Quand le passé se vit au présent

L'auteur et metteur en scène Joël Pommerat a déjà offert sa relecture de... (Courtoisie, Elizabeth Carecchio)

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Courtoisie, Elizabeth Carecchio

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L'auteur et metteur en scène Joël Pommerat a déjà offert sa relecture de Cendrillon et sa vision de La réunification des deux Corées au public du Théâtre français du Centre national des arts. Avec Ça ira, il fait revivre en 4 h 30 min. (incluant deux entractes) la Révolution française... comme si la foule y était.

La parole politique est au coeur de la nouvelle production de Joël Pommerat. Une parole qui mène à l'action, voire à la confrontation physique. Mais une parole qui s'érige malgré tout comme «le dernier rempart avant la violence».

Du peuple aux élus, en passant par le roi Louis XVI: Ça ira (1) Fin de Louis met en scène des hommes et des femmes en quête d'idéal et de solutions aux enjeux auxquels ils sont confrontés; des hommes et des femmes dont les discours, visions économiques et sociales et émotions s'opposent, se font écho, s'exposent. Sans parti pris, sinon celui de leur redonner une tribune et de faire résonner ces idées d'hier au présent.

«Le problème, quand on regarde l'Histoire, c'est qu'on n'en voit que ce qu'on en connaît. J'ai voulu mettre de côté l'aspect 'ç'a déjà eu lieu' des événements pour en faire ressortir la dimension 'les voici tels qu'ils ont eu lieu la première fois'. Je souhaitais que nous redevenions tous ensemble les contemporains de la Révolution française», explique Joël Pommerat.

Épopée et improvisations

A priori, le Français avait envie d'une épopée, d'«une grande narration épique», basée sur des fondements historiques. Le quinquagénaire s'intéresse depuis ses débuts à la question des idéologies et de l'imaginaire. Il n'est guère surprenant que la pensée politique et humaine - «celle qui cherche à produire du réel, de l'action», telle qu'il la conçoit - l'ait rattrapé.

Au cours de ses recherches, il a ainsi beaucoup relu sur la Révolution française. Qui s'est imposée comme une évidence, «puisqu'il s'agit d'une période à la fois passionnante et, au final, pas toujours traitée de façon juste», selon lui.

À partir de documents d'archives, témoignages d'époque, journaux et correspondances, mais aussi de multiples ouvrages d'historiens, Joël Pommerat a nourri sa propre réflexion sur le sujet.

Il n'était toutefois pas question pour lui d'adapter cette matière première: il fallait que ses acteurs se l'approprient.

«Ils ont eux aussi dû plonger dans ces archives. Comme s'ils étaient ces hommes et ces femmes en train de vivre la Révolution, sans se soucier de comment on parlait ou s'habillait à l'époque. Il fallait laisser de côté l'anecdotique pour aller à l'essentiel: cette parole, dans tous ses états et éclats.» 

Avant même d'écrire la moindre ligne de Ça ira, le metteur en scène a mis ses comédiens à contribution lors de séances d'improvisations, afin qu'ils soient «partie prenante» des différentes positions à défendre et des points de vue divergents à exprimer.

Ce faisant, ils ont créé des amalgames, superposé en un même personnage des couches empruntées à plus d'une personnalité historique. Ç'a permis d'éviter de devoir donner corps à Robespierre et autres Danton, trop connus ou sujets à caution. Seul Louis XVI demeure en place en tant que roi.

«Il fallait se détacher du mythe entourant aujourd'hui certaines figures associées à la Révolution, pour qu'on puisse se concentrer sur les idées, et non les personnes.» 

De l'avis du créateur, la durée même du spectacle s'inscrit également dans cette nécessité.

«Le spectateur a besoin de ce temps pour ressentir les évolutions importantes des idées lors de tels événements, de même que les émotions qui peuvent teinter les décisions prises par les gens impliqués.»

De la montée aux barricades à la lassitude de débattre; de l'effet de masse aux doutes: le public sera lui aussi intimement sollicité. Non seulement parce que la pièce dure 4 h 30 min., mais aussi parce qu'il sera immergé dans l'action.

«Une révolution n'est pas seulement un coup d'éclat. C'est quelque chose de beaucoup plus riche et compliqué que ça. Or, pour rendre compte de cette complexité, des contradictions et des actions qui la composent, il faut se donner du temps.»

Car plus que la Révolution en tant que telle, Joël Pommerat désirait surtout parler de conflits humains, de lutte et d'engagement politiques.

S'il n'aime pas «orienter» les lectures possibles de ses spectacles, l'homme de théâtre ne cache pas avoir cherché «à peut-être redonner un peu de valeur à la parole politique».

«De nos jours, le désabusement est un phénomène qui traverse les démocraties de par le monde, déplore-t-il. Pourtant, la parole politique peut avoir des répercussions très fortes sur la réalité, comme le démontre le spectacle. Ce n'est donc pas la politique en soi, le problème. C'est peut-être la façon dont on la pratique qu'il faut remettre en question.»

Pour y aller

Quand: Du 16 au 19 mars, 19 h 30

Où: Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA; par Ticketmaster, 1-888-991-2787, ticktermaster.ca

Aux armes, citoyens!

L'auteur et metteur en scène Joël Pommerat a... (Courtoisie, Elisabeth Carecchio) - image 4.0

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Courtoisie, Elisabeth Carecchio

Dans chaque ville où Ça ira est présenté, une quinzaine de comédiens amateurs sont recrutés au sein de la communauté. Une manière de repenser le comédien citoyen.

«Certes, il y a quelque chose de ça, dans leur présence, concède Joël Pommerat. Mais je veux surtout insister sur la nécessité artistique de leur présence: ces personnes-là, que nous associons au projet dans toutes les villes où nous offrons le spectacle, s'avèrent au coeur des assemblées populaires ou d'élus mises en scène. Dans certains cas, ils incarnent des députés; dans d'autres, des quidams dans la foule. Ils permettent de faire ressentir les ambiances collectives qui nous auraient été difficiles de réussir à reproduire autrement.»

Éparpillés dans la salle, «ils pourraient être assis à côté de vous et perturber la représentation», prévient d'ailleurs le metteur en scène.

Ces 15 citoyens, déjà sélectionnés, entameront leur préparation dimanche. Cette dernière comptera une quarantaine d'heures de travail (incluant répétitions, essayages de costumes, générale et les quatre représentations à l'horaire), d'ici au 19 mars prochain.

«Ces gens travaillent en amont et en accéléré sur les grands enjeux du spectacle, avant que nous nous retrouvions tous ensemble pour répéter les enchaînements avec la troupe et pour échanger», fait valoir M. Pommerat, joint en France entre une tournée récente au Brésil et son prochain séjour à Ottawa.

«Pour nous, ce moment est toujours quelque chose de chaleureux, d'émouvant et de vivant. Notamment parce que la vision et l'appréhension de la Révolution française, voire de la révolution tout court, diffèrent d'un pays à l'autre.» 

La journaliste Maud Cucchi fait partie des 15 comédiens citoyens qui vivront Ça ira de l'intérieur. Des coulisses au stress à gérer, elle témoignera de son expérience à partir de lundi, dans nos pages Arts et spectacles.

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