Pour le meilleur... et pour Shakespeare

Jean-Marc Dalpé campe un Falstaff jouissif et jouisseur,... (Courtoisie)

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Jean-Marc Dalpé campe un Falstaff jouissif et jouisseur, complice libidineux du futur roi d'Angleterre, Henri V.

Courtoisie

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L'intrigue est impossible à résumer, truffée de pairs du royaume attachés à s'entretuer avec ardeur, transplantée dans nos cinq dernières décennies; un mélange de Shakespeare et d'Orson Welles - lesquels ont inspiré l'auteur Olivier Kemeid - mais aussi de Game of Thrones avec ses intrigues à tiroir.

Il fallait assurément de l'audace pour monter un spectacle d'une telle démesure: Five Kings, l'histoire de notre chute c'est cinq pièces en une, quatre parties, des dizaines de personnages, une débauche de trahisons et des fleuves de sang versés sur cinq heures de représentation.

Le «trône» d'antan a été remplacé par le «siège» d'aujourd'hui mais l'avidité du pouvoir reste une constante indétrônable.

Au fil des quatre parties, on passe de l'appréhension au rire (une agréable surprise, tout de même, pour une pièce d'une telle noirceur), sans éviter l'assoupissement entre deux entractes.

Une frayeur, d'abord, car il faut bien avouer que la première des quatre parties laisse envisager une interminable soirée statique et bavarde: le bon Richard II, parachuté aux années 1960, évolue dans une mise en scène désincarnée. Sous la direction de Frédéric Dubois, les comédiens mitraillent mécaniquement leur désir de vengeance et leurs haines les bras ballants, face au public, progressant à petits pas (27 minutes pour traverser un plateau vide, tout de même!).

À la manière d'un film muet dont tout mouvement aurait été amputé, des didascalies sont projetées sur un écran blanc; au spectateur d'activer son imagination...

Face à ce lent démarrage, ceux qui n'auront pas fait défection en cours de représentation seront récompensés. En effet, l'ultime volet du spectacle éclaire rétrospectivement ce début indigeste. Tentative d'explication: à l'austérité et au rigorisme des années 1960 s'opposerait l'ère de l'hyper médiatisation - la nôtre - qui pousse un Richard III très contemporain au nombrilisme, au culte de l'immédiat (utilisation de la vidéo sur scène), à la surenchère du moi.

Dans cette dernière partie, la compassion et le pathos sont sur le devant de la scène, tandis que la réflexion et l'intelligence attendent en coulisses. Le discours sonne creux.

La communication a remplacé la politique. De ce cinéma (ou cirque) muet à sa façon, seules l'agitation et les images auraient survécu, en négatif des années 1960, pourrait-on dire.

Force est d'admettre que cette période d'hypermodernité est plus... «divertissante» et agréable à regarder qu'un demi siècle plus tôt. Honte au spectateur?

décennies de noirceur

Textes et mises en scène au diapason nous parlent donc des cinq dernières décennies, et c'est là la plus grande réussite de cette vaste entreprise théâtrale: faire plier des personnages élisabéthains pourtant si lointains à notre portée, sans que cela passe jamais pour une leçon d'histoire.

Chacun est libre d'y retrouver certaines références géopolitiques, plus ou moins appuyées. Comment ne pas entendre l'appel lancé par le personnage de Jihanne (prononcez/Djihane), ne pas trouver un écho tristement contemporain à son geste kamikaze?

Five Kings, l'histoire de notre chute traverse les époques avec un regard sans pitié ni espoir. Peut-être préférera-t-on la partie consacrée à la période «postmoderne», celle des années soixante-dix et quatre-vingt, comme cette «décompression cool», de l'hédonisme niais (génialement incarné par Jean-Marc Dalpé en Falstaff), de la revalorisation du présent dont il convient de jouir autant que possible.

Puis recommencent la litanie des meurtres, trahisons, massacres... Certaines scènes redondantes auraient pu être sacrifiées, lesquelles émailleront çà et là un spectacle qui paraît alors vraiment trop long.

Pour y aller

OÙ? Centre national des arts

QUAND? Jusqu'au 22 novembre

RENSEIGNEMENTS: Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787w

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