Du théâtre d'été... d'hiver

Pierrette Robitaille (Barbara, la femme), Claude Prégent (Jean-Charles,... (Courtoisie)

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Pierrette Robitaille (Barbara, la femme), Claude Prégent (Jean-Charles, le mari), Anne Casabonne (Gigi, la maîtresse), et Stéphane Breton (Gilles, le voisin) se partagent la scène pour la pièce Adieu, je reste!.

Courtoisie

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On n'était pas particulièrement emballé à l'idée de se farcir du théâtre d'été en plein hiver... mais le talent et la complicité de Pierrette Robitaille et d'Anne Casabonne, conjuguées aux répliques assassines de l'auteure Isabelle Mergault et à la mise en scène soignée de Stéphane Bellavance, nous ont vite remis les pendules à l'heure d'été, hier soir, au Centre des arts Shenkman, qui accueillait Adieu je reste!.

La pièce est encore à l'affiche à Orléans ce soir. Le tandem comique - ou le quatuor, plutôt; Claude Prégent et Stéphane Breton complètent la distribution - repassera par la Maison de la culture de Gatineau les 15 et 16 avril.

Une plongée dans le salon

À mi-chemin entre la farce adultère vaudevillesque et le film de gangsters satirique, Adieu je reste! est une plongée dans le salon - et la psyché - de Barbara, une auteure à succès de romans à l'eau de rose, que campe Pierrette Robitaille. Une femme fortunée, mais déprimée, primo car elle est en panne d'inspiration, deuxio, parce qu'elle est mal-aimée.

Son mari Jean-Charles (Claude Prégent) est lui en panne d'amour. D'ailleurs, en bon représentant du théâtre français (la pièce est parisienne, même s'il s'agit là d'une adaptation, signée Maryse Warda), où l'on aime les triangles amoureux, il ne se gêne pas pour la cocufier. Avec Gigi (Anne Casabonne). Peintre raté, mais habile manipulateur, Jean-Charles a même réussi à convaincre sa maîtresse d'assassiner son épouse. Lorsque Gigi débarque sur scène, c'est donc revolver en main, prête à éliminer sa rivale (mais pas avant de lui avoir fait cracher la combinaison du coffre-fort domestique).

Comédie de situation oblige, le cerveau et sa complice ignorent que Barbara, femme assez excessive, a choisi cette soirée pour mettre à jour son testament et «mettre un point final à [s]on histoire».

Quoi qu'il en soit, la maîtresse se révélera rapidement plus douée pour aimer les gens, même les moins méritoires, que pour les zigouiller. Gigi-au-grand-coeur se prendra d'affection pour Barbara. Quand on se tutoie, on a moins envie de tuer. Et en bavardant, les deux femmes vont réaliser que l'homme qu'elles aiment toutes deux n'est pas le gentleman qu'elles imaginaient. Et c'est parti pour la valse des complicités...

Stéphane Breton joue quant à lui un voisin légèrement amoureux de l'écrivaine et grossièrement entreprenant, Gilles, dont les va-et-vient sur scène donneront lieu à une série d'allusions libidineuses très appréciées par le public.

Les portes ne claquent pas - le fauteuil remplacera le traditionnel placard où les amants se cachent -, mais les quiproquos s'emboîtent bien, les gags (faciles, mais efficaces) fusent, tout comme les jeux de mots (souvent libidinaux).

Très énergique, Pierrette Robitaille s'en donne à coeur joie dans un registre physique clownesque, soutenant stoïquement toutes les petites folies outrancières de son personnage de bourgeoise étiolée... mais aussi d'Italienne volcanique qui n'a pas tout abdiqué de sa sensualité. Anne Casabonne (qui reviendra au centre Shenkman, le 24 mars, cette fois en tant que Claude, dans la version scénique de La Galère) se distingue dans un registre plus vocal, alors que sa Gigi l'ingénue se noie dans sa propre salive. Stéphane Bellavance propose une mise en scène dynamique, sans chercher à s'imposer au texte. Mais c'est véritablement le duo lui-même qui remporte la palme.

La chimie entre les deux femmes est évidente, tant dans les contrastes détonnants que dans la connivence charmante. En dépit du premier quart d'heure, dont le rythme gagnerait à être plus soutenu, la pièce est si parfaitement rodée que les comédiennes, bien qu'elles défendent des personnages et des situations «hénaurmes», ont eu le temps de travailler en dentellières, de trouver tout le plaisir et les nuances de leurs archétypes.

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