Avec Belles Soeurs, point de solitudes

Tel un corbeau noir, le personnage de Pierrette,... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Tel un corbeau noir, le personnage de Pierrette, la honnie soeur de Germaine, celle qui ose remettre les règles en question, est rendu avec aplomb par Geneviève Leclerc, que le public a pu découvrir à l'émission La Voix.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Geneviève Turcot

Collaboration spéciale

Le Droit

«It's a God damn dull life!» chantent en choeur les 12 femmes quasi en colère de Tremblay dans la version anglaise de ses célèbres Belles-soeurs. Près de 50 ans après sa création, la pièce devenue un musical en 2014 flirte maintenant avec l'autre langue officielle. Le résultat est aussi charmant que divertissant.

La directrice artistique du Théâtre anglais du Centre national des arts, Jillian Keiley, pouvait difficilement choisir un titre plus festif pour conclure sa saison théâtrale. Belles Soeurs: The Musical est à son avis un exemple probant de l'identité canadienne. Un portrait qui dépasse largement la cuisine québécoise de Germaine Lauzon.

Basée sur la pièce de Michel Tremblay, cette comédie musicale a été écrite à quatre mains par Daniel Bélanger et René Richard Cyr. Ce dernier signe aussi la mise en scène de la version anglophone. Belles Soeurs: The Musical a été adaptée par Neil Bartram, qui signe les textes, tandis que Chris Barillaro s'est occupé des nouvelles orchestrations. Les deux comparses étaient d'ailleurs présents vendredi soir.

Pièce québécoise étant la plus jouée dans le monde, Les Belles-soeurs a été traduite dans une trentaine de langues. L'oeuvre de Michel Tremblay a depuis fort longtemps prouvé son caractère universel. Ce projet musical ne fait pas exception à la règle.

Sainte-Thérèse ayant répondu à ses prières, Germaine Lauzon a touché le gros lot. Un million de timbres-primes qu'elle pourra échanger contre des babioles en vrais faux-bambous et autres robes d'intérieur en rayonne. Mais pour toucher les prix, il faut d'abord coller tous ces bouts de papier dans des centaines et des centaines de carnets. Pour mener à terme cette périlleuse mission salivaire, Germaine a retenu les services d'une bonne partie du voisinage en échange de quelques bouteilles de coke et autant de potins. 

Dans le rôle de Germaine, Astrid Van Wieren mène la troupe avec un doigté juste assez arrogant pour attiser la jalousie de ses convives. La mère de famille, irritée par le comportement de sa fille Linda, parfaite Élise Cormier, compte bien commander le catalogue de primes au grand complet.

La distribution de Belles Soeurs: The Musical est solide. Marchant sur un délicat fil de fer posé entre la colère et la joie, les comédiennes rendent avec beaucoup de tendresse ces femmes prises en cage par les diktats de l'époque. Des femmes qui rêvent seulement d'un grand bol d'air frais, mais qui sont enfermées par les qu'en-dira-t-on, les préceptes religieux, et une société qui ne leur donne pas le droit de parole. 

Elles chantent la petite misère de leur quotidien, entre les enfants affamés, le ménage qui est toujours à recommencer et des maris indifférents. Difficile de ne pas tomber sous le charme de Valerie Boyle et son amusante interprétation de Claudette's Wedding Day ou encore de la touchante Lili Connor qui chante son amour secret pour un vendeur de brosses ambulant.

Tel un corbeau noir, le personnage de Pierrette, la honnie soeur de Germaine, celle qui ose remettre les règles en question, est rendu avec aplomb par Geneviève Leclerc, que le public a pu découvrir à l'émission La Voix. Son apparition, au grand dam des voisines, conclut d'ailleurs avec force la première partie du spectacle.

Au retour de l'entracte, c'est la soeur de Germaine, Rose (Stephanie McNamara) qui nous rappelle avec brio que la vie, malheureusement, n'est pas comme dans les films. C'est l'un des meilleurs moments de cette deuxième partie qui tout en étant fort réussie, n'arrive pas à maintenir le rythme imposé par le premier acte.

Le Centre national des arts avait présenté la pièce originale de Tremblay sur ses mêmes planches en 1971. Le metteur en scène André Brassard, qui avait signé la première mise en scène de ce spectacle qui compte aujourd'hui plus de 250 productions, a dirigé le Théâtre français dans les années 1980. Présentée en marge du spectacle, une exposition dans le lobby du CNA rappelle d'ailleurs cette précieuse filiation. 

Belles Soeurs: The Musical est à l'affiche jusqu'au 14 mai.

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