Quand deux requins se noient

Luc Picard interprète un patron-spéculateur et Sophie Desmarais... (Courtoisie)

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Luc Picard interprète un patron-spéculateur et Sophie Desmarais son employée analyste financière.

Courtoisie

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Ils résonnent avec une force particulière ces jours-ci, ces spectacles qui montrent l'homme aux prises avec la machine économique mondialisée. C'est même assez saisissant dans le cas d'Instructions pour un éventuel gouvernement socialiste qui souhaiterait abolir la fête de Noël, pièce mise en scène par Marc Beaupré où il est question de la crise financière de 2008 emballée dans un titre à rallonge, mais de circonstance.

Noël, avec son côté pile «on baisse la garde, on fait confiance aux gens», et son verso consumériste «magasine, achète, consomme!» En matrice, il s'agit bien des dérives du système capitaliste que l'auteur tente de décortiquer en jetant deux requins de la finance en pleine crise de septembre 2008.

Michael Mackenzie, avec son écriture particulière, froide et mécanique comme un bulletin boursier, jette dans l'arène ces deux protagonistes, Jason et Cass. Lui est un financier sans scrupule, elle son analyste surdouée de retour au bureau après un congé maladie dû à un «épisode» mystérieux qui constituera le (maigre) suspense de toute la pièce.

Il faut bien semer ici et là quelques prises d'intérêt pour que l'attention du spectateur ne glisse pas totalement dans l'ennui irrémédiable.

Soyons franc: l'horreur économique, dans ses détails les plus matheux et aussi dévastatrice soit-elle, est une manne de points d'interrogation et de bâillements pour qui n'y est pas familier.

La pièce n'échappe malheureusement pas à l'ennui de son sujet, et le compte à rebours projeté sur le plateau ne contribue guère à rendre le supplice plus rapide. Les minutes s'écoulent mais le temps ne passe pas. Plutôt qu'un traitement convenu - tant par la mise en scène (les acteurs passent d'une chaise à l'autre) que par le texte - on aurait préféré un angle plus audacieux.

Dans un décor standardisé de cantine d'entreprise, où le plateau en damier et chaises bicolores renvoie à un échiquier (oh, la belle idée novatrice!), la rencontre entre les deux protagonistes montre leur dépersonnalisation et leur déshumanisation, dans un monde où l'on demande principalement aux individus d'être calculateurs, et où les flux humains se modèlent sur ceux des capitaux. Ces deux-là, Jason et Cass, ont quelques affaires à régler, et pas seulement celles qui ont trait au portefeuille de l'entreprise. Entre spéculations financières et douloureux souvenirs, Instructions cherche à régler les comptes.

La perte de sensation du réel est rendue d'autant plus sensible que l'auteur la glisse au coeur même de sa pièce, où se joue aussi l'histoire d'une victime d'une certaine culture d'entreprise (incarnée par Sophie Desmarais) qui tente de reprendre pied.

Pourtant, il ne se passe pas grand-chose dans ce moment de crise; on aurait espéré que l'urgence de la situation donne un coup de fouet à l'interprétation. Crise, crash, flop: la Cass de Sophie Desmarais fait plutôt penser à une maîtresse d'école légèrement barrée, tandis que le Jason de Luc Picard serait plus crédible en vendeur d'automobiles. Trop propret.

Pour y aller

Quand? Jusqu'au 12 décembre, 20h

Où? Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; TicketMaster.ca, 1-888-991-2787

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