#PigeonsAffamés: physique des corps nantis

Pour la réouverture de La Nouvelle Scène, Anne-Marie... (Courtoisie, Marianne Duval)

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Pour la réouverture de La Nouvelle Scène, Anne-Marie White a repris sa mise en scène de #PigeonsAffamés, créée en itinérance.

Courtoisie, Marianne Duval

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Scène de fête dans la salle comme sur le plateau pour la réouverture de La Nouvelle Scène.

Dans le théâtre flambant neuf réinvesti par le public mardi soir, Anne-Marie White a repris sa mise en scène de #PigeonsAffamés créée en itinérance lors du chantier de reconstruction et présentée pour la première fois aux Zones Théâtrales en 2015.

Un décor épuré au possible accueille cette création qui plonge dans les abîmes de la culpabilité et de «l'insoutenable légèreté» de l'être: un long banc, une enfilade de micros, des lumières latérales. C'est sur ce terrain de jeu plutôt austère que la directrice du Trillium lance sa galerie de personnages, dans leurs vêtements années 1970 - belle palette arc-en-ciel - et qui les rendent touchants quoiqu'un peu ridicules.

D'entrée, ils défilent en chantonnant les uns derrière les autres, caravane musicale plus longue et plus complexe qu'on ne l'imagine. La joie communicative qu'ils répandent dans la salle sera vite avortée par une question lancée comme un pavé dans la mare: «C'est quoi le bonheur?»

À la manière d'un fil Twitter ou Facebook s'empile instantanément toute une garniture de commentaires, d'explications, d'opinions jetées aux quatre vents. Bavardage inutile? Que nenni!

Dans ce spectacle choral, les interprètes jouent leur partition à la fois individuelle et collective. Anne-Marie White a réuni une troupe d'excellents acteurs, comédiens-danseurs-musiciens, certainement les meilleurs de la région. Chacun apporte à son personnage un point de vue personnel, humain, profond: Lissa Léger donne corps de manière saisissante à cette femme bien déterminée à appeler «le département des proverbes» pour faire annuler l'incongru «aide-toi et le ciel t'aidera». Micheline Marin, acide et moqueuse, compare sa vision du «mal nécessaire» à celle de sa voisine, fervente adepte du bio. Qui a raison?

La pièce décrit de manière polyphonique cette lutte d'idéologies contemporaines dans un monde déboussolé sous les effets de l'américanisation, du développement de la société de consommation et du bien-être.

La mise en scène tient habilement la balance entre gravité souterraine et ironie percutante. Car #PigeonsAffamés est aussi une comédie extrêmement drôle lorsqu'elle expose l'égoïsme décomplexé d'une ancienne conquête amoureuse ou quand elle représente la boulimie consumériste par l'inanité des commentaires de clients McDo.

Pourtant il manque au spectacle ce je-ne-sais-quoi dans sa construction. Les transitions laissent parfois à désirer: un comédien n'a pas achevé sa sortie qu'un autre amorce déjà la scène suivante. Élaborée sous forme de tableaux disparates, la pièce cède à la fragmentation du cybermonde: elle a bien du mal à tirer un fil dramaturgique qui se tienne. C'est comme si les rouages de l'horlogerie se voyaient un peu trop, empêchant le dessin d'ensemble de se former nettement.

Ces réserves émises, reste que la performance de haut niveau des interprètes, coachés au mouvement par Mylène Roy et vocalement par JP Loignon, vaut amplement le détour. #àvoir!

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 30 janvier, 19h30

Où? La Nouvelle Scène (333, avenue King Edward)

Renseignements: www.nouvellescene.com ou 613-241-2727 poste 1

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