L'Autre hiver, l'ambitieux objet

Le projet L'Autre hiver, de Normand Chaurette, Dominique... (Courtoisie)

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Le projet L'Autre hiver, de Normand Chaurette, Dominique Pauwels. Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, est plus que prometteur.

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CRITIQUE / L'Autre hiver est un objet théâtral ambitieux, porté par une équipe soucieuse de brouiller les pistes entre les genres. Une rencontre éclatée entre l'opéra, la poésie et la technologie qui prend la forme d'une croisière dont il est trop facile de manquer le bateau.

Sur papier, le projet de L'Autre hiver, présenté mercredi soir en grande première canadienne au Théâtre français du Centre national des arts, est plus que prometteur. Le spectacle a été créé dans le cadre de Mons 2015, Capitale européenne de la Culture. Le contexte géographique est important, puisque c'est dans cette ville belge que Verlaine a été emprisonné après avoir blessé Rimbaud d'un coup de revolver.

La relation tumultueuse entre les deux hommes sert d'ailleurs de base à cet opéra dit fantasmagorique qui réunit la plume de Normand Chaurette, la musique du compositeur flamand Dominique Pauwels et l'univers scénographique singulier de Denis Marleau et de Stéphanie Jasmin.

Mais encore faut-il avoir fait ses devoirs et lu attentivement le prospectus de la pièce pour comprendre cet enjeu. 

Les créateurs ont volontairement gardé un flou sur l'identité des principaux protagonistes interprétés par les deux sopranos, Lieselot De Wilde et Marion Tassou. Il faut donc attendre le quatrième tableau, soit la moitié du spectacle, pour que les deux poètes - ou est-ce deux inconnus qui prétendent être Verlaine et Rimbaud? - ne s'identifient.

Le premier tableau s'ouvre sur une passerelle de bateau qui s'élève au-dessus d'un choeur composé d'une vingtaine de silhouettes immobiles. 

Une voix d'enfant résonne, tandis que les mots de Rimbaud, «Je est un autre», apparaissent sur un écran. Un rideau tendu devant la scène rend l'ensemble indéfinissable. On devine la présence des musiciens derrière ces statuettes qui semblent être des fantômes. Le résultat est déconcertant.

Après de longues minutes, cette froideur ne disparaît malheureusement pas et ce, et malgré le retrait dudit rideau. On discerne toutefois alors mieux les projections en 3-D sur ces poupées géantes qui tantôt semblent être les passagers du bateau, tantôt les élèves d'une classe de langue. On reconnaît tout de suite les liens filiaux avec la pièce Les aveugles de Maurice Maeterlink, adaptation phare de Denis Marleau, qu'il a présentée en 2004 et en 2012 au CNA. Même ambiance étrange et inquiétante, sur fond de projections vidéos.

Le texte déconstruit de Normand Chaurette s'avère difficile à suivre. Les envolées lyriques des personnages tombent souvent à plat, noyées entre la performance en direct des musiciens et les choeurs préenregistrés des statues, qui créent une trop grande distance entre l'oeuvre et le public. 

Difficile aussi de se sentir concerné par le drame qui semble se jouer entre les deux hommes tant leur histoire oscille entre rêve et cauchemar.

L'Autre hiver réunit une équipe de haut calibre, mais c'est comme si les textes, la musique et la scénographie n'arrivaient pas à créer un tout cohérent, voire compréhensible. Lors de la première, de nombreux spectateurs ont d'ailleurs décidé de quitter le navire avant d'arriver à destination. Difficile de leur en tenir rigueur. La traversée était houleuse. 

Reste que cette croisière est techniquement réussie. On lui aurait juste souhaité un peu plus d'humanité et moins de froideur.

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 28 mai, 19h30

Où? Centre national des arts

Renseignements: 1-888-991-2787 ou TicketMaster.ca

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