L'amitié gagnante de Ik Onkar

Cauchemar de comédiens: des dizaines d'adolescents assistent à leur prestation... (Courtoisie)

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Courtoisie

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Cauchemar de comédiens: des dizaines d'adolescents assistent à leur prestation dans un mélange de chuchotements, rires pouffés, bruits divers plus ou moins amplifiés. Et c'est ainsi que le propos de la pièce finit par fondre comme neige au soleil. C'est ce qu'on appelle une matinée scolaire. Or, rien de ce chahut n'est venu parasiter la représentation de Ik Onkar, mardi, à Orléans.

Qu'a-t-elle donc de si singulier, cette pièce au titre nébuleux, pour capter l'attention des plus inattentifs? Depuis sa création en 2013, Ik Onkar cumule les tournées au Canada et s'est distinguée en décrochant deux Prix Rideau 2013. Elle revient, plus actuelle que jamais, pour une unique représentation publique, samedi, au Centre des Arts Shenkman. Cette production jeunesse bien rodée du Théâtre la Catapulte ne gomme rien, aucune thématique: il y est question d'amour, d'amitié, de violence, de mort et même des fusillades arbitraires. Pan, dans le mille.

Le canevas se résume par une variation classique du triangle amoureux: deux copines inséparables (Marie-Eve Fortier et Caroline Lefebvre), l'une rencontre un garçon (André Robillard) dont l'autre est également amoureuse. Cette géométrie sentimentale éculée séduit surtout grâce aux protagonistes du trio qui semblent avoir tiré maints enseignements sur la société et compris bien des choses.

La mise en scène signée Fanny Gilbert-Collet et Jean Stéphane Roy fait de cette histoire tricotée de blessures et d'entraide entre trois amis une courtepointe de saynètes sur les vicissitudes de l'existence. Jolis portraits d'adolescents qui, en jeunes philosophes, partagent leurs inquiétudes personnelles sur des préoccupations humaines fondamentales: c'est quoi le bonheur? La réussite? De quoi est fait l'avenir?

L'expression «Ik Onkar» viendrait d'ailleurs des sikhs: «Une (ik) conscience (ou énergie) créatrice (Ong) en action (kar)». Le propos parfois philosophique exigeait une interprétation tenue, un rythme enlevé, une mise en scène qui laisse respirer les personnages et n'ampute pas l'émotion. Ik Onkar réussit tout cela à la fois, tout en pointant les moments précis où l'amour, l'amitié, la trahison auraient pu dévier.

La pièce mêle habilement dialogues incisifs, chansons, apartés, théâtre d'ombres et de projections. Elle associe aussi effets burlesques - truculente version de Roméo et Juliette! - et situations banales. Le rire provoqué, de bon aloi, aide à mettre à nu la vérité humaine des adolescents pris dans le combat quotidien de l'existence. L'ultime «lettre d'amour à mes amis» apparaît comme une contre-attaque bien pensée aux tourments actuels. Bien-«pansance», peut-être aussi, Ik Onkar se révélant parfois comme thérapie de groupe.

Écrite collectivement, jouée pendant deux ans en tournée, Ik Onkar incarne également le désir d'un théâtre partageur et rassembleur; une manière de faire du théâtre qui est, en soi, un engagement politique.

Pour y aller

Quand? Le 5 décembre, 19h30

Où? Centre des arts Shenkman

Renseignements: 613-241-2727 poste 1 ou www.nouvellescene.com

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