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Les comédiens de la pièce Ça ira (1) Fin... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Les comédiens de la pièce Ça ira (1) Fin de Louis, lors de la générale de mercredi au Centre national des arts.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Certains spectacles s'avèrent si pertinents à voir et à entendre, qu'ils en deviennent des événements, des expériences à ne rater sous aucun prétexte. C'est le cas de Ça ira (1) Fin de Louis, la plus récente production de Joël Pommerat, présentée au Centre national des arts jusqu'à samedi, et qui nous transporte au coeur de la Révolution française... au présent. Vraiment.

Le défi que l'auteur et metteur en scène avait décidé de relever était pourtant de taille: proposer une pièce de théâtre autour de la parole politique d'une autre époque comme si nous y étions. Un spectacle qui, de plus, dure 4 h 30 min (incluant deux entractes, tout de même!).

Or, Joël Pommerat remporte son pari haut la main. Cette parole se déploie d'hier à aujourd'hui pour mieux plonger le public dans l'action en le prenant à parti - avec pour résultat que certains spectateurs rient et s'estomaquent souvent, voire applaudissent ou huent spontanément à plus d'une occasion.

Les ferrés en histoire seront sûrement tentés de chercher à identifier qui de Robespierre ou Danton, par exemple, a véritablement pu prononcer tel ou tel discours, tenir tels ou tels propos. Devant tant de mots, la grande majorité des spectateurs se laissera plutôt porter par ce qui est véhiculé par le texte si vaillamment, ardemment, viscéralement porté par la quinzaine de comédiens qui défendent plus d'un personnage (et point de vue) en cours de soirée.

Car ça postillonne, ça cherche à convaincre, ça chahute, ça s'enflamme, ça change d'idées, ça se répète, ça s'invective de part et d'autre de la salle, ça se crêpe le chignon. Ça va même jusqu'à se prendre au collet sous les yeux d'une foule aussi captive que captivée.

Cette parole politique, donc, se laisse entendre comme si certains de ces mots prononcés dans le feu de l'action au présent n'avaient pas résonnés hier a priori. Cela n'enlève absolument rien à leur portée. Encore moins à la pertinence de leur donner ainsi une telle tribune pour faire écho à d'autres mouvements et réalités. Parce qu'il est impossible de ne pas faire des parallèles avec le Chili d'Allende, le Rwanda déchiré entre Tutsis et Hutus ou encore la Syrie de Bachar Al-Assad. Comme il est impossible de ne pas faire des rapprochements avec les réfugiés, lorsqu'il est question de ces hordes de «nomades» potentiellement terroristes envahissant Paris... Ou de ne pas entendre, dans la harangue d'une représentante de la noblesse, Donald Trump promettre un certain mur pour contrer les maux affligeant selon lui les États-Unis...

Touche contemporaine

Les texte et mise en scène de Joël Pommerat s'avèrent particulièrement brillants quand il teinte notamment les assemblées (nationale ou de quartier) d'une touche bien contemporaine.

Le Roi qui déboule dans une salle surchauffée par un animateur de foule et en serrant les mains des gens du «peuple» sur The Final Countdown évoque les rassemblements des campagnes électorales. Les missives reçues à l'Assemblée nationale, lues illico par son président sans vérification des faits (démentis dans la foulée par un deuxième message), renvoient aux gazouillis et autres contenus partagés sans discernement sur Facebook.

Si c'est si fin, tout ça, c'est qu'il n'y a rien d'appuyé: les liens s'imposent d'eux-mêmes; les images frappent et touchent leur cible.

Pour les besoins de sa cause, l'auteur et metteur en scène s'est délibérément éloigné de l'esthétisme de Cendrillon et de La Réunification des deux Corées, déjà présentées au CNA.

Ça ira ne fait pas dans le flafla, mais prend vie dans un décor fait de tables (nappées chez Louis XVI; à nu dans les districts), de chaises déplacées à vue la plupart du temps et de panneaux noirs découpant l'espace en fonction des lieux à représenter.

La pièce se ressent aussi grâce à une trame sonore qui laisse entendre au public la colère populaire grondant de plus en plus fort «dehors» dans les rues. Et qui propose ici et là de suaves emprunts à la culture d'aujourd'hui (il y a quelque chose d'un peu surréel à voir la Reine écouter Voir un ami pleurer de Brel sur sa petite radio portative, entre autres).

Efficacité redoutable

Les réels «effets» de mise en scène prônés par Pommerat tiennent à cette idée d'une redoutable efficacité de disséminer sur scène et, surtout, dans la salle, les comédiens et la quinzaine de citoyens recrutés dans la région (qui, par leur seule présence dans la foule, donnent tout son sens à l'action citoyenne).

Les gens doivent dès lors choisir de ce qu'ils suivent. Tournent-ils la tête pour voir qui ose invectiver ainsi un député sur la scène? Restent-ils plutôt concentrés sur l'action s'y déroulant afin de saisir la réaction dudit personnage? Ils deviennent ainsi plus que de simples spectateurs.

Certes, les rangées du Théâtre du CNA se sont clairsemées, le soir de la première, mercredi. La «désertion» de certains était d'ailleurs plus notable après le deuxième entracte (qui a eu lieu vers... 23 h: il restait donc une troisième partie d'environ 55 minutes à la production!). Les irréductibles en ont cependant profité pour resserrer les rangs, pour se rapprocher les uns des autres, et, du coup, participer pleinement et profiter au plus près de cette révolution théâtrale.

Pour y aller

Quand: Jusqu'au 19 mars, 19 h 30

Où: Centre national des ars

Renseignements: 613-947-7000, nac-cna.ca; par Ticketmaster, 1-888-991-2787, ticktermaster.ca

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