui enfilera par la suite le costume du père d'Alfredo, Giorgio). Derrière, Adrian Rodriguez (Gastone) et Cristina Pisani (Violetta).

Martin Roy, LeDroit

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CRITIQUE / L'incursion de l'Orchestre symphonique de Gatineau (OSG) dans le monde de l'opéra a été couronnée d'un beau succès, samedi soir. La salle Odyssée était comble pour l'unique représentation condensée de La Traviata de Verdi, présentée en italien et en partenariat avec Les Jeunesses musicales du Canada. Et les mélomanes en sont ressortis visiblement comblés.

La prestation de la soprano Cristina Pisani, qui prêtait corps et voix à l'héroïne tragique de Verdi, a été particulièrement ovationnée, au terme d'une soirée qui aura malgré tout souffert de quelques bémols intrinsèques à la formule «clé en main» des Jeunesses musicales du Canada.

Cette dernière a certes l'indéniable avantage de permettre à l'opéra de voyager plus léger et à moindre coût, en misant sur une scénographie minimaliste, quelques changements de costumes, ainsi que sur le plus important: cinq solistes, de fort bonne tenue, se partageant les rôles de Violetta (Pisani), son amant Alfredo (le ténor Marcel d'Entremont), leurs amis Flora (la soprano Eden Tremayne) et Gastone (le ténor Adrian Rodriguez), ainsi que le père d'Alfredo, Giorgio Germont (le baryton Christopher Dunham).

Histoire de permettre un déploiement maximal des effectifs et des quelques éléments de décors sur la scène, le directeur artistique et maestro de l'OSG, Yves Léveillé, avait choisi de décaler ses musiciens côté jardin, les installant légèrement de biais de manière à pouvoir plus facilement voir, entendre et diriger tous les interprètes - il a donc pu ajuster l'intensité du jeu de l'orchestre, qui a parfois enterré les notes les plus basses des solistes masculins, dans le premier acte.

M. Léveillé a aussi pu compter sur les levers et tombers de rideau - rarement utilisé à la salle Odyssée - pour ajouter tout le décorum souhaité à la soirée lyrique, en plus d'un écran où défilaient les surtitres en français et en anglais, donnant l'occasion au public de suivre l'essentiel des répliques des protagonistes et de la trame (écourtée pour les besoins de la cause) de La Traviata. L'opéra de Verdi relate la triste histoire d'une jeune courtisane de Paris malade et plutôt frivole qui tombe follement amoureuse d'Alfredo, pour qui elle acceptera néanmoins de tout sacrifier. Car Violetta est contrainte par le père de son amant de quitter ce dernier pour le bien du clan Germont. Lorsqu'elle finira par renouer avec Alfredo, il sera malheureusement trop tard pour elle.

Une formule qui a ses limites

Cela dit, la fameuse formule «clé en main» a les défauts de ses qualités.

Elle confine l'action dans un espace délimité, côté cour, entre autres par un miroir sur pied (aux reflets parfois intéressants) et des paravents servant à «changer» de décors. L'un de ces changements a d'ailleurs créé un certain malaise dans la salle, lorsqu'une femme s'est pointée avec un balai (s'agissait-il d'une membre de la production déguisée en concierge?) pour lentement nettoyer après une scène de partie de cartes; dérangés dans leur écoute de l'intermède musical, certains spectateurs ont éclaté de rire, tandis que d'autres, vraisemblablement tout aussi déconcertés, ont timidement applaudi la dame, une fois son ménage terminé...

Toujours est-il que le fait de circonscrire ainsi les déplacements des solistes et les possibilités de mise en scène, font que le deuxième acte, bien que plus court que la version originale, s'est étiré en longueur, souffrant du contraste avec l'aspect un peu plus flamboyant et rythmé de la fête du premier. Le baryton Christopher Dunham est alors passé d'un extrême à l'autre: apparaissant d'abord le torse nu (et les épaules tatouées) sous des bretelles chamoirées et les mains gantées de rouge dans le rôle d'un fêtard à la présence aussi burlesque que charismatique, il a par la suite enfilé le costume grisâtre de son personnage de Giorgio Germont. Or, ce complet est si terne que, même s'il témoigne du caractère de ce père engoncé dans les conventions sociales, il affadit la présence du baryton. Les échanges entre Violetta et lui en sont dès lors apparus convenus, comme si les protagonistes avaient perdu leur éclat et, du même souffle, ce petit supplément d'âme nécessaire pour qu'on s'émeuve de leurs désillusions...

Il n'en demeure pas moins que, bercées par une partition livrée avec élégance par l'OSG, les voix de Pisani et d'Entremont ont malgré tout résonné avec aplomb entre les murs, puisque dans la séquence d'alternance dans les rôles de Violetta/Flora et Alfredo/Gastone, c'était au tour d'Eden Tremayne et Adrian Rodriguez d'être relégués aux rôles secondaires lors de la représentation de samedi soir.

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