Robert Lepage, de l'Histoire à l'intime

La mémoire, ses caprices et ses devoirs sont... (Courtoisie)

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La mémoire, ses caprices et ses devoirs sont au coeur du nouveau spectacle solo de Robert Lepage.

Courtoisie

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CRITIQUE / «Je me souviens de quoi, au juste?» lance avec une ferveur teintée de rage Robert Lepage, dans 887, renvoyant à la devise québécoise décorant les plaques minéralogiques du Québec.

La mémoire, ses caprices et ses devoirs sont au coeur de son nouveau spectacle solo, présenté pour la première fois en français au pays au Centre national des arts jusqu'à samedi - et en supplémentaire le 18 avril.

Ainsi, l'homme de théâtre a fait du 887 de l'avenue Murray, à Québec, où il a grandi dans les années 1960, le décor des grands et petits événements qui ont façonné le Québec et celui qu'il est devenu.

Une Lincoln miniature reçue en cadeau devient l'occasion d'évoquer Abraham Lincoln, l'assassinat de JFK et le «samedi de la matraque» de 1964, lors de la visite d'Elisabeth II dans la Vieille Capitale.

Le classement éclectique des titres de la bibliothèque d'un lecteur qui est remis en cause par l'ajout d'une nouveauté sur les rayons lui permet de faire des liens avec l'arrivée de sa grand-mère atteinte d'Alzheimer dans la maisonnée, le chaos qui s'ensuit et le besoin d'organiser notre environnement.

Pour relater la naissance de son amour pour le théâtre et les débuts du théâtre, il fait du lit à deux étages qu'il partageait avec sa soeur un castelet et un théâtre d'ombres.

Robert Lepage fait donc fort habilement le pont entre l'Histoire inscrite dans les livres et l'histoire plus intime de sa famille. D'ailleurs, les éléments de décors jouent avec les échelles de grandeur pour appuyer sa manière de (se) raconter.

Parce que qui dit Robert Lepage dit évidemment scénographie inventive.

Ici, la technologie qui l'empêche de se souvenir de son numéro de téléphone intelligent devient l'outil pour faire découvrir l'intérieur des boîtes de souvenirs familiaux se déballant comme des cadeaux de Noël. Ou encore pour projeter sur écran le général de Gaulle faisant son fameux discours sur le Québec libre... de la poche de son veston.

Là, l'immeuble à logements vu de l'extérieur se déploie pour faire entrer le public dans la cuisine de l'appartement d'un Lepage adulte.

Rupture de tons

Au-delà des décors qu'il manipule ou dans lesquels il évolue avec aisance, il y a surtout sa facilité déconcertante, fascinante et foisonnante à passer d'un texte raconté avec humour (pour présenter ses voisins par exemple) aux alexandrins récités pour témoigner de moments plus personnels; d'un ton de conférencier pour traiter de manière scientifique du cerveau à celui du comédien fiévreux récitant Speak White, le poème de Michèle Lalonde, lors de la soirée marquant les 40 ans de la Nuit de la poésie (une scène particulièrement percutante du spectacle).

Son difficile travail de mémorisation de Speak White est justement, soutient le dramaturge et comédien, à la base de la création de 887 - et probablement aussi des alexandrins qu'il pourrait bien avoir composés en opposition au style résolument contemporain de Michèle Lalonde!

Par ce spectacle, Robert Lepage rend aussi - et peut-être surtout - un émouvant hommage à son père, chauffeur de taxi, homme de peu de mots, que le fils aurait voulu moins absent à l'époque... et dont la présence imprègne chaque moment du spectacle aujourd'hui.

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 16 avril, et le 18 avril, 19h30

Où? Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; TicketMaster.ca, 1-888-991-2787

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