Septembre, mouvements d'une âme maternelle

Dans la pièce Septembre, l'actrice Évelyne de la... (Courtoisie)

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Dans la pièce Septembre, l'actrice Évelyne de la Chenelière se glisse dans toutes les figures avec une grâce et une puissance épatantes.

Courtoisie

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CRITIQUE/ C'est comme une petite musique de nuit entêtante, envoûtante, inquiétante.

La comédienne et auteure Evelyne de la Chenelière glisse lentement le long d'un mur, ses mouvements provoquent par frottement un bruit subtil et caressant. Des mots jaillissent, prêts à en découdre avec son rôle de mère. Sa fille l'a appelée de l'école, elle a mal au ventre, elle veut qu'on vienne la chercher.

Le récit tourne en boucle comme une obsession: c'est la quatrième fois que l'incident arrive, est-ce un prétexte pour rester à la maison? Il y avait bien ce pressentiment, le matin même, que quelque chose ne tournait pas rond. L'instinct maternel ne l'avait pas trompée. Elle était prête, d'ailleurs, à aller chercher son enfant. Oui, mais voilà: en arrivant trop rapidement, sa précipitation pourrait paraître suspicieuse. D'où l'idée d'attendre un peu de l'autre côté de la clôture de l'école, pour se manifester à une heure convenable. Il y a tant à observer dans une cour de récréation...

Corps et voix en vedette

Comment faire vibrer tout un microcosme, avec ses dynamiques, ses tensions intérieures, dans un solo d'une grande sobriété? Ici, tout passe par le corps et la voix d'Evelyne de la Chenelière. L'actrice se glisse dans toutes les figures de la pièce avec une grâce et une puissance épatantes. Femme-objet, femme castratrice, femme enfant, elle se métamorphose à vue sans changer de costume, par les seuls mouvements et modulations de voix.

Le rôle de mère occupe une place centrale et obsessionnelle dans cette galerie de portraits scolaires: il y a la mère indigne, alcoolique, qui traite sa fille comme une bonne copine. La mère prête à tout pour que son fils souffre-douleur soit accepté par les autres, la mère-poule, la mère paranoïaque. Entre enfants et adultes se nouent des relations complexes faites d'attachement, de soumission, de rancoeur et de silences. Septembre reflète le désarroi maternel dans ce qu'il a de plus universel.

La mise en scène de Daniel Brière tend à l'épure, son plateau est vide de superflu et plein d'essentiel.

Au mur, sont projetées des photographies qui séquencent les scènes et font progresser la dramaturgie. Elles déclinent toute une palette de couleurs, nuancier de cour de récré qui pourrait symboliser les couleurs de la vie en plein jeu.

Car c'est bien de jeu(x) dont il s'agit: celui, d'abord, des enfants en récréation où s'exacerbent les tensions sociales calquées sur le monde adulte. Celui, ensuite, de la mère venue chercher sa fille et qui sur-joue les relations qu'elle imagine derrière la clôture. Le jeu, enfin, de l'actrice re-jouant devant nous ces scènes d'école. Elle nous fait éprouver le mystère, la cruauté, la complexité des rapports humains dans un monde assigné à l'innocence.

La pièce finit très justement par questionner les limites de la parole performative (qui fait ce qu'elle dit), parole propre au jeu. On regrette seulement que ce questionnement ait recours au fait divers (le surgissement d'un tueur dans l'école), ce qui réduit l'universalité du sujet abordé à une situation par trop anecdotique et médiatique. Un spectacle, toutefois, dont il serait dommage de se priver.

Pour y aller

Quand? Jusqu'à samedi, 20h

Où? Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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