Plume, en mots et en eau

Plume a sorti de son sac à malices... (Martin Roy, LeDroit)

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Plume a sorti de son sac à malices des versions acoustiques de chansons presqu'oubliées.

Martin Roy, LeDroit

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CRITIQUE / «Gatineau, ah! Gatineau... où j'ai rêvé m'ouvrir... quoi déjà ?... un magasin d'aliments bios, 'auterfois'», a plaisanté Plume Latraverse, accueilli comme un prince par le public de la Maison de la culture de Gatineau, vendredi soir. La blague lui permettait d'amorcer Auterfois.

C'est un Plume badin qui est monté sur les planches. Un artiste un peu statique - à 70 ans, on l'excusera... - mais ravi d'être content, comme un gamin facétieux qui vient de faire un mauvais coup. Ce qui était un peu le cas. 

Car s'il était en Outaouais dans la cadre de sa tournée Récidives - qui lui permet de boucler sa boucle de chansonnier en revisitant son répertoire plus poétique, dont il a extrait quelques perles n'ayant, estime-t-il, pas eu l'attention qu'elles méritaient - Plume a aussi profité de cette escale acoustique pour sortir de son sac à malices un tout nouveau disque, intitulé Rechut! (Odes à ma tanière). Dont il interprète déjà quelques morceaux sur scène. 

De ce 22e disque studio, lui aussi baigné de poésie (la sienne, mais pas que : Plume y a mis en musique L'albatros de Baudelaire, et deux courts poèmes de Paul Verlaine, lui ont inspiré le « tricotage» Vers de laine), Plume et ses comparses scéniques ont puisé trois chansons, juste avant l'entracte.

Oui, ses comparses. Car le grand flanc mou n'est pas seul: il se repose sur ce «tabouret à trois pattes», composé du guitariste Jean-Claude Marsan - un irréductible complice, harmoniciste à l'occasion) - et de Grégoire Morency à la contrebasse, qu'il a baptisé le Trio Laid.

Durant Le monde fatal, la première de ses nouvelles compositions, il nous a conviés a imaginer divers effets spéciaux susceptibles de la moderniser.

On a ensuite eu droit à Vieux Os, qu'il considère déjà comme son hit. Il a préalablement prévenu les têtes grisonnantes qu'elles allaient profondément la ressentir et averti la jeunesse - qui était présente aussi, quoique plus parcimonieusement représentée) qu'elle ne perdait rien pour attendre. La troisième, Le Noctambule égaré, sympathique chanson écrite au «je » plumitif, a des allures d'autoportrait lumineux. 

Inédites

Michel Latraverse estime n'avoir jamais interprété sur scène les deux-tiers de son catalogue. On peut imaginer sa frustration, après quelque 300 morceaux. Alors oubliez les Calvaire, les Bopébine, Les Pauvres et autre Rideau cognac-gnaquesque. Oubliez l'hirsute capitaine Harrock'n'roll et le blues orageux de l'Oncle Plu-plu. Plume n'a clairement plus envie de resucer une énième fois ses classiques, même dans quelque nouvelle enveloppe musicale servie en guise de potion de réjuvénation.

Il préfère se concentrer sur ses «chansons à texte», qui selon lui n'ont pas été affectés par la patine du temps. Ce qui ne signifie pas forcément «sérieux» pour autant. La première demi-heure a été particulièrement débonnaire, alors que le trio égrenait, sourire en coin, Le ramoneur, La chanson de Jean-Claude, l'excellent Tango des concaves, avant d'ouvrir la cage d'une drôle de ménagerie circassienne, L'ours, le singe et le lion, chaudement applaudie. Ceux qui la connaissaient jubilaient; Plume les a calmés en  les traitant d'érudits.

Parmi ces ritournelles méconnues, «foutues sur un vinyle, pis oubliées là», avoue Plume, s'illustre Les patineuses, tendre souvenir d'une chute amoureuse sur la patinoire. Qui fonctionne délicieusement, dans les tremblements de la contrebasse et les palpitation des guitares,

Parce que Plume a fait des Chansons pour toutes sortes de monde, le répertoire oscille entre le couplet politisé (1837), l'exercice surréaliste (La Tarentelle della tarentule et son cortège de rimes en 'ule'), le blues minimaliste mais pas moins douloureux (La piaule de Louis, dans une magnifique interprétation), la complainte urbaine (Giselle [avec deux ailes], visiblement attendue), la bouffonnerie agricole (J'ai vendu ma chèvre) et, hmmm!, la «chanson éducative» (Le fermier Jean).

D'ailleurs, le septuagénaire se targue d'être devenu «un exemple pour la jeunesse», a-t-il fait remarquer en brandissant la bouteille d'eau qui a remplacé les antiques bouteille de bière pendant le spectacle. Jusqu'au rappel, du moins.

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