Le garage de l'antimagie

Le magicien «pour adultes» Vincent C... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le magicien «pour adultes» Vincent C

Patrick Woodbury, LeDroit

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Jusqu'à tout récemment, Vincent C. s'amusait à tirer des colombes au bazooka et pataugeait dans le sang. Mais le «Mike Ward de la magie» s'est «assagi», offrant à présent un spectacle où l'on baigne plutôt dans l'huile et les émanations de tondeuse.

La magie trash telle qu'il l'a pratiquée ces dernières années, c'est fini, explique le magicien lavallois.

L'approche ne l'a pas desservi, puisqu'elle lui a permis de récolter un Mandrake d'or - équivalent de «l'Oscar» des l'illusionnisme français - en 2014 ainsi que deux nominations au plus récent gala Les Olivier. Mais le qualificatif est devenu un peu trop à la mode, observe-t-il, et trop d'artistes qui s'empressent de se réclamer trash sitôt qu'ils ont deux ou trois effronteries à partager.

Vincent C continue toutefois de se positionner en tant que Magicien pour adultes, titre de son tout premier spectacle solo officiel, attendu au Théâtre du Casino vendredi et samedi soir, puis les 26 et 27 août. «Pour adultes», car il ne rechigne pas à sacrer sur scène. Ni à entraîner un spectateur dans «une série de défis un peu niaiseux qui vont en crescendo», sur le principe du jeu "T'es pas game". Les défis - auxquels Vincent C se soumet également - consistent à «croquer dans un citron, sniffer un shooter par le nez, puis poser sa langue sur un ventilateur». 

Sans oublier que l'humoriste-magicien s'amuse à se déshabiller sur scène en même temps qu'il s'adonne au hula hoop, confesse-t-il, hilare. 

La forme, elle, a beaucoup changé. Pas de manoir macabre: le magicien convie cette fois les spectateurs «dans [s]on garage, au milieu d'un bric-à-brac qui me sert d'atelier, avec des cannes de peinture qui traînent, un établi, un échafaud et des armoires pour ranger mes outils. J'ai même un numéro avec une tondeuse». Un décor plus proche de l'énergie punk, ou rock de garage, que Vincent C conserve malgré sa coupe de cheveux lisse et son sourire de premier de classe baveux. 

Le magicien a conçu le cadre et signé la mise en scène; Serge Denoncourt a apporté ses «trucs» à la direction artistique: «C'était déjà très beau, mais Serge a su rendu ça magnifique.»

Repousser les limites

Avec le temps, Vincent C a constaté que ne plus faire gicler de sang lui facilite la tâche: «J'ai adouci mon personnage. [...] Ne plus être gore, ça me permet paradoxalement d'aller beaucoup plus loin dans ce que je dis. Je repousse les limites... et c'est plus drôle, parce qu'on ne s'y attend pas.» 

En outre, la job d'un magicien, c'est de manipuler, rappelle-t-il. Pas seulement les cartes ou les objets, mais aussi le public et son attention. Une apparence sage lui assurant une plus grande crédibilité, il devient beaucoup plus facile de convaincre et manipuler. «J'utilise les mêmes trucs que les politiciens ou les médiums. Sauf que moi, mon but n'est pas d'arnaquer, mais de divertir», soutient le magicien.

Lorsqu'il songe à certains confrères qui ont l'audace de prétendre à l'existence d'énergies magiques, Vincent C ricane. Et persiffle. Leur «enrobage pas crédible» destiné à «te faire gober que la magie existe» lui donne envie de b(r)ailler. Des charlatans qui tentent de faire passer leurs vessies pour des lanternes magiques. «Ça n'existe pas, la magie. Il y a toujours un truc. Arrête de me prendre pour un con!» 

Laissant aux mages (et autres moines shaolin qui, sous couvert d'une «soi-disant concentration mystique», sont en réalité des petits malins «qui connaissent des "trucs"» qui peuvent être reproduits par tout magicien digne de ce nom) le monopole de la supercherie, Vincent C préfère se réclamer de la veine des «anti-magiciens» - à l'image de Penn & Teller ou encore Barry et Stuart, deux duos qui n'hésitent pas à démystifier quelques-uns de leurs «trucs». 

Le Québécois avoue prendre le même malin plaisir à dévoiler les astuces derrière certains tours. «Moi, je viens pour partager des trucs cools dans un ambiance bonne enfant. Je préfère dire "Approchez, on va avoir du fun!" [plutôt que] "Ooooh! C'est de la magie! Vous ne comprenez pas ce qui se passe? Allez, sentez-vous psychologiquement inférieurs, pauvres gueux!"»

Il ne craint pas de froisser la guilde des magiciens: «Je ne dévoile pas les trucs des autres.» Et d'enchaîner: «C'est le fun d'expliquer un tour. [Souvent] l'explication est plus intéressante que le tour lui-même. Un tour peut ne pas être très impressionnant, mais quand tu montres comment il est fait, c'est là que le public peut voir la dextérité [que le tour nécessite], qu'il réalise tout le temps de pratique qu'il y a derrière et qu'il fait "wow"!»

 Cela dit, «j'explique, mais... c'est-tu la vérité? Peut-être que je continue à manipuler», laisse-t-il planer, sourire aux lèvres.

Malgré toutes les petites irrévérences qui s'y glissent et le foutoir sur scène, Vincent C assure que son spectacle est plus «songé» qu'il n'en a l'air. «Au début, on ne voit pas les liens entre les numéros», convient-il. Tout s'éclaire et s'explicite à la fin, laisse-il entendre. Car son but est d'encourager le public à se questionner: «On est-tu vraiment maîtres de nos choix? Je montre qu'on se laisse souvent manipuler par les stimuli qui nous entourent.»

Pour y aller

Quand? Les 19, 20, 26 et 27 août, à 20h

Où? Théâtre du Casino du Lac-Leamy

Renseignements: 1-877-977-7970 ou TicketMaster.ca

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