As Is (Tel quel): la vie des «autres»

La pièce signée par Simon Boudreault nous renvoie... (Courtoisie)

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La pièce signée par Simon Boudreault nous renvoie entre autres en plein visage la surconsommation effrénée des pays industrialisés.

Courtoisie

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Bienvenue dans le sous-sol de l'Armée du Rachat. Là où règne un monumental fatras de «cossins» usagés. Là où sept personnages attachants entraînent le spectateur dans un univers captivant où se côtoient misère, jeux de pouvoir et inégalités sociales. Comme dans un quartier près de chez vous, quoi...

En prenant place dans la salle, le public est accueilli par trois sympathiques musiciens qui s'en donnent à coeur joie sur des airs ludiques et contagieux. Derrière eux, un amoncellement d'articles de sports, de jouets, d'appareils électriques, de toutous et de vieux DVD dont le sommet atteint presque le plafond. Le décor est saisissant (Richard Lacroix) et déjà là, on est conquis par la pièce As Is (Tel quel) de l'auteur et metteur en scène Simon Boudreault qui s'installe trop brièvement, jusqu'à samedi, au Théâtre français du CNA.

L'histoire tire sa source de faits vécus par Simon Boudreault qui, à l'âge de 18 ans, a occupé un emploi comme trieur à l'Armée du salut. Ainsi, Saturnin (Jean-François Pronovost), un universitaire érudit, est embauché par Tony (Denis Bernard, irrévérencieux à souhait), un patron crapuleux - ex-danseur du 281 - qui mène son personnel à coups de mépris, de manipulations et de menaces.

Dans une mise en scène résolument jubilatoire où les déplacements se font parfois chorégraphiques, les dialogues mordants, les monologues percutants, sans oublier la musique et les chants (Michel F. Côté) qui appuient à merveille l'esprit comique et incisif du texte, les personnages se révèlent un à un, bousculés par l'arrivée d'un extraterrestre - un intellectuel - sur leur territoire, véritable microcosme de la société et du monde du travail.

Impeccable, la distribution met en vie une ex-prostituée-junkie (Geneviève Alarie), un alcoolique en désintoxication (Félix Beaulieu-Duchesneau, hilarant), une mère encore enceinte au bout de sa corde que l'on voudrait tant aider (Catherine Ruel), une matriarche désabusée qui trie de la guenille depuis 35 ans (Marie Michaud, touchante) et son fils un peu simplet (Patrice Bélanger), surnommé Pénis «parce qu'il travaille dur et aime les pogos». Ils sont les «autres», les «paumés», les «tout croches», ceux qui tentent de s'en sortir au salaire minimum, qui peinent à se trouver une place sur terre et qui malheureusement le font en affrontant une montagne de préjugés.

Au-delà de cette triste réalité que met au jour As Is (Tel quel), la pièce se veut aussi un miroir des relations en milieu de travail auxquelles tous peuvent s'identifier. Domination, jeux de coulisses, abus de pouvoir, désabusement, ambition et passe-droits riment avec toutes les classes sociales. Elle nous renvoie aussi en plein visage la surconsommation effrénée des pays industrialisés.

Tout au long de la soirée, il fera bon rire, parfois jaune, souvent à gorge déployée. Il fera bon se divertir avec du théâtre intelligent, prenant, qui fait réfléchir sans jamais faire la morale.

Pour y aller

Quand? Jusqu'à samedi, 20h

Où? Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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