Chanter, à la vie, à la mort

Gord Downie a présenté son spectacle Secret Path,... (Adrian Wyld, La Presse canadienne)

Agrandir

Gord Downie a présenté son spectacle Secret Path, mardi soir, au Centre national des arts à Ottawa.

Adrian Wyld, La Presse canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il est arrivé sur scène après un long silence, a commencé à chanter de ses dernières forces et a saisi le public à la gorge. Moins d'une heure plus tard, tout était dit. Mais que de choses à faire: il fallait, en partant, serrer les mâchoires et déglutir sans cesse, retenir l'émotion que procure son départ. Lorsque sa silhouette hésitante a quitté la scène de la Salle Southam, la pluie avait fini de tomber.

Mardi soir, Gord Downie nous a démontré sa raison d'être sur scène. Parmi les nombreuses images du concert de Secret Path illustré par la bande dessinée de Jeff Lemire, on en retiendra une particulièrement, celle d'un homme investi d'une ultime mission. Un artiste marqué par la maladie, planqué sous son chapeau noir, voûté sous l'effort, arpentant la scène comme un animal en cage, mais déterminé à vivre et à donner un sens au crépuscule de sa vie.

En mai 2016, le groupe Tragically Hip révélait le cancer en phase terminale de son chanteur. Une tournée d'adieu d'une quinzaine de concerts, cet été, devait sonner le glas de l'aventure artistique, sur scène. C'était sans compter Secret Path, cet ultime projet de disque/bande dessinée - disponible depuis mardi - initié par son frère et audacieusement politisé. Comme si un combat pouvait en porter un autre, Gord Downie a décidé de dédier ses dernières forces à la réconciliation des peuples. 

Comment ? En ré-interprétant, en chansons, la terrible histoire de Chanie Wenjack, ce garçon de douze ans disparu dans les années 1960 alors qu'il tentait de s'échapper de son pensionnat autochtone pour rejoindre sa famille, à 600 kilomètres de distance, et dont il avait été séparé de force.

Dans cette même salle Southam qui avait accueilli, en janvier, le ballet coup de poing Going Home Star - Truth and Reconciliation, du Royal Winnipeg Ballet. Les sévices subis n'avaient pas été éclipsés de cette chorégraphie dénonçant le génocide culturel des pensionnats autochtones. 

Dans Secret Path, l'explicite le plus abject est surtout relégué au graphisme - traits secs et couleurs froides - projeté sur un écran surplombant les musiciens, tandis que les paroles écrites par Gord Downie jouent sur le double sens. Histoire d'un garçon en cavale loin de sa famille, histoire, aussi d'un chanteur écorché vif mais accroché à la vie. 

Sa présence magnétique est de celles qui imposent le silence religieux. Alors, quand les premières salves de musique se font entendre, le public saisit d'emblée l'ampleur de l'événement, coupe les décibels inutiles pour se mettre à écouter la voix profonde et puissante de Gord Downie, à l'apogée de son art. En équilibre fragile entre un registre souvent atmosphérique et un rock organique, il nous a profondément émus, joie et tristesse mêlées. 

Impossible de ne pas applaudir entre les dix chansons jouées, malgré l'avertissement initial de garder silence. Une grande ferveur, donc, aura parcouru ce court voyage fait de partage, d'amour et de transcendance.   

Un second concert est organisé à Toronto le 21 octobre. The Secret Path sera retransmis sur les ondes de CBC le 23 octobre à 21 h.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer