Une Cendrillon très époussetée

Cendrillon ne chaussera pas de Doc Marteens, en lieu et place de ses... (Courtoisie, Carol Rosegg)

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Courtoisie, Carol Rosegg

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Cendrillon ne chaussera pas de Doc Marteens, en lieu et place de ses traditionnelles pantoufles de vair, mais presque. Nettement plus contemporaine, la nouvelle mouture de la comédie musicale Cinderella de «Rodgers + Hammerstein» (R+H) s'éloigne passablement du conte classique. Au point de balancer quelques coups de pied dans les citrouilles et faire valser nos idées préconçues sur ce qu'incarnent les deux personnages principaux, mus par des aspirations romantiques d'une naïveté un peu surannée.

Présentée au Centre national des arts du 25 au 30 octobre, la version 2016 du Cinderella de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II dépoussière, rallonge et politise même un tantinet cette comédie musicale d'abord produite en 1957 pour la télévision, avec Julie Andrews dans le rôle principal. 

Une version revue et nettoyée du Cendrillon de R+H avait déjà vu le jour en 1965; c'est toutefois l'adaptation de 1997 qui a véritablement commencé à «dé-cendrer» le mythe de la souillon, en faisant notamment appel à une distribution très multi-ethnique dans laquelle rayonnait Whitney Houston en gentille fée marraine. 

Les deux co-responsables de la présente adaptation sont le dramaturge Mark Brokaw, à la direction artistique, et Douglas Carter Beane, quant à lui auteur du « nouveau » livret du Cinderella

Romance et démocratie

Ce dernier ne colle que très partiellement à celui de R+H. Et, pour marquer encore davantage la rupture avec ses illustres prédécesseurs - Perrault, Basile ou Disney - il a même joué avec le nom de la protagoniste, qui s'appelle désormais Ella. Voilà un nom qui évoque plus une fille dans le vent, susceptible de faire la couverture d'un mensuel mode ou de tenir son blogue personnel. 

Parmi les changements majeurs apportés, un nouveau personnage fait son apparition. Il s'agit de Jean-Michel, lequel se charge de porter un message démocratique plus contemporain aux oreille du futur souverain. L'idée paraît moins saugrenue quand on remet dans son contexte un récit qui a tout de même pour toile de fond d'extrêmes inégalités sociales.

Née sur les planches en 2013, cette mouture comporte quatre chansons supplémentaires - tirées du catalogue de Rodgers et Hammerstein. La production a été mise en nomination pour neuf prix Tony, les Oscars de Broadway, dont celui du meilleur livret. Elle n'aura finalement remporté que le trophée des plus beaux costumes, avant de prendre la route en Amérique du Nord, avec une toute nouvelle distribution. Au sommet de laquelle trônent à présent Tayana Lubov et Hayden Stanes dans les rôles titres de Ella et du Prince Topher.

Tatyana Lubov... (Carol Rosegg, Courtoisie) - image 2.0

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Tatyana Lubov

Carol Rosegg, Courtoisie

«Ça reste une comédie», rassure Tayana Lubov. Une comédie «beaucoup plus spirituelle», dont l'humour est «nettement plus tangible pour le public de 2016». Mais romantique? «Pas vraiment... admet-elle. Du moins pas au début. Cendrillon est une femme forte, moderne, pas une gentille petite fille qui se contente d'attendre que l'on vienne la secourir. Sa facette romantique, elle ne va la développer que plus tard. Et il faudra qu'on l'aide un peu», laisse entendre la chanteuse et danseuse de 23 ans. 

«La quête d'Ella est bien différente de ce à quoi on peut s'attendre», résume son interprète, en prenant garde de ne pas préciser de quoi il retourne. 

Idem pour son comparse princier, pour qui trouver dame et chaussure à son pied est devenu un peu secondaire, poursuit Tayana Lubov. «Topher est un orphelin qui a passé son enfance dans un endroit reclus, pendant que son tuteur et seigneur protecteur, a pris en main les affaires du royaume.» Quand on fait sa connaissance, il «sort tout juste de l'université et se cherche». C'est un jeune homme en quête de sens à donner à sa vie, qui «se demande comment être un bon dirigeant».

«Tout ceci est très nouveau», insiste-t-elle.

Originaire d'une petite bourgade du Wisconsin, Tayana Lubov a décroché ici son tout premier grand rôle dans une production de grande ampleur. Elle se dit très honorée de suivre les pas de Julie Andrews, et de toutes «ces grandes voix» qui ont enfilé avant elle la fameuse pantoufle de vair de Cendrillon - ou celle d'Ella, en ce qui concerne Laura Osnes et Carly Rae Jepsen. 

Faire opérer la magie

«Mon côté fille du Midwest convient sans doute assez bien au personnage, sourit-elle. Ma mère dirait d'ailleurs que c'est exactement ce que je suis en train de faire, vivre le rêve de Cendrillon.»

Reste qu'Ella demeure «un rôle assez compliqué, techniquement parlant. J'ai beaucoup de déplacements, de manipulation d'accessoires et de changements de costumes - qui se déroulent sur scène, parce que ça fait partie de la magie de Cendrillon. Mais pour que ça puisse avoir l'air magique, il faut vraiment aller très vite», relate-t-elle. 

Ce sont toutefois ces scènes magiques qui, malgré leur difficulté, comblent le plus de joie l'interprète d'Ella. Parce qu'elles suscitent dans l'assistance, soir après soir, les oh ! et les ah! des «très nombreuses petites princesses - et aussi des moins petites, parfois - qui viennent costumées et couronnées». Elle avoue aussi ressentir un frisson à chaque fois qu'elle glisse son pied dans la pantoufle que lui tend son prince.

Toute l'équipe de la production s'entend superbement, assure-t-elle. «Et c'est très important parce que c'est exactement ça - la gentillesse, la bienveillance, la solidarité- que l'on prône dans la pièce, à chaque représentation.»

Pour y aller

Centre national des arts

Du 25 au 30 octobre

1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca

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