Le long de la Principale: la mort Lui va si bien

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Le ciel est littéralement par terre dans cette jolie scénographie de Ben Thibodeau de la pièce Le long de la Principale présentée à La Nouvelle Scène.

Courtoisie

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CRITIQUE / «Être ou ne pas être»: la question tarabuste les dramaturges depuis des siècles. Dans Le long de la Principale, présentée jusqu'au 4 mars à La Nouvelle Scène, l'auteur Steve Laplante a préféré se pencher sur cet état d'«être sans», ou d'«être après» qu'est le deuil, ce moment dans l'ombre de ceux qui ont cessé d'être.

La mise en scène de ce conte qui préfère teinter d'absurde plutôt que de larmes son linceul est signée par le directeur artistique du Théâtre la Catapulte, Jean Stéphane Roy, lequel avait créé cette pièce 17 ans plus tôt.

Le décor est planté dans le petit village de Saint-Icitte, patelin universel qui devient le microcosme permettant d'observer, grossi à la loupe, la comédie humaine des rites funéraires. 

Ce matin, Lui - c'est le nom du protagoniste - le ciel lui est tombé sur la tête. (Le ciel est d'ailleurs par terre, dans cette jolie scénographie de Ben Thibodeau). Son père est «disparu», «parti ailleurs». Euphémismes de circonstance, quand les mots «décédé» ou «mort» déchirent la gorge et l'ouïe de Lui. 

Mais Lui, incarné par un Jonathan Charlebois agile et versatile, s'obstinera, malgré l'évidence, à chercher son paternel, dans l'espoir d'avoir une ultime conversation avant de l'enterrer. 

En cette journée tragique, le temps file et chacun des villageois, dans un joli chaos organisé, s'active, oui, à apprivoiser le vide, mais surtout à colporter la nouvelle, échafauder des remparts de condoléances, ou vendre à prix d'or - parce qu'il faut bien vivre - des kits pour mieux vivre le deuil.

Le rythme est bon, le ballet dynamique. Difficile d'avoir cinq minutes à soi pour laisser résonner ses émotions ou entamer une quête de sens, lorsqu'on est, comme Lui, dépassé par les événements. Heureusement, Lamy l'aidera à cicatriser sa plaie.

Ce sujet a priori grave est traité avec délicatesse, voire quasi-légèreté, Jean Stéphane Roy n'hésitant pas à ajouter quelques facéties scéniques inattendues à ce texte qui «n'est ni tout à fait un conte, ni un drame, ni une comédie, mais un peu des trois à la fois», a-t-il pris soin de rappeler, jeudi soir, avant le spectacle. 

Mais en évacuant le pathos, on sacrifie aussi l'intensité. Le naturalisme du jeu desservait quelquefois la profondeur du propos. Très touchant, le monologue final de Jonathan Charlebois offre un contraste bienvenu avec le fil trépidant de la journée. 

On aurait aimé pouvoir observer plus tôt, chez tous les comédiens, même brièvement et dans un autre registre, l'intensité dont il fait preuve à cet instant.

Le jeune homme est confronté aux miroirs du deuil que lui renvoient les villageois, notamment Lamy, Lafamille et Leress Dumond - personnages dont les homonymies claironnent leur charge allégorique. Cette proposition fonctionne autant qu'elle séduit.

Juste et fluide, Caroline Lefebvre campe Lamy, mélange de raison, de fidélité et de sentiments nobles. Cette épaule venue offrir soutien moral et coup de pouce logistique durant les arrangements funéraires, il la fallait charismatique. Elle l'est. Dommage que le débit naturel de Mme Lefebvre se heurte parfois à sa projection vocale.

Lissa Léger incarne avec son habituelle assurance trois personnages envahissants: Lafamille (plus préoccupée par les conventions sociales que par la peine de l'endeuillé), Leress Dumond (mi-fouine, mi-pie; pas particulièrement sympathique, mais amusante) et la Vendeuse de kits (qui négocie tout, sauf l'empathie qui lui fait défaut).

Une coche plus comique, Alexandre Gauthier endosse le costume de la poignée de villageois venus pimenter cette journée de funérailles, tels le croustillant Vieux Chose et le «bouche-trou du curé», dilettante capable de terminer son éloge funèbre ainsi: «Bon deuil, tout le monde!»

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 4 mars, 19h30

Où? La Nouvelle Scène

Renseignements: 613-241-2727 ou www.nouvellescene.com

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