Quand Broadway redescend sur terre

Newsies... (Courtoisie Deen van Meer)

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Newsies

Courtoisie Deen van Meer

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Broadway est un mot magique qui signifie foisonnement, vitalité, spectaculaire. Mais Broadway a-t-il encore quelque chose à dire? La comédie musicale Newsies, à l'affiche de la Salle Southam jusqu'au 1er novembre, nous prouve que le genre recèle encore quelques spécimens pertinents, à rebours de ces grand-messes «disneyworldiennes» un tantinet mièvres et aseptisées.

Newsies évolue à contre-courant du genre. D'abord, cette production Disney n'a pas bénéficié d'un héritage très glorieux, le film original ayant fait un «flop» à sa sortie en 1992. Pourtant, la version théâtrale créée en 2012 s'est démarquée dès sa sortie, remportant deux Tony Award la même année. Ensuite, on est loin des pièces «gentiment médiocres quoique joliment montées.» Newsies revisite un fait historique datant de 1899 mais dont le propos trouve une résonance fortement actuelle. On est dans du Broadway-vérité engagé. D'autant plus rare que remarquable!

Exploitation et grève

Manhattan, au tournant du xxe siècle. Les ventes du quotidien The World chutent, le patron impose de nouvelles conditions de travail aux camelots chargés de distribuer le «pap's» pour un salaire de misère. On suit le combat de ces malheureux employés pris dans l'engrenage infernal de l'exploitation patronale. Une résistance s'organise, donne naissance à un syndicat mobilisateur. Grève votée au journal... Demeure l'épineuse question d'en informer le lectorat, ce que l'autocensure rend très périlleux.

Certaines scènes sont d'une actualité criante: la nécessité de s'organiser en syndicat pour survivre, le dialogue impossible entre employés et supérieurs hiérarchiques, la violence physique qui peut émaner des confrontations entre les deux partis.

Divertissant quand même? Plutôt deux fois oui. Le décor construit de trois escaliers de secours typiquement new-yorkais est propice à la mise en scène volubile et fluide de Jeff Calhoun, qui brasse à gros bouillons théâtre et danse sur un rythme musclé.

Les comédiens/danseurs/chanteurs la jouent gamins des rues, dégaine désinvolte de frondeurs sans le sou.

Déferlante d'énergie, débordement de fraîcheur sous testostérone, gouaille et bonne humeur, Newsies n'y va pas par quatre chemins pour mettre le public dans sa poche. Et ça marche au quart de tour!

Dans un chaos organisé et orchestré par une chorégraphie débordante d'adrénaline, la pièce combine sketches théâtraux et flashs de danse (numéro de claquettes en tête). Craquants, beaux, drôles et talentueux, les interprètes campent d'un jet des personnages burlesques immédiatement repérables par leurs excès (c'est Broadway, tout de même).

Entre dessin animé et croquis humoristique, figurent parmi les meilleurs rôles le beau gosse ou charismatique leader des grévistes, le jeune trublion comique ou encore la dernière recrue bien décidée à ne pas s'en laisser conter.

Flirtant avec les clichés - l'humour potache des années cours de récré déballonne parfois en régression enfantine -, le spectacle est toujours sauvé par la fraîcheur des danseurs.

Le show ne s'embarrasse pas des rôles féminins, bien secondaires; quant à l'incontournable histoire d'amour, elle fait figure de passage obligé, se réservant tout de même une pirouette finale mitigée.

Une chose est sûre. Que le destin des artisans de The World, porte-drapeau des journaux d'hier et d'aujourd'hui, devienne le sujet d'une comédie musicale à succès aux États-Unis, relève d'un coup de maître.

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