Je4n-Michel Anctil à l'heure des changements

Jean-Michel Anctil... (Archives, Le Soleil)

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Jean-Michel Anctil

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Son nouveau spectacle, Jean-Michel Anctil l'a tout simplement baptisé Je4n-Michel, non pas parce qu'il n'était pas monté sur les planches depuis au moins quatre ans, mais bien parce qu'il constitue son quatrième grand tour de piste solo, et qu'il s'agit d'un « spectacle très personnel ».

Il aborde par exemple ses défauts « dont je pensais, à la base, que c'était des qualités... À partir de quand une qualité devient-elle un défaut ? Si t'es fonceur, tu deviens impulsif [en vieillissant]; si t'es déterminé, tu deviens tête de cochon! » Bref, ça parle essentiellement de moi, avec beaucoup d'autodérision, alors j'ai mis mon prénom. C'est pas plus compliqué que ça. »

Ce spectacle - qu'il présentera à la Maison de la culture de Gatineau du 18 au 20 août, puis du 25 au 27 août - a été reporté d'un an. 

Le hiatus vient du fait que « j'ai commencé à l'écrire il y a deux ans, mais je n'avais pas de plaisir. Je créais dans la douleur. Et je n'arrivais pas à me faire rire. » Comme il n'était pas question pour lui de « faire un show juste pour faire un show, surtout qu'il y a déjà plein de très bons spectacles qui roulent, présentement », il a préféré « rappeler [s]es auteurs et tirer la plogue après trois mois ». Il a aussitôt pris des vacances. S'est laissé inspirer par ses lectures. A repris la plume doucement. Et s'est rendu compte que ses nouvelles trouvailles faisaient rigoler sa famille. Six mois plus tard, il rappelait son équipe.  

Vivre dans le regard d'autrui

Anctil s'est notamment entouré de Simon Cohen, Pierre-Michel Tremblay, Louis-Philippe Rivard et Sébastien Ouellet, ses cocauteurs. Dominic Anctil a assuré la mise en scène de Je4n-Michel, travail qu'il avait déjà assumé à l'époque de Tel Quel, le précédent spectacle de son frère.

Mieux vaut bonifier les numéros à travers les regards de ses complices: « C'est comme une maison: je vais faire le solage, la fondation, mais j'ai besoin d'un électricien ou d'un plombier, de gens spécialisés dans leur domaine, pour compléter l'ensemble de l'oeuvre ».

Or, il se trouve que « le regard de l'autre » et les «changements » qu'on s'impose moins pour soi que pour autrui, forment justement le fil conducteur de Je4n-Michel. « Pourquoi fait-on de la déco, chez soi ? Pour être bien dans la maison dans laquelle on vit, oui, mais aussi parce qu'on veut plaire, que les gent trouvent ça beau. On pose beaucoup de gestes en fonction du regard des autres. Ce regard est très présent dans le spectacle. » 

Lui-même s'est imposé de tels changements. Aussi en parle-t-il en connaissance de cause: « le poids, chez moi, c'est une obsession. J'ai suivi toutes sortes de régimes, j'ai consulté des naturopathes [car] ça me fatigue qu'on m'appelle tout le temps 'le gros' ». Avec le temps, toutefois, un de ses complices d'écriture a fini par le convaincre que « c'est plus facile de changer d'amis que de changer de caractère ».

Le retour de Rateau et Préscilla

« Vieillir m'affecte », peste l'humoriste, à présent rendu «à l'aube de la cinquantaine». À l'écouter en parler, son spectacle témoigne d'une maturité que seul le temps permet d'acquérir. Il n'aurait en tout cas pas pu l'écrire dans ses jeunes années, convient-il.

Traiter de changements permet à Anctil d'aborder « la différence ». Et qui est mieux placé pour le faire que l'attachant Rateau, son personnage d'handicapé mental ? Rateau le « différent », simplet-pourtant-loin-d'être-con. « Lui, la différence ne l'affecte pas: il est heureux d'être ce qu'il est. C'est plus les autres, que ça dérange... » 

Préscilla aussi, revient faire un tour. Mais Anctil a opéré un changement dans sa formule. «Il n'y a plus autant de flalfla. Je ne me sens plus obligé de présenter mes personnages, ni de sortir de scène [pour enfiler un costume]. Je sens que je peux les intégrer au récit, car les gens les reconnaissent, je crois.» Du coup, il se permet de proposer «une longue histoire, plutôt qu'une succession de sketches».

L'humoriste a aussi préparé un numéro sur ces « premières fois » - première relation sexuelle, premier coup de foudre, etc. - qui jalonnent tout chemin de vie. Parcours, qui, lui aussi soumis au jugement des autres, s'apparente bien souvent à une «quête de la perfection », laisse-t-il entendre.

Son one man show se penche d'ailleurs sur ces petits instants de béatitude trop éphémères pour être savourés. « On ne réalise pas quand ils sont là, on n'en profite pas assez, de ces petits moments parfaits qui nous font dire 'Wow! À cet instant, je ne voudrais pas être ailleurs ». 

«Ça va  être correct !?? »

Jean-Michel Anctil s'expose. D'abord, en parlant de sa propension à se mettre dans le trouble, à cause de sa grande « naïveté ». Car il lui arrive souvent de se lancer, malgré son instinct, dans des situations à risques: « Je me dis: 'Ça va être correct'. » Une petite phrase nuisible, qui lui a joué bien des tours, indique-t-il. 

Ensuite, en abordant la beauté des moments où l'on ose «partager toute notre vulnérabilité». «Je rapporte un des mes moments de grande vulnérabilité [grâce auquel] je sais que la personne avec qui je suis aujourd'hui me soutiendra toujours, dans mes bons comme mes moins bons moments», souffle celui qui partage «une vie de famille saine» avec la même conjointe depuis 27 ans.

Repartir à zéro

Je4n-Michel, «c'est le spectacle sur lequel j'ai le plus travaillé», soutient Jean-Michel Anctil. Les nombreuses séances de brainstorms avec ses co-auteurs furent ponctuées de doute. 

«Je lançais de idées, on partait travailler chacun de notre côté puis on rassemblait nos idées. [...] On pouvait écrire 10 pages et n'en garder qu'une seule, ou même aucune. Et on le travaille encore» ces jours-ci, avouait-il, la semaine dernière au téléphone.

L'humoriste «déteste répéter dans une salle vide». «Je trouve ça épuisant, quand il n'y a pas de rires. C'est comme jouer au tennis tout seul, tu fais ton service puis tu cours de l'autre côté pour renvoyer la balle. Avec le public, il y a un échange. Tu le sais, quand ton gag fonctionne... Et moi je surfe là-dessus » 

Jean-Michel Anctil est donc «retourné à la base »: «J'ai refait mes classes, dans les bars, pour essayer des numéros. Au Bordel Comédie Club de Montréal, il y a des jeunes avec des numéros rodés au quart de tour, et toi, l'humoriste établi, t'arrives avec des trucs qui n'ont jamais été présentés... hum, il a fallu que je pile sur mon orgueil plus d'une fois. C'était pas facile, mais je suis très content du résultat! »

Du coup, il se sent «moins nerveux que d'habitude», lui dont les «tendances» à angoisser et à «tout remettre en question » avant chaque nouveau spectacle sont notoires. «Mes collaborateurs m'assurent que j'ai un bon show. Si je me mets à douter, ils me disent : 'Arrête de te concentrer sur ce que le public ou les critiques vont penser! Amuse-toi...' C'est donc tout un «changement» qui s'est opéré là. Signe que Jean-Michel Anctil ne parle pas à travers son chapeau.

Pour y aller

Quand: Du 18 au 20 et du 25 au 27 août, à 20h

Où: Maison de la culture de Gatineau

Renseignements: 819 243-2525 ; salleodyssee.ca

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