Un talent inimitable

Véronic DiCaire aime les tics vocaux, au point de les collectionner. Celle qui... (Denis Guignebourg / Bestimage)

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Denis Guignebourg / Bestimage

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Véronic DiCaire aime les tics vocaux, au point de les collectionner. Celle qui triomphe désormais en Europe comme à Las Vegas en a désormais 113,  rangés, classés, lovés au creux de sa glotte: les tics des 113 chanteuses qu'elle imite à la perfection, de Diane Diufresne  à Mylène Farmer en passant par Lady Gaga.

Elle, en revanche, n'a jamais «eu cet honneur» d'être imitée par ses confrères ou consoeurs.

«C'est Rémon [Boulerice, son gérant et mari] qui s'amuse à faire la compilation, pas moi! Selon ses statistiques, je suis rendue à 113», rigole la Franco-Ontarienne originaire d'Embrun. Cet exploit, paradoxalement, semble peu significatif aux yeux de l'imitatrice: «Ce qui est plus important, pour moi, c'est le nombre de familles de voix que je peux faire. »

Whitney Houston et Christina Aguilera par exemple, sont à ses yeux de la même famille, tandis que Vanessa Paradis et Britney Spears appartiennent à une autre et que Céline Dion et Mireille Mathieu «jeune», elles aussi soeurs, logent sous un autre toit.

Et chaque nouvelle voix assimilée sert d'ingrédient, ou d'épice, pour colorer les suivantes. «C'est comme une recette de gâteau. Je prends un peu de cette voix-là, un soupçon de cette autre voix. Et on concocte tout ça! [...] Pour faire Sia, je vais chercher un fond d'Adèle, et j'ajoute des éléments d'autres voix», explique la pâtissière vocale.

Deux soirs d'affilée

L'imitatrice sera de passage au Festival de montgolfières de Gatineau deux soirs de suite. En solo, jeudi 1er septembre, elle offrira à 20h30 «La voix des autres», sorte de best-of de ses trois précédents spectacles. « Un festival, ce n'est pas le moment de commencer à faire de longs monologues, alors je me suis concentrée sur l'aspect musical. J'ai réuni le meilleur de ce que j'avais de plus musical à Las Vegas, en Europe et [au Québec]. J'ai quatre musiciens et deux choristes qui m'accompagnent, une configuration que je n'avais jamais présentée ici. » Elle sera aussi accompagnée de quatre danseuses, «pour reproduire les tableaux de Madonna, Britney Spears ou Beyoncé. Je suis très contente de les avoir avec moi, c'est très cool et ça ajoute beaucoup. »

l'Open Véronic DiCaire

La formule donne quelque chose «de très intéressant». Et, surtout, de passablement «différent » de la série de spectacles-bénéfices qu'elle a donnés en juillet dernier, à Terrebonne, dans le cadre de la cinquième édition de l'Open Véronic DiCaire. «Pour l'Open, je voulais quelque chose de plus intime. » Sa prestation était articulée en segments (séquence 'cinéma', segment 'piano acoustique'. etc.), sous un chapiteau tout de même prévu pour un peu plus de mille personnes. Ses trois shows, conjugués au tournoi de golf - lui ont permis d'amasser 150 000 $, au profit de la fondation qui porte son nom et celui de la fondation Evenko.

«On s'est donné un peu de challenge pour que les deux [types de] spectacles qu'on donnait cet été ne se ressemblent pas», souligne-t-elle. 

Elle retournera au parc de la Baie le lendemain. Cette fois, aux côtés de Valérie Carpentier, Élizabeth Blouin-Brathwaite, Annie Villeneuve, Brigitte Boisjoli, Gregory Charles, Dan Bigras, Martin Deschamps et Mario Pelchat, afin de participer à un hommage collectif rendu (à 21h15) à Prince et David Bowie. 

C'est en mode chanteuse qu'elle interviendra, ce soir-là: avec «la voix de Véronic DiCaire», et non pour imiter les deux grands disparus - puisque les voix que Véronic DiCaire s'approprie sont toujours exclusivement féminines. 

«Je n'étais pas une énorme fan de ces deux artistes, mais je suis une collectionneuse de musique, et j'ai plusieurs de leurs best-of en disques. » Elle se sent « plus proche de Bowie ». « Just Dance fait partie de la collection de chansons que je mets dans mes écouteurs quand je vais courir ou quand j'ai envie de faire la folle », rit-elle. 

Reste que ce sont «deux grands artistes qui ont marqué [leur époque] et c'est ben le fun pour moi de me transporter dans leur répertoire. D'autant plus que je suis une fille. Ça va d'ailleurs être intéressant d'entendre toutes ces filles réinterpréter les chansons de ces deux boys. Ça va être un exercice amusant.»

Pas question non plus de singer ses complices scéniques, promet-elle. Avant d'ajouter aussitôt, en étranglant un petit rire: 

L'idée de faire paraître un disque de chansons originales lui «trotte dans la tête», confiait-elle au journal LeParisien en avril dernier, au beau milieu d'une tournée triomphale en France. Mais elle n'en ressent pas l'urgence et est toujours à la recherche d'un concept originale. Peut-être des duos, laisse-t-elle entendre. 

Le DiCaire Show

La formule «duos», elle vient de  l'appliquer à la télévision. Diffusé au début de l'été, à une heure de grande écoute sur la chaîne publique France2, Le DiCaire Show, spectacle de variétés, a réuni quelques grands noms de la chanson hexagonale autour de l'imitatrice. 

Patrick Bruel, Lara Fabian, Anthony Kavanagh et Pascal Obispo, entre autre, ont participé à cette émission spéciale, dont la mise en scène avait été confiée à la Québécoise Josée Fortier.

Devant le succès remporté, «il est fort possible qu'on répète l'exercice», indique-t-elle. Le Dicaire Show pourrrait être reconduit cet automne, avec de nouveaux complices.  «Avoir un spectacle à son nom en France, c'est un peu l'étampe finale pour les papiers d'adoption», lance-t-elle à la blague, avant de préciser qu'elle ne souhaite pas émigrer pour l'instant.

Une grenouille dans la voix

En festival, Véronic DiCaire donne au public des «cours d'imitation pour les nuls». L'imitatrice s'est si souvent fait poser la question 'Comment fais-tu ?' qu'elle a décider d'y répondre sur scène, en profitant d'un segment de son spectacle pour s'amuser. «Je donne des petits trucs tout bêtes pour imiter, par exemple, Shakira ou Sandra Dorion, qui est de la région [de l'Outaouais]. C'est un petit numéro cocasse, mais il y a une part de vérité [en ce qui concerne] certaines voix que je suis allée chercher. »

«Je trouvais que Shakira, quand elle chantait, avait un ton proche Kermit the frog, dans les Muppetts. Donc je me suis imaginée comment fait Kermitt pour chanter, et ça m'a un peu permis de placer ma voix. Voilà le genre d'exemples que je donne», illustre-t-elle.

Patience et vers d'oreille

Bien qu'elle reste en permanence «à l'affût de nouvelles voix» pour élargir son répertoire, Véronic DiCaire doit faire preuve de patience. Pour se pratiquer à «être le plus juste possible». Mais, surtout, pour s'assurer que ces voix sont aisément identifiables par le grand public. La mélodie chantée peut être un facteur aussi déterminant que le timbre qu'elle accompagne. «Si je veux faire Séléna Gomez, ça prend un vers d'oreille, il faut que les gens aient eu la picotte, qu'ils aient été piqués par cette voix-là, avant que je puisse l'intégrer. Sinon les gens vont se poser la question 'c'est qui?' ou, pire, ils vont penser que cette voix, je l'ai ratée.» Pour le public français, elle n'a pas «pas eu le choix» d'intégrer récemment Christine and the Queens

Olympisme vocal

Le travail de Véronic DiCaire n'est «pas très différent de celui d'«un musicien qui cherche des sons de guitares», dit-elle. Étrangement, étendre son amplitude vocale n'est pas sa priorité. On s'étonnera même qu'«entre ce que j'étais et ce que je suis devenue, le range est resté le même. » Mais sa voix naturelle s'est améliorée. «Je sens que j'ai plus de liberté aujourd'hui. Mais je ne sais pas si c'est par rapport à ce que je fais ou au fait que je vieillis.» 

Si elle cherche constamment à progresser, c'est davantage d'un point de vue technique, dans la souplesse vocale, «les tessitures, la flexibilité des maniements de la voix». « Il y a des positions de voix très spécifiques et d'autres que je dois balancer un peu, entre une position et une autre, pour atteindre certaines notes ou certains tons. [...] Je dis ça sans prétention, mais c'est très 'olympique', ce que je fais faire à mes cordes vocales - moi, comme les autres imitateurs. Et mon  professeur de chant m'aide à positionner pour éviter qu'il y ait des blessures dans l'exécution de certaines voix. »

Les voix les plus dangereuses - «aujourd'hui ce n'est plus un problème» - furent été Tina Turner et Sia. «Ce n'est pas évident, Sia, parce qu'elle fait beaucoup d'écarts de notes» je dois m'assurer d'être bien réchauffée. «Et on pourrait penser que les voix qui sont tout en projection seraient les plus difficiles à faire, mais pour moi qui viens de la chanson pop, c'est assez facile. Britney Spear ou Vanessa Paradis, qui sont tout en retenue, c'est un plus grand challenge. C'est avec ces voix-là que je dois faire le plus attention. »

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