Robert Lepage sur les chemins de l'enfance

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Avec 887, Robert Lepage retrouve la forme du solo pour une exploration des mécanismes de la mémoire où il convoque ses souvenirs personnels.

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Avant la très attendue première canadienne de 887, au Centre national des arts, du 12 au 18 avril, Robert Lepage a accepté de déchiffrer ce spectacle solo qu'il présente comme une «autofiction».

Journée fébrile, mercredi, dans le monde de la culture. Wajdi Mouawad vient d'être nommé à la tête du Théâtre national de La Colline, à Paris. «Je le savais déjà depuis un moment», nous confie Robert Lepage, après l'annonce du ministère français de la Culture. 

Les deux metteurs en scène préparaient un projet en commun. «Ça va encore compliquer les choses!» sourit Robert Lepage. 

Personnalités-phares de la scène contemporaine, ils se sont souvent croisés au Théâtre français du CNA, où chacun fut directeur artistique. Alors que Wajdi Mouawad fait figure de créateur nomade difficilement localisable - immigré du Liban en France, installé au Canada, puis reparti en France -, Robert Lepage, lui, n'a jamais vraiment quitté Québec. 

«C'est la ville qui m'a vu grandir, j'y suis bien et j'y travaille mieux qu'à Montréal, où les sollicitations théâtrales et médiatiques sont plus nombreuses.»

Sur les rives sereines du Saint-Laurent, il fonde Ex Machina, une compagnie de production multidisciplinaire en activité depuis plus de 20 ans.  

L'enfance retrouvée

Il faudra remonter bien plus loin dans le temps pour aborder sa dernière réalisation solo, 887, numéro de la rue Murray associé à Québec où séjournait la famille Lepage dans les années 1960. Avec cette pièce créée en France l'an dernier, l'auteur retrouve la forme du solo pour une exploration des mécanismes de la mémoire où il convoque ses souvenirs personnels.

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887, c'est numéro de la rue Murray, à Québec, où séjournait la famille Lepage dans les années 1960.

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Il nous embarque ainsi avec lui: allure savamment lunaire, toujours tiré à quatre épingles, Robert Lepage se décrit, enfant, «plutôt timide, sage et curieux, aimant jouer au fond des cours». Mais jamais il n'aurait imaginé parcourir le vaste monde grâce au théâtre ni avoir l'opportunité d'être doté d'une telle liberté d'expression. 

«Pendant longtemps j'ai pensé être un fils à maman, car je lui ressemblais plus et croyais avoir hérité d'elle mon talent de conteur. J'ai finalement réalisé que je ressemblais davantage à mon père, chauffeur de taxi, à peine lettré. Il n'est pas allé plus loin que le secondaire 4, poursuit-il. Je viens d'une famille modeste qui aurait dû habiter la Basse-Ville à Québec mais nous vivions en Haute-Ville. Cette différence de classes m'a intrigué.» 

Voix gouailleuse à tendance monologique, Robert Lepage est loquace sur son enfance. La cellule familiale qu'il décrit dans la pièce personnifie les enjeux identitaires du Québec: élevé entre un père fédéraliste et une mère plutôt souverainiste, le petit Robert fréquente l'école française comme sa soeur cadette, alors que son frère et sa soeur aînés, adoptés dans les provinces atlantiques, sont envoyés à l'école anglophone. 

«Dans la famille, quelle langue fallait-il parler?» questionne le metteur en scène, brandissant fièrement l'héritage de son père, bilingue grâce à l'armée. 

Sa mère aussi, membre des CWAC (Canadian Women's Army Corps), vivra à Londres trois ans pendant la guerre. «Nous, on l'a eu facile», résume-t-il. 

À ces anecdotes personnelles, l'auteur ajoute une tonalité historique. La marque de son engagement.

Un jeu au «je»   

Comment ne pas mentionner, en filigrane, les visites mouvementées du général de Gaulle en 1967 ou de la reine Élisabeth II, en 1964? Une enfance tombée dans les tiraillements politiques, comme Obélix dans la potion magique. 

«Je ne comprenais pas tout, mais j'étais intrigué par ces tensions, dit-il. Les gens étaient confus, il avait fallu se battre à titre de Canadiens français, s'affirmer comme Québécois était une lutte de plus.»  

Mais qui s'en souvient? «Le peuple perd la mémoire», avance le metteur en scène. 

N'en déplaise à la fameuse devise québécoise gravée sur toutes les plaques d'immatriculation de la Belle Province... «C'est peut-être aux artistes, justement, de garder cette mémoire vivante.»

Illustre «faiseur d'images», Robert Lepage continue de tisser une oeuvre théâtrale inclassable, défrichant mémoire intime et mémoire collective avec la même obsession de la perte et de la dislocation.

On suppose que cet oubli le concerne personnellement et l'emprisonne un peu. «Quand on a la cinquantaine, la perte de mémoire nous touche directement. Nos parents commencent à montrer des signes d'Alzheimer, note-t-il. Les acteurs sont d'autant plus concernés, quand on songe aux textes à apprendre.» 

Pourquoi se souvient-on du numéro de téléphone de son enfance, mais pas de ses codes de sécurité? Au royaume scénique de Robert Lepage, tout redevient possible... 887 ou la persistance du souvenir doucement tricoté de chagrins intimes et de mémoire collective familière.

Pour y aller

Quand? Du 12 au 18 avril, à l'exception du 17

Où? Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; TicketMaster.ca, 1-888-991-2787

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