Dufresne dans les bulles de savon

Dans Maman si tu m'voyais..., Marie-Nicole Groulx devient Yvette.... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Dans Maman si tu m'voyais..., Marie-Nicole Groulx devient Yvette.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Le public du Théâtre de l'Île a pu redécouvrir mercredi soir le répertoire de Diane Dufesne, dans Maman si tu m'voyais..., spectacle à mi-chemin entre le récital et la comédie musicale, qui sera présenté jusqu'au 27 février.

Un one-woman-show - ou presque - défendu par la comédienne-chanteuse Marie-Nicole Groulx.

Le soir de la première, la Gatinoise, malgré la grande justesse de ses vocalises, a souvent donné de petits signes de fragilité - pas dans la voix, mais dans le souffle. Trop pour que la qualité du spectacle n'en souffre pas.

La faute au stress, n'en doutons pas. D'ailleurs, ça s'est replacé en cours de route. Mais un peu tard, à notre grand regret.

La commande est ambitieuse. Reprendre Dufresne, c'est pas de la tarte. Même quand on n'essaie pas de suivre la diva dans ses cris et ses éclats, et qu'on cherche plutôt l'émotion - comme le fait Mme Groulx - dans la retenue, la douceur et la sensibilité.

Il faut être marathonien, voire Kamikaze, pour vouloir condenser en rafale une trentaine de chansons et extraits de la diva en l'espace de 80 minutes (sans entracte), tout en entrecoupant l'exercice de saynètes théâtrales. Difficile, aussi, de lier le tout par un fil conducteur fort. Un fil cohérent, oui... mais ce n'est synonyme.

Bienvenue à la Buanderie des bas perdus, petite blanchisserie montréalaise aux ambiances de salon de coiffure. Ou de petit cabaret. Une échoppe colorée, populaire, à l'image de la patronne, Yvette Lacroix. Plus concentrée sur son show business que sur sa business, la gérante passe le plus clair de son temps à chanter pour ses clients qui poireautent.

La boutique est fréquentée par nombre de personnalités du quartier, ce qui encourage Yvette à jouer aux «védettes». Et voilà la rêveuse qui ressort son micro et sa panoplie d'accessoires de music hall. Encore et encore.

Le téléphone retentit. Stupéfaction, c'est Dufresne au bout du fil! La diva annonce qu'elle passera en personne, et sous peu, pour déposer un costume. Yvette se pâme. Réussira-t-elle à se calmer avant d'avoir entonné l'intégrale discographique de son idôle?

Plein de fantaisie, bien dessiné, crédible, le personnage créé et incarné par Mme Groulx est des plus sympathiques. Quoiqu'une petite touche supplémentaire d'extravagance «Dufresnienne» ne lui aurait pas nui.

Sa buanderie, itou, est confortable. On verrait bien un personnage de l'univers de Michel Tremblay venir déposer sa brassée. En fait, on aimerait bien voir du monde - n'importe qui - passer sur scène et échanger deux phrases, histoire de rompre un peu la structure monotone de cette pièce monologuée.

François Dubé en feu

Si l'absence de dialogues nous titille autant, c'est que Mme Groulx n'est pas Seule dans son linceul. Il y a un humain, juste là, à l'extrémité de la scène, côté jardin, qui ne demande qu'à bavarder!

Il s'agit du pianiste François Dubé, qui, un peu caché derrière son instrument, incarne «Pitt le livreur», fidèle employé d'Yvette. Un rôle silencieux. Dommage... N'aurait-il pas été plus souhaitable d'exploiter dramaturgiquement le musicien en lui réatribuant quelques répliques d'Yvette? Cela aurait pu relancer les choses de façon plus naturelle, et les séquences monologuées auraient paru moins «placées».

Ceci dit, le pianiste ne sert pas à rien. Au contraire. Mercredi soir, il était éblouissant. Précis, rythmé, émouvant, il a magnifiquement investi le répertoire de Diane Dufresne. Et ses mimiques le rendaient particulièrement amusant à observer, tant il était habité par la musique.

Pour «relancer», il y a heureusement les incessants appels téléphoniques, qui fonctionnent très bien. Les interventions de la mère d'Yvette justifient qu'on passe du coq à l'âne. Or il faut impérativement passer d'un sujet à l'autre, puisque Marie-Nicole Groulx voyage de façon thématique dans le répertoire de Dufresne.

Cela pose d'ailleurs un autre problème: l'arc émotif (le pacing, disent les artistes).

Une même séquence peut comporter plusieurs chansons liées dans leurs thèmes, mais éloignés, voire opposés, dans leurs registres. Du coup, même si le récit épouse une belle courbe «en cloche», elle se présente en dents de scie. Mais comment lisser? Un problème insoluble, quel que soit l'ordre des chansons retenu, imagine-t-on.

D'un point de vue théâtral, ça fonctionne, sans éblouir. Mais quiconque apprécie Dufresne sera ravi d'en redécouvrir le répertoire sous un angle un peu moins criard. Assouplies, les chansons s'envolent ici comme de petites bulles de savon.

Pour y aller

Où? Théâtre de l'Île

Quand? Jusqu'au 27 février; du mercredi au samedi, 20h, et les dimanche, 14h

Renseignements: 819-243-8000 ou www.ovation.ca

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