Les naufragés du Trillium

Le gars qui voulait se faire phénix étonne par... (Courtoisie)

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Le gars qui voulait se faire phénix étonne par son décalage de tons.

Courtoisie

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CRITIQUE / Une drôle d'idée, une drôle de pièce, pas drôle du tout, d'ailleurs. La découverte d'un auteur de la relève continue dans ce théâtre du Trillium où le tout nouveau directeur Pierre Antoine Lafon Simard poursuit la politique maison de création contemporaine, contre vents et marées, ce qui implique, parfois, de courir des risques et de s'exposer à certaines déconvenues.

Antoine Côté Legault, donc, n'avait encore jamais eu de pièce produite par le Trillium. À titre d'auteur associé, il signe et incarne Le gars qui voulait se faire phénix, à la Nouvelle Scène jusqu'au 5 novembre.

Une jeune homme tourne en rond chez lui, rongé par le mal-être, la solitude, l'ennui. Il vient de perdre son emploi mais aussi son amour et multiplie les métaphores de plomb : « le train a déraillé », « que je sois avalé tête en premier », « donnez-moi de quoi que je me coupe ». Ambiance... Surgit alors un coq de mardi gras (Marie-Thé Morin), conteur de son désespoir censé aussi lui remplumer le moral. L'étrange bestiole incarnera tour à tour des miettes de pain, l'ex-copine devenue présentatrice météo à la télévision, une jeune et jolie activiste faisant du porte-à-porte, un chauffeur de taxi et plus encore si affinités.

Leurs face-à-face surréalistes aboutissent au portrait d'un personnage absent, testeur de réveils mais en perpétuel décalage horaire, déphasé avec son époque.

Ange rédempteur, le poulet finira par l'enlever à sa léthargie pour en révéler l'humanité en même temps qu'il lui donnera de nouvelles ailes.

D'emblée, Le gars qui voulait se faire phénix étonne par son décalage de tons : le malaise existentiel que traîne le texte détonne avec la mise en scène (signée Dillon Orr) aux contours de bande dessinée, caricaturale et carnavalesque. Antoine Côté Legault incarne un pantin désarticulé face à Marie-Thé Morin que l'on dirait tout droit sortie d'une animation de fête foraine. 

Les effets de rire manqués créent un malaise d'autant plus perceptible que la salle de représentation est très « intime ».

La scénographie de Marie-Pierre Proulx pensée en verticalité avait pourtant tout pour accueillir les hauts et les bas existentiels de son protagoniste en montagnes russes. Malheureusement, l'écriture fait du surplace à tel point qu'il faudra attendre 20 bonnes minutes avec que « Le gars » ne se réveille enfin (au propre comme au figuré !).

L'écriture de Antoine Côté Legault est à l'avenant, ne reculant pas devant un pathétique bon marché (« on est tous le sud-Soudan de quelqu'un ») mais réservant parfois de belles envolées, notamment lors de deux monologues sur l'immobilisme.

Reste la question de l'épineuse transposition de la poésie sur scène. À quoi sert-elle vraiment quand la mise en scène la condamne au ras des pâquerettes ?

Drôle d'idée, drôle de pièce, mais soirée décevante : malgré la promesse d'un phénix renaissant de son désespoir, la soirée reste lourde, mécanique plutôt que poétique, et nous laisse, finalement, à l'extérieur. Bâillements garantis.

Pour y aller

Quand : Jusqu'au 5 novembre, 19 h 30

Où : La Nouvelle Scène

Renseignements : 613-241 2727 ; nouvellescene.com

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