Chanter au-delà de «la boîte»

Avant La Voix, Geneviève Leclerc concevait les personnages qu'elle... (André Pichette, La Presse)

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Avant La Voix, Geneviève Leclerc concevait les personnages qu'elle incarnait comme «des boîtes». «Maintenant, je ne travaille plus à "entrer" dans la boîte que j'associerais à Pierrette, mais bien à faire sortir Pierrette de moi!»

André Pichette, La Presse

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Au lendemain de son élimination de La Voix, Geneviève Leclerc renouait avec «sa» Pierrette Guérin et le reste de la troupe de Belles-Soeurs. La trentenaire a «pédalé» pour reprendre le rythme de la version anglaise de la comédie musicale inspirée de l'oeuvre de Michel Tremblay. Tiraillée entre les répétitions des numéros de groupe de la finale du concours télévisé et celles du «musical» présenté au Centre national des arts dès mardi, elle n'a «pas encore eu le temps de faire le bilan» de son aventure à La Voix, mais elle applique déjà les leçons d'interprétation apprises grâce à Marc Dupré.

Lors la première entrevue accordée au Droit après sa sélection lors des auditions à l'aveugle, la Gatinoise avait d'emblée affiché ses couleurs: elle se préparait à devenir un instrument entre les mains de son coach, ouverte à repousser ses limites, à se mettre en danger et, surtout, à apprendre. Sur le métier et l'art de faire de la télévision, certes, mais surtout sur elle.

«Curieusement, ce n'est pas ma voix que j'ai le plus travaillée, pendant l'émission, qui est pourtant un concours de chant, soutient-elle. C'est plutôt ma présence sur scène, mes capacités à transmettre l'émotion et l'histoire des pièces qu'on choisissait pour mes prestations en direct.» 

Avant La Voix, elle concevait les personnages qu'elle incarnait (Fantine dans Les Miz ou Pierrette dans Belles-Soeurs) comme «des boîtes» dans lesquelles elle devait «fitter», explique-t-elle.

«Maintenant, je ne travaille plus à "entrer" dans la boîte que j'associerais à la Pierrette de Michel Tremblay, mais bien à faire sortir Pierrette de moi!»

Interpréter le non-dit

Cette façon de percevoir l'interprétation découle du moment où Marc Dupré l'a assise sur un tabouret, devant son micro, pour livrer Je suis malade de Serge Lama.

«Au-delà des mots que j'avais à chanter, qui sont déjà chargés d'une histoire, j'ai dû m'imprégner de tout le non-dit entre chaque phrase, pour bien comprendre ce qui les lie, raconte Geneviève Leclerc. Il a fallu que je trace, ressente le chemin entre ces mots, pour moi et en moi afin qu'ils se rendent ensuite aux gens par moi.»

L'artiste le confie humblement: «L'an passé, j'étais une chanteuse qui jouait. Je suis devenue une actrice qui chante. C'est énorme comme révélation et je le dois à La Voix! Je ne suis plus la même.»

C'est pourquoi elle ne sera plus la même Pierrette Guérin sur scène non plus, dans Belles-Soeurs.

«Un rôle de Michel Tremblay sera toujours plus grand que moi. Mais je laisse Pierrette parler à travers moi, aujourd'hui, au lieu de chercher à correspondre à une image d'elle que le public pourrait avoir, en fonction de toutes les autres comédiennes et chanteuses qui l'ont déjà incarnée.»

Or, il y a «beaucoup» de Pierrette en elle, reconnaît Geneviève Leclerc.

«Elle a du front, ne connaît pas nécessairement les demi-mesures. Elle vit sans filet, comme moi, quand je me pointe sur scène.»

Ou quand l'interprète a osé s'imposer aux auditions de Belles-Soeurs, auxquelles elle n'avait pourtant pas été convoquée, convaincue que ce rôle était pour elle. Et qu'elle a décroché et incarné sur les planches montréalaises, en 2014.

Soeur de Germaine, ne parlant plus aux siens qui la rejettent parce qu'elle travaille dans les clubs, Pierrette débarque au deuxième acte de la pièce. Et au beau milieu d'une galerie de Belles-Soeurs de deux générations en train de coller des timbres dans l'espoir de remporter un concours, de comparer et de morigéner sur leurs conditions de femmes.

«Elle a fait des choix, Pierrette, et elle les assume. Toutes ces femmes la jugent, alors qu'elles-mêmes n'arrêtent pas de se plaindre de leur sort, prises dans leur petite prison et rêvant de gagner le million pour sortir de leur cuisine. Pour vivre, quoi!»

À l'instar de son personnage, la trentenaire ne veut pas se contenter de regarder le train passer: elle veut y monter, voire le conduire, à défaut de contrôler où il va.

C'est pourquoi Geneviève Leclerc n'hésite pas à faire valoir qu'elle ressort gagnante à sa manière de La Voix.

Une place pour elle

«Je voulais savoir s'il y avait une place pour moi, chez moi, au Québec. Aujourd'hui, les gens espèrent un album, un spectacle de ma part. C'est la récompense ultime: sentir que j'ai laissé une marque bien à moi dans le coeur du public.»

Ainsi, renchérit-elle d'un ton serein, si elle a «l'honneur» de sortir un disque, elle sait que les gens seront à tout le moins curieux, voire intéressés à lui tendre l'oreille.

D'ici à ce qu'elle puisse confirmer ces «quelques trucs déterminants pour la prochaine année» qu'elle ne peut dévoiler pour l'instant, elle entend savourer pleinement son séjour «à la maison», dans sa région natale.

«Ça fait longtemps que j'attends de fouler les planches du CNA. Le faire au sein de la troupe de Belles-Soeurs, c'est une première manière de venir dire merci aux gens de l'Outaouais pour leur soutien, tant à ceux qui m'encouragent depuis le début ou ceux qui m'ont découverte à La Voix», conclut-elle.

Pour y aller

Quand? Du 26 avril au 14 mai

Où? Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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