Scènes de la vie conjugale: hilarant ou agaçant, c'est selon...

La pièce de Tg STAN reflète, avec une... (Courtoisie)

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La pièce de Tg STAN reflète, avec une implacable nonchalance, un amour en perdition.

Courtoisie

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CRITIQUE / De l'angoisse existentielle aux déchirements de la vie de couple, la pièce de Tg STAN reflète, avec une implacable nonchalance, un amour en perdition. Au Centre national des arts jusqu'au 30 avril.

Ils attendent sur le plateau que les spectateurs s'installent. Puis se présentent à tour de rôle, sans se presser. Nous devenons leurs confidents. Elle travaille dans un cabinet d'avocats spécialisé dans les divorces, lui est chargé de cours. Ils se sont rencontrés sans coup de foudre, ont deux enfants. Histoire classique, chronique presque banale des rapports entre époux. On comprendra bien vite que ces présentations liminaires s'inscrivent dans une entrevue pour un magazine féminin, lequel résumera sur papier glacé: «ils n'ont jamais oublié de faire de l'amour le centre de leur vie» ou encore «13 ans de vie conjugale et pas un faux pas». Trop parfait? Les dissonances ne tardent pas à surgir. 

En 2h30 de spectacle (incluant entracte), Scènes de la vie conjugale effeuille les six feuilletons qu'Ingmar Bergman créa pour la télévision suédoise en 1972. 

À cette différence près: le couple très BCBG alors interprété au petit écran a été recadré en duo au profil plus ouvert dans la pièce de Tg STAN.

Frank Vercruyssen possède la bonhomie d'un François Damiens, Ruth Vega Fernandez est aussi brune et déterminée que l'actrice Liv Ullmann représentait une beauté tranquille blonde platine. 

Les références religieuses ont été gommées, de sorte que ce duo dépouillé de ses oripeaux bourgeois très années 1970 joue de la proximité avec le public actuel.

Les dialogues demeurent fidèles aux répliques d'Ingmar Bergman qui semblent avoir été écrites pour le plateau. 

Rappelons que Bergman avait commencé comme metteur en scène au théâtre. Scènes de la vie conjugale, version tg STAN, se débarrasse de l'approche très ciselée du cinéaste pour ne garder que la matière brute de son scénario. Lequel prend un malin plaisir, parfois, à titiller les nerfs du public avec ses intarissables tirades sur la nullité des hommes et la frustration des femmes. 

Loin de l'habituel pathos des histoires amoureuses qui s'achèvent, les acteurs de la compagnie belge jouent à jouer: toutes les ficelles de la mise en scène sont exposées, les didascalies sont prononcées à haute voix et le public, régulièrement apostrophé. 

Même en film, dans une vidéo projetée sur scène montrant le couple à un souper d'amis où l'on devise de «Qu'y a-t-il de plus terrible que la haine entre un homme et une femme?» (référence à Strindberg) entre deux bouchées de spaghettis, là encore l'équipe de tournage est elle-même filmée.

Le collectif flamand réputé pour saper les conventions théâtrales joue une composition savoureuse sur la décomposition du couple. 

Du mensonge à l'angoisse, de l'angoisse à la résignation, tel est le chemin qu'il nous fait parcourir tout en insistant sur certains panneaux. 

«Fin de la deuxième scène!» balance l'acteur Frank Vercruyssen. Mais l'ironie à l'égard des conventions de la représentation peut parfois devenir une norme pesante, à l'image de la mutinerie finale, hilarante ou agaçante, c'est selon. 

On est tout de même loin de la potacherie effrontée de leur précédent Paradoxe du comédien. Grand bien nous en fasse!

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 30 avril

Où? Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; 1-888-991-2787, TicketMaster.ca

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