Peter MacLeod, fronder sans choquer

Peter MacLeod... (Rocket Lavoie, Archives Le Quotidien)

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Peter MacLeod

Rocket Lavoie, Archives Le Quotidien

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Karine Tremblay
La Tribune

À ses débuts, Peter MacLeod était en quelque sorte l'enfant terrible de l'humour. Celui qui osait le cru et le sacre, celui qui allait loin dans l'irrévérence. La provocation, il en avait fait son affaire. Vingt-cinq ans plus tard, l'humoriste natif de Lac-Drolet a toujours l'humeur frondeuse. Et il se permet encore d'aller chatouiller - gentiment - les susceptibilités.

« En fait, je vais probablement plus loin qu'avant. C'est-à-dire que j'arrive avec une réflexion sociale plus affirmée, je joue la carte de l'ironie sur scène, ce que je n'avais pas vraiment fait jusqu'ici parce que je suis habituellement assez direct. Ça rend peut-être mon spectacle un peu plus baveux », dit-il à propos de Libre, le tour de piste qu'il vient roder en primeur pendant deux semaines au Vieux Clocher de Magog.

Le titre résume l'essence et le fil conducteur de ce cinquième effort solo dans lequel MacLeod met sous la loupe les travers d'une société à la liberté atrophiée.

« On est beaucoup moins libres qu'avant. On s'étouffe nous-mêmes avec la multiplication des lois et des règlements. On consomme en fous en pensant s'offrir une certaine liberté alors qu'en fait, on s'enchaîne davantage. Et je m'inclus là-dedans. »

Avec pareil sujet comme épicentre,on peut difficilement éluder la question de la liberté d'expression. « L'affaire Mike Ward/Jérémy Gabriel » a fait couler beaucoup d'encre et de salive cet été. Alors que plusieurs voix dans le milieu de l'humour se sont portées à la défense de Ward en se réclamant de la sacro-sainte liberté d'expression, Peter MacLeod fait partie des rares qui ont osé dire tout haut que Mike Ward avait dépassé les bornes.

« Je ne veux pas me poser en vierge offensée et je n'ai rien contre Mike Ward ; c'est juste qu'il est allé trop loin. Tout le monde a un filtre qui tranche entre ce qui est de bon goût et ce qui ne l'est pas. Mike a bâti sa carrière en créant des scandales et des polémiques. Là, avec le petit Jérémy, il y a eu des conséquences. Au lieu d'assumer, il en rajoute et il invoque la liberté d'expression alors que ça n'a aucun rapport. Contre quoi se bat-il, au juste? Contre le petit Jérémy? Il aurait franchement pu réaliser le tort qu'il avait causé et s'excuser, tout simplement. »

Il aurait pu réagir avec élégance, en somme? « C'est ce qu'ont fait les Grandes Gueules, par exemple, quand Jean-Marc Parent leur a avoué que les jokes qu'ils faisaient en ondes le blessaient. Je veux être clair: là-dedans, je ne défends pas Jérémy.Peut-être que moi aussi je trouve qu'il chante mal... Et je sais que s'il y en a un qui est allé assez loin en humour, c'est moi. J'ai été corrosif, j'ai fait des blagues sur Lise Dion, sur Martin Deschamps. Mais je ne me suis jamais acharné. Frapper quelqu'un qui est déjà à terre, c'est pathétique. »

Le garde-fou qui empêche de basculer du « côté obscur » se trouve probablement dans la conception qu'on se fait du métier d'humoriste. « Moi, je veux faire rire le monde, pas le choquer. Des fois, je suis à la limite, sur la frontière. Je le sais. Mais je désamorce tout ça une couple de numéros plus loin. [...] Et si un jour quelqu'un vient me dire que mes propos le blessent, je ne vais pas continuer. »

Reclus dans son chalet estrien, l'humoriste finit de mémoriser ses derniers textes. Il n'en fait pas de mystère, son havre loin de tout est à la fois un ancrage et un gage d'équilibre. « C'est mon petit coin tranquille, loin du feu roulant. J'ai mon tracteur, ma pelle mécanique. Des fois, je creuse un trou juste pour le plaisir de le renterrer! (rires) Ça me permet de décanter, d'aller chercher un peu de perspective. On est dans une ère où tout le monde a une opinion sur tout, tout le monde l'exprime tout le temps et tout le monde s'offense. Moi, je lis, je me tiens informé, mais je ne ressens pas l'obligation de toujours en rajouter une couche. Avec le temps, on relativise les affaires. » 

Il retrouvera la case horaire du retour à la maison à l'antenne de CKOI, en même temps qu'il amorcera les représentations de son spectacle. Pour tisser celui-ci, il a encore une fois travaillé de concert avec son vieux complice Louis-Philippe Rivard.

Un avion et des poissons

Peter MacLeod est un pilote de brousse. Il a son brevet et le goût des horizons sauvages. Il aime amerrir sur les plans d'eau lointains. Au coeur de forêts denses. Dans des coins comme la terre de Baffin ou la baie d'Ungava. Il y a quelques dangers à s'aventurer ainsi dans le territoire profond. « Il y a des risques, c'est certain, mais quand je pars, je me sens vraiment comme un explorateur. Je me suis demandé ce qui me motivait parce que bien franchement, ce n'est pas une passion très relaxante, ce type d'aviation. J'ai réfléchi pour finalement réaliser que je fais tout ça pour mettre ma canne à pêche à l'eau et attraper un poisson. Je fais tout ce chemin-là pour aller pêcher! »

La liberté, c'est...

« ...entre les deux oreilles. C'est un état d'âme. Je me sens plus libre depuis que j'ai arrêté de vouloir être ailleurs, lance l'humoriste. On a cette manie de toujours se projeter dans le futur. Moi, je fais désormais les choses en ne me voyant pas ailleurs que là où je suis dans l'instant. Ça fait que je vis chaque moment. C'est une liberté incroyable. [...] On court, on veut tout le temps plus. On comble des vides, finalement. Et si on ne s'arrête pas, si on ne réfléchit pas, on répète toujours les mêmes affaires. C'est le Jour de la marmotte dans toutes les sphères de notre vie. Moi, j'ai vraiment opéré un changement majeur le jour où j'ai décidé que tout ce qui m'arrive ne serait plus jamais la faute des autres, mais la mienne. À partir de là, tout a changé. »

À la télé?

Peter MacLeod n'a encore rien d'officiel à annoncer, mais il souligne qu'une proposition télévisuelle patiente sur sa table de travail. Un beau projet, un concept attrayant.

« Quand ça fait longtemps que tu fais des entrevues, c'est agréable d'en mener toi-même. Tu sais un peu plus où aller pour sortir de l'habituel et du déjà vu. 

« C'est une émission qui me permettrait ça. J'aime jaser avec les gens même si, dans la vie, je suis très timide, très réservé. Aller vers le monde, ce n'est pas quelque chose de naturel pour moi comme ça l'est pour Michel Barrette. Lui, il part, il discute avec tout le monde, il est complètement à l'aise. »

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