Dufresne et la blanchisseuse

La «Buanderie des bas perdus», tel est le nom d'une petite boutique fictive,... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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La «Buanderie des bas perdus», tel est le nom d'une petite boutique fictive, que Marie-Nicole Groulx, auteure et comédienne de Maman si tu m'voyais..., situe à deux bas - deux pas, dis-je - du village gai de Montréal.

La boutique ouvrira ses portes sur les planches du Théâtre de l'Île, du 27 janvier au 27 février.

L'échoppe est colorée, à l'image de la patronne des lieux, Yvette Lacroix, femme rêveuse, «attachante et sans malice», que l'exubérance naturelle et une irrépressible passion pour Diane Dufresne poussent à chanter pendant qu'elle s'occupe, avec beaucoup d'amour et d'attention, du linge que lui ont confié les petites ou grandes vedettes du quartier des artistes, explique la comédienne. Et si chaque jour est pour Yvette l'occasion de «se donner en spectacle dans sa buanderie», elle est particulièrement en feu «aujourd'hui», puisque son idole en personne est censée débarquer pour récupérer un costume.

Certains abonnés de l'Espace René-Provost ont peut-être déjà rencontré cette blanchisseuse qui ne lésine ni sur les rimes ni sur les néologismes ou expressions auxquelles «elle jette un sort». Marie-Nicole Groulx a donné naissance à son personnage en 2011, dans le cadre d'une des Cartes Blanches chapeautées par le Théâtre de l'Île.

Sa pièce musicale - la comédienne était accompagnée de François Gravel au piano - a trouvé une seconde vie à la Place des arts de Montréal, en janvier 2015, dans une version toutefois «sans costume et très épurée», qui faisait beaucoup appel à «l'imaginaire» des spectateurs. Ce ne sera pas le cas de la mouture offerte à Gatineau, nous explique la comédienne, pas peu fière du décor plus «broadwayien» dans lequel elle évoluera, et qu'elle découvrait pour la toute première fois lorsqu'on l'a rencontrée, lundi dernier. «On a bonifié le show et on l'a amené ailleurs», dira-t-elle de cette «suite».

Maman si tu m'voyais... permet à la comédienne de défoncer le «quatrième mur». Libérée de cette contrainte théâtrale, Yvette apostrophe le spectateur comme s'il était client de sa boutique, profitant pleinement de la «communion avec le public».

Le récit oscille entre humour et tendresse, l'auteure - Mme Groulx elle-même - n'ayant pas voulu signer une comédie lourde ou grinçante, de peur de donner l'impression qu'elle se moquait de Diane Dufresne... dont elle est, sans surprise, une grande admiratrice.

Si le titre est une référence à l'album Maman, si tu m'voyais... tu s'rais fière de ta fille, paru en 1977, c'est aussi l'occasion pour Mme Groulx de «rougir un peu les yeux du public» en abordant par la bande le thème des aidants naturels. Elle donne voix à une maman vieillissante, invisible, mais omniprésente - «et un peu fatigante, car elle n'arrête pas d'appeler au téléphone». Les anecdotes sont «romancées, mais toutes vraies», explique Marie-Nicole Groulx, qui a fait modifier sa maison pour héberger chez elle sa mère de 96 ans.

«Marathon vocal»

La journée de travail d'Yvette étant ponctuée de vocalises, la comédienne-chanteuse reprendra quelque 35 chansons ou extraits du répertoire Dufresnien, au fil des «blocs thématiques» qui ont servi d'ossature à sa pièce. «Toutes les anecdotes, autour, ne sont là que pour [...] servir le fil conducteur. En fait, on se promène dans la trame musicale du spectacle». «Et cette balade permet de visiter New York, Acapulco et Hollywood», laisse-t-elle entendre.

Si elle promet d'entonner la plupart des «incontournables» (celles dont les paroles sont généralement signées Luc Plamondon), la Gatinoise était surtout déterminée à «faire découvrir la plume de Diane Dufresne» - et particulièrement l'époque de Détournement majeur - qui figurent parmi les préférées. Elle dit avoir aussi passé à l'assouplisseur les élans criards de la diva.

Bien qu'habituée de brûler les planches du Théâtre de l'Île, Mme Groulx est consciente du défi qui l'attend. «Quatre-vingt-dix minutes, 33 représentations, une seule voix... c'est un marathon vocal», reconnaît-elle en ouvrant une énorme boîte de bonbons luisants en forme de coeurs. Ces provisions l'aideront à ménager ses cordes vocales, explique-t-elle en montrant les sucreries moelleuses; «un gummy bear entre chaque chanson: c'est un truc que m'a donné récemment un artiste ottavien parti faire carrière à Broadway, Nicolas Dromard. [...] Pour l'instant, ça marche. Mais je ne pourrai pas faire ça pendant le spectacle, puisque je suis tout le temps sur scène», explique-t-elle en riant.

Maman si tu m'voyais, «c'est le show de ma vie: je suis dans ce théâtre que j'adore, avec un musicien qui est toujours "sur la coche", et un metteur en scène que j'admire.»

Partitions refaites

Elle a pour partenaire de scène le pianiste François Dubé. Celui-ci a repris le rôle (muet) de «Pit le livreur», fidèle ami et employé d'Yvette, qu'a tenu avant lui François Gravel. Mais les deux musiciens firent partie - avec Eric Sauvé et Fred Gravel - du quatuor qui a recomposé toutes les partitions pour piano des chansons de Diane Dufresne, qui n'étaient disponibles nulle part, précise la comédienne.

Quant au metteur en scène, il s'agit de Mathieu Charette, autre figure incontournable du théâtre de l'Île-de-Hull, et lui aussi grand admirateur de la diva. C'est d'ailleurs lui qui, dès 2011, a fait promettre à la comédienne de l'appeler si jamais elle envisageait de donner suite à sa Carte blanche. «Comme il est très bon dans les shows, musicaux, je n'ai pas hésité une seconde», se réjouit Mme Groulx.

Petits accents autobiographiques

Francois Dubé accompagnera Marie-Nicole Groulx au piano dans... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 3.0

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Francois Dubé accompagnera Marie-Nicole Groulx au piano dans Maman si tu m'voyais, au Théâtre de l'île.

Patrick Woodbury, LeDroit

On peut appeler Marie-Nicole Groulx «Mme Lacroix» sans risquer de la vexer car, pour sa toute première aventure à l'écriture dramaturgique, elle a mis beaucoup d'elle-même dans le personnage.

Tout comme Yvette, Mme Groulx est une inconditionnelle de Diane Dufresne: «J'aime ses outrances, son côté grandiose, qu'on retrouve dans Yvette.» Comme Yvette, elle chante comme elle respire; a vécu près de 10 ans dans le Village («Les gens comme Mado m'ont influencé: quand ils font un spectacle, tout est grand, même quand le cabaret est tout petit); «aime rire et faire rire». 

Et, pour couronner le tout, «Yvette Lacroix, c'était mon nom à la naissance, avant que je sois adoptée, à l'âge de sept mois. [...] C'est le seul détail précis que je connais de ma vie d'avant», glisse la comédienne sur le ton de la confidence.

«C'est comme si j'avais voulu donner à Yvette la vie qu'elle n'a pas eu la chance d'avoir», semble-t-elle réaliser a posteriori.

Pour y aller

Quand? Du 27 janvier au 27 février, 20h

Où? Théâtre de l'Île

Renseignements: 819-243-8000; www.ovation.qc.ca

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