Autant en emportent les grands vents

Ce n'est que récemment que la metteure en... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Ce n'est que récemment que la metteure en scène Geneviève Pineault a trouvé le ton sur lequel elle désirait raconter l'histoire.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Amour interdit, pulsions sexuelles, passion aveuglante et rage viscérale: Un vent se lève qui éparpille est porté par un souffle fait de blessures, de vie, de désirs et de mort. Après avoir lui-même adapté les romans des autres pour le théâtre, c'est au tour de Jean Marc Dalpé de se préparer à voir et entendre son oeuvre (primée d'un Prix du gouverneur général en 2000) transposée au théâtre, dans une mise en scène de Geneviève Pineault. Regards croisés sur des personnages et leurs voix, qui résonneront au Centre national des arts du 10 au 13 février.

«Foudroyée.»

C'est le qualificatif qui lui vient d'emblée en tête quand Geneviève Pineault parle du sentiment ressenti lors de sa première lecture d'Un vent se lève qui éparpille, en 2004.

Ce n'est pourtant que quatre ans plus tard que la metteure en scène et directrice artistique du Théâtre du Nouvel Ontario (TNO) a été «convaincue de la théâtralité» du texte, après avoir écouté avec avidité Jean Marc Dalpé lire intégralement son roman lors d'une soirée spéciale au TNO.

«C'était le 9 février 2008, se souvient-elle. Il y a quelque chose de symbolique dans l'idée que la première aura lieu huit ans plus tard, presque jour pour jour...»

Tourmente orpheline

L'histoire d'Un vent se lève se déroule dans le nord de l'Ontario. 

S'y télescopent les trajectoires de la jeune et jolie Marie, orpheline qui grandit auprès de son oncle Joseph et sa tante Rose. De Marcel, qui va l'aimer comme un fou. De Joseph, qui va la désirer sans le vouloir. Et de Rose, qui l'a adoptée comme la fille qu'elle n'a jamais eue.

Survient un jour qui va, d'un coup de feu comme d'un coup de vent violent, inexorablement changer le cours de leur vie.

«C'est une parole qui passe de la tête aux tripes et des tripes à la tête dans un élan incessant d'aller-retour qui ne peut que nous emporter», fait valoir Geneviève Pineault.

«Ça passe par la beauté de la langue, mais aussi par les paysages du Nord, leur dureté; par cette force plus grande que nous qui, parfois, nous entraîne et nous fait poser des gestes aux conséquences imprévisibles...»

Geneviève Pineault
metteure en scène

Encore lui fallait-il trouver la manière de relire ces mots pour la scène. Trouver sa façon de les répartir entre les différents personnages pour que chacun trouve sa place dans sa partition à elle.

Pour ce faire, elle s'est entourée de la metteure en scène Alice Ronfard et de la professeure Johanne Melançon (qui analyse Un vent se lève depuis sa parution avec ses étudiants de l'université Laurentienne), qui l'ont appuyée et guidée dans l'adaptation.

«Je n'ai rien réécrit, précise Geneviève Pineault. Ce seront donc les mots de Jean Marc qui vont résonner. J'ai toutefois dû couper, avec minutie, pour préserver toute l'humanité de son texte, mais aussi parce que je ne pouvais pas faire un spectacle de cinq heures!»

Le luxe du temps

Cette dernière, qui travaille le texte depuis près de quatre ans, s'est par ailleurs longtemps questionnée sur le nombre de comédiens à mettre en scène pour porter ce projet.

Un laboratoire, réunissant six comédiens à Montréal en août 2014, l'a finalement confortée dans ses choix. «Au terme de cette mise en lecture à six voix, j'ai su que je tenais la bonne distribution», mentionne-t-elle.

Si bien que cinq des comédiens alors présents figurent aujourd'hui au programme: Milva Ménard (Marie), David Boutin (Joseph), Annick Léger (Rose), ainsi que Roch Castonguay et Robert Marinier, qui incarnent les deux villageois «omniscients, ou presque».

Bryan Morneau, qui incarne pour sa part Marcel, s'est depuis greffé au quintette.

Cela dit, ce n'est que récemment que Geneviève Pineault a trouvé le ton sur lequel elle désirait leur faire raconter l'histoire.

«On a eu un enchaînement, le 14 décembre dernier, dont je suis repartie sans réussir à pouvoir mettre le doigt sur ce qui me chicotait, raconte la metteure en scène. J'avais l'impression d'être restée dans ma zone de confort, dans ma manière de présenter la pièce, de diriger les comédiens.»

Le déclic est arrivé il y a deux semaines environ, lorsqu'elle a «compris» qu'il fallait que «chaque comédien navigue entre deux états: la narration et les émotions», afin de donner tout leur sens aux scènes les plus chargées. Pour ne pas saturer le public, mais bien isoler les instants de tension.

Ainsi, les comédiens se relaient, se regardent, s'écoutent et peuvent même, parfois, changer de personnages.

«Ils vont être vêtus de gris, parce que je tiens à ce que ce soit leur parole et leur façon de la porter, la déployer, qui retiennent toute l'attention des spectateurs.»

Ils vont par ailleurs se faire entendre dans une scénographie minimaliste. Pas d'accessoires, ici, mais une grange évoquée par une structure («à l'image d'un abribus de l'ère soviétique!»), dont chacune des planches de vieux bois a soigneusement été sélectionnée par Gabriel Tsampalieros, «afin de faire croire que les murs peuvent parler».

Toute l'équipe a bénéficié de temps pour répéter et mettre en place les divers éléments de la production (décor, costumes, ambiance sonore, etc.).

«Ce n'est pas habituel de pouvoir travailler de longue haleine sur une pièce comme ça, mais on s'est tous donné la possibilité de se laisser transporter par ce vent.»

Côté production, Geneviève Pineault a également pu compter sur la collaboration d'Esther Beauchemin, sa collègue de La vieille 17 (qui présentera la pièce en décembre prochain à La Nouvelle Scène) et sur Brigitte Haentjens, du Théâtre français du Centre national des arts.

Pour y aller

Où? Centre national des arts

Quand? Du 10 au 13 février

Renseignements: Billetterie du CNA; TicketMaster, 1-888-991-2787

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